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Les tensions et les enjeux stratégiques en Eurasie continuent de se complexifier avec des évolutions majeures affectant divers acteurs-clés tels que la Russie, la Chine, l’Iran, la Corée du Nord, ainsi que les groupes djihadistes. Ces développements impactent profondément la dynamique géopolitique et militaire de la région et au-delà.

Russie

Ces deux dernières semaines, les frappes russes de missiles longue portée sur le territoire ukrainien se sont intensifiées, avec des attaques récurrentes mobilisant plus de 500 drones et plusieurs dizaines de missiles à chaque fois. Ces offensives ont anéanti plus de la moitié de la production nationale de gaz naturel en Ukraine et provoqué d’importantes coupures d’électricité sur l’ensemble du pays. En réponse, l’Ukraine a accru ses attaques de drones longue portée contre des raffineries de pétrole et des installations pétrochimiques russes, visant à affaiblir l’appareil industriel russe et à réduire ses capacités d’exportation de produits pétroliers.

Les États-Unis envisagent désormais de fournir à l’Ukraine des missiles de croisière Tomahawk afin d’imposer un coût accru à la Russie dans le cas où cette dernière refuserait toujours de négocier la fin du conflit. Moscou a réagi avec des mises en garde fermes. Dmitry Peskov, porte-parole du Kremlin, a souligné que l’utilisation de tels missiles nécessiterait une implication directe de spécialistes américains, ce qui constituerait une escalade majeure. Dmitry Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité russe, a rappelé que ces systèmes ont une double vocation, ce qui ferait peser une menace nucléaire accrue pour la Russie en cas de déploiement sur le sol ukrainien.

Le 16 octobre, le président américain Donald Trump a eu une conversation téléphonique avec Vladimir Poutine, annonçant par la suite leur accord pour une rencontre prévue en Hongrie avant la fin de l’année. Ce même jour, Trump rencontrait le président ukrainien Volodymyr Zelensky, avec pour sujet-clé la question des livraisons éventuelles de Tomahawk à Kiev.

Illustration : Des pompiers ukrainiens éteignent des incendies dans la région de Poltava, conséquence des frappes russes visant les infrastructures énergétiques ukrainiennes le 16 octobre 2025.

Chine

Le 9 octobre, Pékin a annoncé un renforcement significatif des restrictions à l’exportation de terres rares, ciblant particulièrement les utilisateurs militaires et technologiques avancés. Ce durcissement survient en représailles aux sanctions américaines récemment imposées à des entreprises chinoises, ainsi qu’aux taxes portuaires affectant les navires chinois. En réponse, Donald Trump a menacé d’instaurer dès le 1er novembre un tarif douanier de 100 % sur les importations chinoises aux États-Unis et envisage d’annuler un sommet prévu avec le président Xi Jinping lors du prochain forum de coopération économique Asie-Pacifique. Avant ce rendez-vous, une nouvelle série de négociations commerciales est attendue dans le but de trouver un compromis.

Par ailleurs, le gouvernement chinois a expulsé plusieurs hauts responsables militaires pour corruption, à la veille du plénum annuel du Comité central du Parti communiste chinois, un événement politique majeur.

Illustration : Activités portuaires dans le port de Yangshan près de Shanghai, un centre logistique clé pour la Chine.

Iran

Lors d’un discours devant la Knesset à Jérusalem, Donald Trump a rappelé son action militaire contre des installations nucléaires iraniennes durant l’été. Il a cependant indiqué que « la main de l’amitié et de la coopération reste tendue » vers Téhéran. Ces déclarations interviennent peu de temps après des accusations iraniennes reprochant aux États-Unis de bouder les discussions avec les puissances européennes autour de l’Assemblée générale de l’ONU. Le ministre iranien des Affaires étrangères a rejeté toute possibilité de dialogue avec une administration américaine qu’il juge contradictoire, déclarant que « Trump peut être président de la paix ou de la guerre, mais pas les deux en même temps ». Ce décalage reflète la profonde divergence entre une approche négociée – impliquant concessions réciproques – et une posture américaine exigeant des concessions maximales sous la pression des sanctions et du conflit.

Illustration : Donald Trump s’exprime devant la Knesset à Jérusalem après une trêve annoncée entre Israël et le Hamas.

Corée du Nord

Lors d’une exposition militaire, la Corée du Nord a présenté une version améliorée du char principal Cheonma-2, capable notamment de mieux franchir les cours d’eau, ainsi qu’un système de défense aérienne mobile sur chenilles s’apparentant au système russe Pantsir. À l’occasion du défilé marquant les 80 ans du Parti des travailleurs, Kim Jong Un a accueilli les dirigeants de Russie, de Chine et du Vietnam. La Corée du Nord a profité de l’événement pour dévoiler plusieurs nouveaux équipements, notamment le missile balistique intercontinental Hwasong-20 à propergol solide, potentiellement capable d’emporter plusieurs ogives – une avancée majeure obtenue probablement avec l’appui russe.

Début octobre, Pyongyang a multiplié les provocations : déversement sans préavis d’eau de barrage dans la zone frontalière, brouillage des signaux GPS en espace aérien européen en complicité avec la Russie, et construction de barrières antichar au nord de la frontière sud-coréenne. Ces actes renforcent la politique dite des « États hostiles » envers Séoul.

Sur le plan diplomatique, les relations nord-coréennes avec Moscou restent solides, Kim affirmant son intention de poursuivre cette alliance. Parallèlement, la Corée du Nord cherche à améliorer ses liens avec Pékin, qui avaient été distendus ces dernières années. Le président chinois Xi Jinping a exprimé son souhait de « consolider la coopération stratégique sur les enjeux internationaux et régionaux », offrant un nouvel espace géopolitique à Pyongyang pour avancer dans ses objectifs et affaiblir l’alliance entre les États-Unis et la Corée du Sud.

Illustration : La Corée du Nord présente un nouveau missile balistique intercontinental lors du défilé militaire de Pyongyang.

Djihadistes

Les violences entre le gouvernement pakistanais et les talibans afghans ont explosé, entre affrontements transfrontaliers et frappes aériennes pakistanaises sur Kaboul et d’autres localités. Pendant des années, le renseignement pakistanais a soutenu les talibans afghans dans leur insurrection contre l’ancienne République afghane et les États-Unis. Mais depuis que les talibans ont repris le contrôle de l’Afghanistan il y a quatre ans, la patience pakistanaise s’est épuisée. Islamabad accuse les talibans afghans de laisser les talibans pakistanais utiliser le territoire afghan comme base arrière pour leur guérilla contre le Pakistan.

Aggravant les tensions, le ministre afghan des Affaires étrangères, Amir Khan Muttaqi, s’est rendu en Inde – rival historique du Pakistan – les 9 et 10 octobre. En réaction, le Pakistan a mené des frappes aériennes sur Kaboul, Khost, Jalalabad et Paktika, ciblant des chefs présumés et des camps d’entraînement des talibans pakistanais. Le principal chef taliban pakistanais, Noor Wali Mehsud, aurait été visé lors de l’attaque à Kaboul, même si un enregistrement audio non vérifié prétend qu’il est toujours vivant. En représailles, les talibans afghans ont attaqué plusieurs postes-frontières, conduisant Islamabad à fermer les passages de Torkham et Chaman dans la province du Baloutchistan. Dans les jours suivants, la région a connu une série de frappes de drones pakistanais et de contre-attaques talibanes. Bien que la violence transfrontalière ne soit pas nouvelle, son intensité actuelle dépasse tout ce qui avait été observé depuis la chute de Kaboul et pourrait déclencher un conflit plus large.

Illustration : Le ministre afghan des Affaires étrangères Amir Khan Muttaqi rencontre le ministre indien des Affaires étrangères Subrahmanyam Jaishankar à New Delhi.