Le char léger Zorawar, conçu pour les combats en haute altitude, franchit une nouvelle étape dans l’autonomie stratégique de l’Inde avec le développement local de sa munition principale, une cartouche perforante stabilisée par ailette de 105 mm.
Le laboratoire de recherche de l’Armament Research and Development Establishment (ARDE), dépendant du DRDO, a mis au point une munition FSAPDS (Fin-Stabilized Armour-Piercing Discarding Sabot) de 105 mm, spécialement adaptée au canon rayé du char Zorawar. Ce projectile à énergie cinétique, dont la production conjointe avec des partenaires industriels indiens est en cours, permettra à l’armée indienne de disposer d’une capacité efficace et économique contre les véhicules blindés ennemis dans les terrains montagneux difficiles comme le Ladakh ou l’Arunachal Pradesh.
Les prototypes sortis des ateliers de l’ARDE à Pune concrétisent ainsi la volonté de réduire la dépendance aux importations tout en renforçant la puissance de feu du Zorawar dans des scénarios d’opérations en montagne.
L’Indian Army prévoit d’acquérir 350 exemplaires du Zorawar d’ici 2030, après des tirs d’évaluation concluants en septembre 2025 qui ont validé l’ensemble des systèmes de conduite de tir du char avec un panel complet de munitions, incluant les cartouches FSAPDS. La production sera assurée par des entreprises privées telles que Tata Advanced Systems et Munitions India, permettant une réduction des coûts de 40 à 50 % par rapport aux munitions étrangères, tout en garantissant une chaîne d’approvisionnement sécurisée face aux incertitudes géopolitiques.
Conçu après les tensions de Galwan en 2020 pour contrer en Himalaya les chars légers chinois Type 15, le Zorawar est un blindé de 25 tonnes à équipage de trois hommes alliant mobilité et puissance de feu. Propulsé par un moteur diesel Cummins de 600 chevaux, il affiche un rapport puissance-poids supérieur à 24 chevaux par tonne, capable d’atteindre 40 km/h à plus de 4 500 mètres d’altitude, y compris lors de franchissements amphibies. Sa faible pression au sol (inférieure à 0,8 kg/cm²) lui permet d’évoluer sur des terrains mous comme la neige ou les pentes marécageuses où les chars lourds comme l’Arjun seraient embourbés.
Au cœur de son armement figure le canon rayé Cockerill XC-8 de 105 mm d’origine belge, installé sur une tourelle télécommandée offrant un angle d’engagement à 360 degrés. Il peut tirer jusqu’à 6 coups par minute et utilise divers types de munition : explosif à tête écrasante (HESH) pour les fortifications, antichar à charge creuse (HEAT) pour les véhicules légers, et bien sûr la munition FSAPDS pour percer les blindages modernes. Les essais récents menés à Pokhran ont démontré une très grande précision à 2 km, tandis que le blindage composite Kanchan et les systèmes de protection active repoussent efficacement les roquettes RPG. Le général Upendra Dwivedi, chef d’état-major de l’armée, a résumé : « Zorawar n’est pas seulement léger, il est mortel, et la munition indigène le rend imparable.»
La cartouche FSAPDS de 105 mm, développée depuis 2023 par l’ARDE, marque une avancée significative dans les munitions à énergie cinétique. Contrairement aux obus perforants classiques, cette munition utilise un pénétrateur en carbure de tungstène de sous-calibre enveloppé dans un sabot en aluminium, qui se détache immédiatement après la sortie du canon. Cette conception diminue la traînée et augmente la vitesse à environ 1 500-1 600 m/s. Des stabilisateurs assurent la stabilité à longue portée, tandis qu’un pare-brise composite limite les oscillations pour un impact toujours précis.
Selon l’appel à manifestation d’intérêt publié par l’ARDE en juillet 2025, les principales caractéristiques comprennent un pénétrateur pesant entre 6 et 6,7 kg, une longueur totale de 500 à 600 mm, et un diamètre maximal de 105 mm, optimisé pour la chambre du canon Cockerill. La pénétration estimée atteint 500 à 600 mm d’acier homogène laminé (RHA) à 2 km, assez pour transpercer le glacis frontal des chars chinois ZTQ-15 ou des variantes pakistanaises Al-Khalid. Le design incorpore des alternatives à l’uranium appauvri pour limiter l’impact environnemental et la munition conserve plus de 20 ans de durée de vie en conditions de stockage himalayen.
L’ARDE invite les entreprises disposant d’expertises en forgeage de précision à participer à la co-production, avec une mise en œuvre pilote prévue pour mi-2026, suivie de commandes importantes via Munitions India. Ce programme s’appuie sur le succès précédent d’une munition FSAPDS de 120 mm pour les chars Arjun, tout en adaptant la balistique aux exigences des chars légers. Un expert de l’ARDE a précisé que « cette munition n’est pas standard ; elle est spécialement conçue pour la doctrine de tir rapide du Zorawar », confirmant par ailleurs des validations en soufflerie reproduisant la stabilité en atmosphère raréfiée.
Avec le 105 mm FSAPDS, le Zorawar dépasse son rôle défensif initial pour devenir une force d’intervention offensive agile, capable d’exécuter des frappes éclairs dans des cols montagneux étroits. En combat, cela se traduit par :
- Acquisition et verrouillage de cible : Les systèmes optoélectroniques du Zorawar, combinés à la conduite de tir assistée par IA du DRDO, détectent les menaces via l’imagerie thermique, efficace de nuit ou par faible visibilité. Le tireur sélectionne alors la munition FSAPDS pour les objectifs blindés majeurs.
- Lancement et séparation du sabot : Après le départ du coup, la charge propulsive accélère la munition à Mach 4,4. À une vingtaine de mètres du canon, les ailettes du sabot se détachent, ne conservant que le pénétrateur stabilisé pour un vol tendu et précis.
- Impact et perforation : À environ 1 200 m/s, l’énergie cinétique du jet, supérieure à 10 mégajoules, dissout le blindage par hydrodynamique, traversant les couches composites et provoquant des éclats à l’intérieur. Face à une protection équivalente à 700 mm d’acier, comme sur le ZTQ-15, le projectile neutralise son équipage et ses modules sans déclencher de feu post-perforation, limitant les dégâts collatéraux en zones peuplées.
- Synergie tactique : En opérations interconnectées, le Zorawar peut coopérer avec des munitions flânantes comme l’ALS-50 pour le repérage, tout en lançant des salves FSAPDS (jusqu’à 12 coups prêts à tirer). Son chargeur automatique assure un rythme de recharge de 3 à 4 minutes, lui permettant d’adopter des manœuvres de flanc où les chars lourds peinent à se déplacer.
Cette munition polyvalente est aussi efficace contre les hélicoptères à basse altitude, grâce à des fusées programmables pour des explosions aériennes. Lors de l’exercice « Zorawar Fury » en octobre 2025, les prototypes ont obtenu un taux de succès au premier tir de 80 % sur cibles mobiles, surpassant les munitions importées comme la DM-63.
La production locale des FSAPDS corrige une dépendance historique : si l’Inde importait encore 70 % de ses munitions avant 2020, ce taux est tombé à 30 %, et les calibres pour chars légers étaient particulièrement déficitaires. En s’appuyant sur des PME des États du Maharashtra et du Tamil Nadu spécialisées dans la forge du sabot et l’usinage du pénétrateur, l’ARDE alimente un écosystème industriel estimé à 2 000 crores de roupies (environ 230 millions d’euros) et crée environ 5 000 emplois. Le coût unitaire, évalué entre 500 000 et 700 000 roupies (6 000 à 8 400 euros), divise par deux le prix des obus importés israéliens M833, avec l’avantage stratégique de pouvoir exporter sans restriction vers des pays alliés comme l’Arménie.