Dans le cadre du déblocage du contrat longtemps au point mort concernant l’hélicoptère utilitaire léger Ka-226T d’une valeur de 21 000 crores de roupies, Sanjeev Kumar, Secrétaire à la Production de Défense, accompagné du Dr D.K. Sunil, Président-directeur général de Hindustan Aeronautics Limited (HAL), s’est rendu à l’usine JSC UEC-Klimov en Russie le 30 octobre. Cette visite de haut niveau a mis en lumière un turboshaft développé localement comme une issue possible pour les ambitions indiennes en matière d’aéronefs rotatifs, alors que les obstacles réglementaires français continuent de freiner l’accord initial.
Les responsables indiens, porteurs de la politique d’Atmanirbhar Bharat (autosuffisance) en défense, ont pu découvrir en détail le moteur VK-650V de Klimov, un propulseur compact de 650 chevaux-vapeur conçu spécifiquement pour des hélicoptères légers tels que le Ka-226. Destiné à des performances en haute altitude et à des opérations robustes, ce moteur intègre des commandes numériques avancées, une consommation de carburant réduite et une compatibilité avec des structures en matériaux composites, faisant de lui un candidat sérieux pour une production locale. Les dirigeants russes, notamment Alexander Kempinsky, PDG de Klimov, ont souligné la maturité du moteur pour une production conjointe, avec un taux d’intégration locale de 90 % et des essais déjà réalisés dans des conditions extrêmes en Sibérie.
Le programme Ka-226, signé en 2015 sous la forme d’un partenariat entre HAL et Rosoboronexport, prévoyait la production de 200 hélicoptères pour remplacer la flotte vieillissante de Cheetah des forces aériennes et terrestres indiennes, particulièrement dans les secteurs de haute altitude tels que le Siachen et le Ladakh. Selon ce plan, HAL devait fabriquer 50 % des cellules à Bengaluru, le reste étant produit en Russie, avec un moteur français Safran Arrano 1A choisi pour son rendement énergétique et ses faibles émissions. Le projet est cependant au point mort depuis 2022 en raison des contrôles d’exportation français liés au conflit en Ukraine et des procédures strictes d’autorisation des transferts technologiques. Selon une source du ministère de la Défense, « le principal obstacle reste l’agrément français pour l’utilisation du moteur sur les hélicoptères fabriqués en Inde par HAL », reflétant la frustration face aux retards répétés dans les homologations des technologies à double usage.
Face à cette impasse, la Russie propose une alternative : Klimov offre le moteur VK-650V en remplacement direct, promettant une intégration accélérée et un transfert complet de technologie (ToT) afin d’éviter les lourdeurs européennes. Néanmoins, cette substitution n’est pas sans complications. « La Russie a présenté son propre moteur développé localement pour l’hélicoptère et l’a proposé à l’Inde, mais une nouvelle série d’essais avec ce moteur sera nécessaire avant qu’un accord puisse être validé, » précise la même source. De nouveaux tests en vol, certifications environnementales et évaluations par l’Indian Air Force (IAF) pourraient allonger les délais de 12 à 18 mois, repoussant potentiellement les premières livraisons à 2028. Malgré cela, D.K. Sunil, qui vient d’achever l’augmentation de la production du Tejas Mk1A chez HAL, s’est montré optimiste, notant la bonne adéquation du moteur avec l’écosystème hélicoptères de HAL.
Par ailleurs, l’Armée indienne a adopté une approche pragmatique en lançant en septembre un nouvel appel d’offres mondial pour 156 hélicoptères utilitaires légers (LUL) dans la catégorie 5-6 tonnes, en privilégiant la fabrication locale selon le modèle de partenariat stratégique. Plusieurs offres ont été soumises : Airbus avec une version améliorée de son H125M Fennec, Bell avec son 505 Jet Ranger X optimisé pour les hautes altitudes, ainsi que le propre Hélicoptère Utilitaire Léger (LUL) de HAL, un appareil de 5,5 tonnes déjà approuvé pour une commande de 225 unités avec une intégration prévue au sein du Corps de l’Aviation de l’Armée en 2026. Ce LUL, motorisé par le moteur autochtone Shakti développé conjointement avec Safran, représente une solution entièrement indienne, disposant de capacités « hot and high » validées lors d’essais réalisés au Ladakh en 2024.