Alors que l’automne himalayen s’installe le long de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC), des images satellites révèlent une escalade discrète mais inquiétante : l’Armée Populaire de Libération (APL) construit des positions de tir fortifiées et fixes pour missiles sol-air (SAM) au cœur du Tibet, à quelques kilomètres seulement des avant-postes indiens. Ces positions « bunkerisées », équipées de toits rétractables et de structures résistantes aux explosions, marquent un tournant par rapport aux tactiques traditionnelles de défense aérienne mobile de la Chine, traduisant une vigilance accrue face aux menaces aériennes de précision. Les analystes en défense attribuent cette évolution à l’arsenal croissant de munitions à effet de survol de l’Inde, l’APL tirant sans doute les enseignements cinglants de la sévère défaite infligée à la Force aérienne pakistanaise (PAF) par des drones Harop israéliens il y a seulement cinq mois.
Ces révélations, mises en lumière le 24 octobre par la société commerciale Maxar, concernent un vaste complexe de défense aérienne sur la rive est du lac Pangong, épicentre de l’affrontement de Galwan en 2020. S’étendant sur plus de 10 hectares, le site est doté de huit abris blindés, chacun conçu pour abriter des lanceurs SAM HQ-9B. Contrairement aux revêtements ouverts, ces structures disposent de toits coulissants en béton qui enferment le matériel en temps de paix, ne s’ouvrant que lors des lancements verticaux.
Les infrastructures annexes — bunkers de commandement, dômes radar et réseaux d’alimentation — dessinent un dispositif en couches capable d’intercepter des cibles à plus de 200 km, protégeant ainsi les forces terrestres de l’APL contre les incursions de la Force aérienne indienne (IAF). Des améliorations comparables sont observées dans le secteur occidental : une base à Hotan, proche d’Aksai Chin, abrite quatre de ces abris, tandis qu’une installation à Shigatsé est équipée de rampes rétractables pour les batteries S-400 acquises à la Russie en 2018.
Cette frénésie de fortification ne répond pas à un excès de confiance. La doctrine chinoise de défense aérienne privilégiait jusqu’ici la mobilité — avec des HQ-9 montés sur camions évoluant sur les plateaux pour échapper aux frappes — mais la mise en place de positions fixes traduit une nouvelle évaluation de la vulnérabilité. « Ces abris ne sont pas de simples protections ; ils constituent des bastions anti-accès contre des menaces furtives et en vol stationnaire », analyse Tyler Rogoway, rédacteur en chef de The War Zone, à l’étude des images.
Ce déploiement coïncide avec l’opération Sindoor de l’Inde en mai 2025, au cours de laquelle des munitions à effet de survol telles que le Nagastra-1 et les Harop israéliens importés ont dévasté les infrastructures de la PAF, démontrant les dangers des déploiements « à ciel ouvert ». En 72 heures de conflit déclenché par des frappes terroristes transfrontalières, le Pakistan a perdu au moins 12 radars et trois batteries SAM, sous les attaques de nuées de drones, dont les impacts près de Lahore et Karachi ont été confirmés. Les systèmes LY-80, réputés, mais stationnés dans des revêtements sans couvertures aériennes, ont succombé à plus de 25 interceptions confirmées, infligeant environ 17,5 millions de dollars de pertes aux stocks de drones de New Delhi, mais illustrant surtout la rupture technologique en faveur des drones.
Le savoir-faire indien en matière de munitions à effet de survol s’est encore renforcé depuis. Dans le cadre de l’initiative Atmanirbhar Bharat, le Nagastra-1 de la DRDO — un drone kamikaze de 9 kg avec une portée de 15 km et une ogive de 1 kg — est entré en production de masse en juin 2025, équipant les unités d’artillerie le long de la LAC. Des start-ups comme Solar Defence & Aerospace amplifient la production de nuées tactiques HOVERBEE, tandis que l’IAF prévoit d’intégrer 800 systèmes de munitions sans pilote moyenne portée (SUMS) en 2026.
Pour l’APL, le calcul est clair : les lanceurs SAM exposés attirent les chasseurs du type Harop. Le HQ-9B, avec sa portée de 300 km et sa vitesse Mach 4, forme le parapluie de Pékin le long de la LAC, mais les phases de transit — détectées par les satellites SAR indiens Risat-2BR1 — présentent un risque fatal. Les sites renforcés pallient ce risque, permettant un mode de tir « tire-et-fuis » depuis les bunkers, au prix cependant d’une moindre mobilité, compliquant les redéploiements rapides lors d’escarmouches frontalières dynamiques. Le plan d’investissement de 10 milliards de dollars lancé par Pékin au Tibet depuis 2020 — incluant aérodromes, voies ferrées et désormais ces fortins — trahit une vision à long terme, misant davantage sur l’usure que sur des frappes fulgurantes.
New Delhi ne reste pas inactif. Le réseau anti-drones de l’armée, combinant brouilleurs et postes de commandement Akashteer, a abattu plus de 15 drones chinois lors des exercices de septembre. Toutefois, avec le 16e Corps déployé sur 3 500 km de LAC, des failles persistent. Un réseau SAM de l’APL durci pourrait réduire l’efficacité des frappes des Rafale de l’IAF, contraignant à recourir aux munitions à effet de survol de précision comme l’indigène ALS-50. Sur le plan diplomatique, les pourparlers au niveau des commandants de corps le 28 octobre ont abouti à des pactes de patrouille dans la zone de Depsang, mais la réalité du terrain progresse plus lentement, avec plus de 20 nouveaux camps chinois enregistrés chaque semaine par les satellites.