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Face aux tensions croissantes en mer de Chine méridionale, l’Armée philippine envisage d’acquérir deux batteries supplémentaires de missiles de croisière supersoniques BrahMos d’origine indo-russe, renforçant ainsi sa défense archipélagique. Cette décision fait suite à la récente dotation des Marines philippins, qui ont déjà mis en service ces systèmes pour la défense côtière, avec un appui notable de l’Inde en matière de formation et de soutien logistique.

Le BrahMos, fruit d’un partenariat entre l’Inde (DRDO) et la Russie (NPO Mashinostroyeniya), constitue un élément central du programme de modernisation philippin Re-Horizon 3, doté de 34,5 milliards de dollars en 2024. Ce programme vise à renforcer les capacités d’anti-access/area denial (A2/AD) face aux menaces maritimes. Premier client export du missile à propulsion par statoréacteur, pouvant dépasser Mach 2,8 et disposer d’une portée supérieure à 290 km, les Philippines ont d’abord équipé leur Marine, ouvrant ainsi la voie pour une intégration dans l’Armée de terre.

Le parcours du BrahMos au sein du Corps des Marines philippins a débuté par un contrat majeur de 374 millions de dollars en janvier 2022 pour l’acquisition de trois batteries de défense côtière, dans le cadre du programme Shore-Based Anti-Ship Missile System (SBASMS). La première batterie est opérationnelle depuis début 2024 à Zambales, face aux eaux contestées comme le récif Scarborough, les deux autres devant être pleinement déployées d’ici début 2026.

Ces lanceurs mobiles, montés sur des véhicules routiers TEL (transporter-erector-launchers), offrent une capacité de dissuasion importante, permettant l’attaque précise de cibles navales ou au sol, tout en assurant une mobilité rapide pour éviter les ripostes.

Selon des sources proches du dossier, les Marines se déclarent « enthousiasmés » par le déploiement, saluant le support opérationnel indien. « Le service après-vente et la formation dispensée par les équipes indiennes ont été exceptionnels : simulations complètes, assistance sur site et intégration logistique ont largement dépassé nos attentes », a confié un expert. Cette appréciation rejoint celle du Général Romeo Brawner Jr., chef des Forces armées philippines, qui louait en août la qualité « élevée mais abordable » des armements indiens, par comparaison avec des systèmes occidentaux plus coûteux comme le Patriot américain ou les contrats israéliens suspendus.

Les déploiements effectués à Palawan et Luzon ont déjà simulé des frappes contre des incursions hypothétiques, consolidant le rôle clé du BrahMos dans la stratégie de défense en couches de Manille. Avec le dernier lot en cours de livraison, escorté par la Marine indienne jusqu’à l’île de Balabac, le succès des Marines encourage désormais les autres branches des forces armées.

Inspirée par cette réussite, l’Armée de terre philippine progresse dans son projet Land-Based Missile System Acquisition Project (LBMSAP), ciblant deux batteries BrahMos pour des opérations principalement terrestres. Contrairement à la Marine, orientée contre les cibles navales, ces unités seront dédiées à des missions d’attaque au sol, avec la capacité d’atteindre des menaces à l’intérieur des terres ou des têtes de débarquement jusqu’à 290 km, un atout crucial pour sécuriser les régions instables de Mindanao ou renforcer les patrouilles en zone économique exclusive (ZEE).

Les négociations, engagées depuis l’élévation du partenariat stratégique entre l’Inde et les Philippines en août 2025, pourraient aboutir dès 2026, en cohérence avec l’enveloppe de 700 millions de dollars allouée à la modernisation des Forces armées philippines cette année-là. Un haut gradé a déclaré : « Les modules de formation et l’écosystème de soutien nous ont convaincus : le BrahMos n’est pas qu’une arme, c’est un multiplicateur de force avec un temps d’indisponibilité minimal ». Par ailleurs, des transferts technologiques pour la maintenance locale (MRO) et des prêts concessionnels de New Delhi pourraient accompagner cet achat, limitant les contraintes budgétaires liées aux restrictions américaines sur les technologies à double usage.

Si les plans initiaux prévoient deux batteries, des rapports suggèrent une extension possible à neuf unités, triplant ainsi l’empreinte navale et intégrant le BrahMos dans un réseau national complet de dissuasion A2/AD. Ce déploiement ferait des Philippines le principal utilisateur étranger des BrahMos, rivalisant avec les batteries côtières du Vietnam.