L’armée indienne comble rapidement ses besoins urgents en missiles antichars en commandant à court terme des missiles FGM-148 Javelin d’origine américaine, tout en poursuivant activement le développement de ses propres programmes nationaux dans ce domaine. Selon le lieutenant-général Ajay Kumar, directeur général de l’Infanterie, douze lanceurs et 104 missiles Javelin sont déjà en cours d’acquisition dans le cadre d’un achat d’urgence. Parallèlement, l’Inde avance sur plusieurs initiatives locales, telles que le programme MP-ATGM du DRDO, les options d’acquisition « Make-2 » et une prochaine demande de propositions (RFP) visant un missile antichar de quatrième génération.
L’envoi immédiat, composé de 12 unités de lancement et de 104 missiles, est destiné à répondre aux besoins opérationnels pressants sur les lignes de contact sensibles. Cette importation rapide s’accompagne de négociations en vue d’une collaboration à plus long terme, incluant la coproduction ou le transfert de technologie vers l’Inde, conformément à la politique nationale d’autonomie stratégique en matière de défense.
Le choix du Javelin s’explique par ses performances éprouvées : missile guidé antichar « tire-et-oublie » doté d’un mode d’attaque par le dessus, efficace contre les chars de combat principaux modernes ainsi que les positions fortifiées. Face à une demande mondiale accrue dans plusieurs conflits récents, les délais de production se sont tendus, ce qui motive l’achat d’urgence indien afin de combler rapidement ses lacunes capacitaires.
Côté national, le programme MP-ATGM développé par le DRDO reste l’élément clé du plan à long terme de l’Inde. Ce missile antichar portatif, conçu pour être léger et autonome, a fait l’objet de nombreux essais et améliorations successives. Il est positionné comme la pièce maîtresse de l’arsenal antichar portatif de l’armée indienne. Les industriels nationaux, notamment la société publique Bharat Dynamics Limited, participent à la production et à la montée en cadence de ce programme.
Au-delà du MP-ATGM, l’Armée de Terre et le ministère de la Défense explorent plusieurs pistes pour enrichir leur arsenal antichar : des systèmes plus lourds montés sur véhicule, des missiles à plus longue portée ainsi que des technologies de guidage et de détection de nouvelle génération. Cette stratégie duale repose à la fois sur des acquisitions rapides pour répondre aux besoins actuels et sur le développement autonome pour garantir l’indépendance stratégique à terme.
Le lieutenant-général Ajay Kumar a également mentionné le dispositif « Make-2 », une procédure d’achat gouvernementale visant à encourager la collaboration entre l’industrie indienne publique et privée pour le co-développement ou la fabrication locale d’équipements de défense, souvent avec un soutien étatique. L’utilisation de « Make-2 » dans le domaine des missiles antichars devrait dynamiser l’engagement industriel national tout en maintenant une concurrence saine.
Par ailleurs, l’armée est en phase finale de préparation d’une demande de propositions concernant un missile antichar de quatrième génération. Bien que peu d’informations aient été révélées publiquement, un tel système intégrerait probablement des capacités avancées de guidage multimode, une portée accrue, des tactiques de contournement des systèmes actifs de protection (APS) et une connectivité en réseau avec des capteurs et des unités de tir. Ces évolutions sont jugées essentielles pour conserver un avantage opérationnel face aux menaces blindées en constante évolution.
Si les importations d’urgence permettent une mise en œuvre rapide, elles ne garantissent pas la pérennité ni les besoins futurs d’évolution. Les négociations de coproduction peuvent s’étendre sur plusieurs années et dépendent d’approbations internationales ainsi que d’accords industriels et de transfert de technologie. Les programmes indigènes comme le MP-ATGM ont franchi des étapes importantes, mais doivent encore compléter leurs essais, intensifier leur production et assurer leur intégration complète avant de pouvoir remplacer totalement les importations. Dans cette perspective, la combinaison d’achats urgents et d’une politique d’indigénisation ambitieuse apparaît comme la solution pragmatique.