Dans le cadre du conflit en Ukraine, les forces russes poursuivent leurs avancées dans leur tentative de prendre le contrôle des villes fortifiées ukrainiennes situées le long de la ligne de front. À Pokrovske, dans la région de Donetsk, théâtre de violents combats depuis plus d’un an, les troupes russes sont parvenues la semaine dernière à pénétrer dans la ville par l’ouest, désormais largement contestée. De l’autre côté de l’enclave, elles progressent également à l’est, aux abords de Myrnohrad.
Dans le nord-est, là où les forces russes s’étaient infiltrées en territoire ukrainien derrière la ligne de front ces derniers mois, l’Ukraine a récemment réussi à les déloger et à repousser légèrement leur avancée principale. Au cours du week-end, une opération inhabituelle a vu les forces spéciales du renseignement militaire ukrainien (GUR) être déposées par un hélicoptère UH-60 Black Hawk derrière les lignes russes, à l’ouest de Pokrovske.
Pokrovske contestée mais non encerclée
Selon les forces russes, cette unité d’élite aurait été rapidement éliminée grâce à l’utilisation de drones, tandis que les circonstances exactes de l’engagement de l’hélicoptère restent floues. Du côté ukrainien, l’opération se poursuivait, alors que Moscou la qualifiait de coup de communication au détriment des troupes engagées. Par ailleurs, les affirmations du gouvernement russe disant que les défenseurs ukrainiens de Pokrovske seraient cernés et sur le point de se rendre n’ont pas été confirmées, y compris par des sources militaires russes indépendantes.
Plus au nord-est, les troupes russes ont aussi réussi à porter le combat aux abords de la ville de Kostyantynivka, progressant depuis l’est. Ces deux villes font partie d’un dispositif défensif ukrainien clé, qui empêche pour l’instant les forces russes d’accéder aux plaines encore sous contrôle ukrainien dans le reste de la région de Donetsk. Une seconde ligne de villes, elle aussi âprement défendue, se trouve derrière. Du côté ukrainien, la perspective d’une perte de Pokrovske est néanmoins minimisée.
Les plus grands risques se trouvent derrière la ligne de front
La prise de Pokrovske, point culminant de la zone, pourrait également étendre la portée opérationnelle des drones russes. Une zone d’environ 30 kilomètres de profondeur, de part et d’autre de la ligne de front — qui s’apparente plus à une zone tampon large de plusieurs kilomètres qu’à une ligne stricte — est constamment exposée aux attaques de drones. Les pertes sont donc moins probables dans les positions fortifiées et camouflées où les « soldats du front » exploitent eux-mêmes des drones pour surveiller les environs.
Le plus grand danger réside dans les rotations de troupes vers et depuis les positions, notamment lors de l’évacuation des blessés. La semaine dernière encore, une équipe du journal allemand Die Welt a été victime d’une attaque russe par drone à environ 25 à 30 kilomètres de la ligne de front, alors qu’elle accompagnait des troupes ukrainiennes. Les gains territoriaux se réalisent souvent au moyen de petites équipes de deux à trois soldats qui tentent d’éviter la détection et de repérer les positions ennemies dispersées afin de permettre leur destruction par l’artillerie et les missiles guidés.
L’Ukraine semble miser sur une automatisation accrue des combats
Cette dynamique a aussi permis aux forces russes de se rapprocher de la ville de Lyman, au nord de Donetsk. Dans des secteurs moins contestés, des offensives mécanisées de l’ordre du bataillon se poursuivent, notamment à la frontière de la région de Dnipropetrovsk, non reconnue officiellement par la Russie. Là, Moscou a récemment réussi à s’emparer simultanément d’une douzaine de villages. Parallèlement, les deux camps intensifient leurs campagnes aériennes stratégiques visant les infrastructures énergétiques adverses. Dernièrement, l’Ukraine a revendiqué plusieurs frappes de drones contre le terminal pétrolier de Touapsé, sur la mer Noire.
L’automatisation croissante des opérations pourrait expliquer la récente décision ukrainienne d’autoriser à nouveau le départ du pays des jeunes hommes âgés de 18 à 22 ans, jusque-là largement épargnés par la mobilisation du fait d’une conscription ciblant prioritairement les hommes à partir de 25 ans (initialement 27 ans). Cette mesure coïncide avec la déclaration du président Volodymyr Zelensky, affirmant que l’Ukraine est prête à poursuivre le conflit pendant encore deux à trois ans.
Stefan Axel Boes