Malgré la montée en puissance des systèmes sans pilote, l’armée américaine continue d’investir dans les chars de combat. Pour l’année fiscale 2026, elle demande un budget de 723,5 millions de dollars afin de financer la construction et le développement de la prochaine évolution de l’Abrams : le M1E3.
Cette décision peut surprendre, alors même que les chars occidentaux subissent des pertes significatives en Ukraine, souvent sous les attaques de drones et de munitions top-attack. Ces nombreuses vidéos d’équipements blindés détruits alimentent le débat sur la pertinence à venir des blindés chenillés et armés d’équipages humains sur les champs de bataille modernes.
Plutôt que d’abandonner ce type de système, comme l’a fait le Corps des Marines, l’Armée de Terre américaine souhaite moderniser son char emblématique vieux de 45 ans à travers la version M1E3. Cette évolution vise à créer une plateforme plus légère, modulaire et adaptée à un environnement largement dominé par les drones et capteurs adverses.
En 2023, l’Armée a fait le choix de renoncer à l’amélioration SEPv4 pour le M1A2 Abrams, qui proposait de meilleures capacités en termes de capteurs, de mise en réseau et de détection des menaces, mais au prix d’un poids et d’une complexité accrus. Déjà proche des 80 tonnes, le SEPv3 a poussé les décideurs militaires à imaginer un concept plus léger et repensé.
Le M1E3 reposera toujours sur l’architecture classique de l’Abrams, mais avec des priorités nouvelles : modularité accrue pour permettre l’intégration rapide de nouvelles protections, capteurs et blindages adaptés aux évolutions des menaces. La cible de poids du char est ramenée à environ 60 tonnes, un compromis significatif favorisant la mobilité tactique et la capacité de transport aérien.
La protection de l’équipage constituera également un axe majeur. Aujourd’hui, les Abrams sont équipés du système de protection active Trophy APS, capable d’intercepter roquettes et missiles antichars de manière autonome. Ce dispositif est actuellement ajouté en postproduction, alors que le M1E3 intégrera, dès sa conception, des systèmes de protection active interopérant avec d’autres technologies de défense.

Pour la motorisation, l’Armée envisage un groupe propulseur hybride-électrique. Le moteur turbine à gaz actuel génère beaucoup de bruit, de chaleur et consomme beaucoup de carburant. Ce système hybride permettrait de réduire considérablement les signatures acoustique et thermique, tout en diminuant les besoins en carburant. Il serait alors possible d’alimenter les communications et équipements en silence, sans faire tourner le moteur thermique.
Une interrogation majeure concerne l’armement principal du M1E3. Le canon de 120 mm reste une référence très efficace aujourd’hui, mais les responsables militaires n’ont pas encore confirmé s’il sera maintenu, remplacé par un calibre supérieur, ou même abandonné au profit de munitions loitering, d’armes à énergie dirigée ou de missiles antichars.
De nombreuses questions subsistent donc autour du projet M1E3. Certaines trouveront réponse dès la livraison, prévue en décembre, d’un prototype, selon le colonel Ryan Howell, directeur adjoint en charge du programme chez le PEO Ground Combat Systems. Ce calendrier serré s’appuie sur l’expérience accumulée avec les versions SEPv3 et SEPv4 ainsi que sur le démonstrateur AbramsX. L’armée prévoit de recevoir quatre exemplaires du M1E3 en 2025 pour débuter les essais en conditions opérationnelles.
Le pari de maintenir un char de combat piloté comporte des risques. Le M1E3 semble prolonger l’hypothèse que les chars lourds habités auront toujours une place durable jusque dans les années 2030. Si le champ de bataille continue de privilégier les systèmes sans pilote et les frappes de précision à longue portée, cette machine de 60 tonnes pourrait bien incarner un concept destiné au conflit passé.