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Le projet de réintroduction du service militaire en Allemagne est plongé dans la confusion en raison d’un désaccord de dernière minute au sein des partis au pouvoir. Un compromis incluant la possibilité d’un service militaire obligatoire a été rejeté.

Le chancelier Friedrich Merz souhaite faire de l’Allemagne la puissance militaire conventionnelle la plus forte d’Europe. Cependant, mardi soir, une conférence de presse destinée à présenter les propositions a été annulée de façon inattendue, juste avant le dépôt d’un projet de loi prévu au parlement jeudi. Le ministre de la Défense, Boris Pistorius, a nié toute accusation de « sabotage » des plans.

Malgré sa place de première économie de l’Union européenne, l’armée allemande est sous-financée depuis plusieurs décennies, profondément affectée par la fin de la Guerre froide. Berlin cherche désormais à accroître ses dépenses et ses effectifs, dans un contexte marqué par des avertissements soulignant la nécessité pour les membres de l’alliance occidentale de la OTAN de se préparer à une éventuelle attaque russe dans les quatre prochaines années.

Le service militaire demeure une question sensible sur le plan politique. Une partie significative de la société allemande reste profondément réservée quant au recrutement et au réarmement, en raison des lourdes conséquences historiques de la remilitarisation au XXe siècle.

Pourtant, un récent sondage Forsa réalisé pour le magazine Stern indique que 54 % des Allemands soutiennent le retour du service militaire obligatoire, contre 41 % qui y sont opposés. L’opposition est même plus marquée chez les jeunes de 18 à 29 ans, où elle atteint 63 %.

L’Allemagne envisage d’augmenter ses forces armées, actuellement composées de 183 000 militaires actifs, hommes et femmes, à 260 000 d’ici 2035, accompagnés de 200 000 réservistes. D’après les plans préliminaires annoncés cet été, les jeunes de 18 ans devraient remplir un questionnaire en ligne concernant leur parcours et leur disposition à servir durant une période minimum de six mois.

Le remplissage du questionnaire sera obligatoire pour les hommes, mais facultatif pour les femmes.

Une résistance subsiste parmi le partenaire minoritaire de la coalition au pouvoir, le SPD, à toute forme de service obligatoire.

La coalition gouvernante, composée de la CDU/CSU conservatrice de Friedrich Merz et du parti social-démocrate de centre-gauche SPD, avait convenu dans son accord de gouvernement de réintroduire un service militaire initialement volontaire. Cependant, des responsables CDU, dont le chancelier Merz, expriment de plus en plus leur inquiétude quant à l’efficacité d’un système reposant uniquement sur le volontariat.

Cette semaine, les négociateurs des deux partis ont conclu un compromis complexe, qui, selon les médias allemands, prévoyait un processus en plusieurs étapes. Les détails restent partiellement flous, mais il est suggéré que si le volontariat ne permet pas d’atteindre les objectifs de recrutement parmi les jeunes diplômés, un système de tirage au sort pourrait être instauré.

Une sélection de jeunes serait ainsi appelée à effectuer un service médical ou militaire obligatoire si nécessaire pour combler les besoins en effectifs.

Toutefois, au sein du SPD, il y a une opposition ferme à toute introduction d’une obligation.

Le ministre de la Défense social-démocrate Boris Pistorius soutient résolument la volonté de renforcer l’armée, mais juge les derniers plans peu réalistes. Plutôt qu’un tirage au sort, il propose que tous les jeunes concernés passent un examen médical à partir de juillet 2027, permettant à la Bundeswehr d’évaluer précisément la main-d’œuvre disponible.

Pistorius minimise le blocage politique actuel et assure qu’une nouvelle loi sera adoptée à temps pour une entrée en vigueur l’an prochain.

Ses propositions initiales, centrées sur un recrutement volontaire, devraient être présentées jeudi, mais elles s’annoncent sujettes à de vifs débats.

Le ministère de la Défense allemand doit faire face à d’importants défis logistiques pour construire l’infrastructure nécessaire à ses ambitieuses perspectives militaires.

Le service militaire obligatoire avait été suspendu en Allemagne en 2011. Depuis, les jeunes pouvaient choisir de servir ou, en tant qu’objecteurs de conscience, d’effectuer un service civil.