Le programme indien de cinquième génération, l’Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA), prend de l’ampleur avec le lancement d’une phase cruciale : le développement à l’échelle complète (FSED). Sept candidatures majeures ont été enregistrées pour cette étape clé, confirmant une dynamique forte et un calendrier ambitieux menant à la fabrication du prototype prévue pour la mi-2027.
La demande d’expression d’intérêt (EoI) diffusée en début d’année pour impulser la participation du secteur privé à cette phase de développement, dotée d’un budget de 15 000 crores de roupies, a suscité un vif intérêt. Les dossiers déposés proviennent de grands noms de l’industrie tels que Larsen & Toubro (L&T), Tata Advanced Systems Limited (TASL), Mahindra Aerostructures, Bharat Electronics Limited (BEL) et Godrej Aerospace. Parmi eux figurent également des partenaires étrangers potentiels, comme la United Aircraft Corporation russe et Israel Aerospace Industries, apportant leur expertise aux différents lots de travail. Ces candidatures couvrent des domaines essentiels : conception de la cellule, intégration avionique, systèmes de propulsion et revêtements furtifs, indispensables pour répondre au profil bi-réacteur, furtif et capable de supercroisière de l’AMCA.
« Les accords de partage des travaux sont déjà finalisés ; dès l’annonce des lauréats, nous lancerons la construction du premier prototype », confie un haut responsable de l’Aeronautical Development Agency (ADA). Cette transition fluide est facilitée par des démarches d’approvisionnement anticipé : l’ADA a déjà commandé des composants clés, notamment des matériaux composites pour les entrées d’air supersoniques sans déviation et des structures absorbant le radar, afin d’éviter tout retard lors de l’assemblage. La phase FSED s’étalera sur cinq ans et aboutira à la production de six prototypes, avant une montée en cadence prévue dès le début des années 2030 pour équiper l’Indian Air Force (IAF) avec plus de 126 appareils.
Le directeur de l’ADA, le Dr S. Unnikrishnan, a confirmé récemment ce calendrier : « Le premier prototype sera présenté en 2028, suivi de son premier vol peu après ». Cette échéance s’inscrit dans le cadre d’un programme progressif, avec l’achèvement l’an dernier de la phase de conception conceptuelle (CDP) et le lancement en cours de la phase de conception préliminaire (PDP), financées par une injection initiale de 10 000 crores de roupies allouée par la Defence Research and Development Organisation (DRDO). Les premiers prototypes seront équipés de moteurs General Electric F414, montés sous licence via Hindustan Aeronautics Limited (HAL), avant de passer à une version domestique sèche de 110 kN de poussée, conforme aux standards Mk2.
Cette intensification intervient à un moment critique pour l’IAF, confrontée à un déficit de escadrons depuis la mise hors service des MiG-21, tout en s’appuyant sur le Tejas MkII comme solution transitoire. L’AMCA est conçu comme une plateforme furtive multirôle destinée aux missions SEAD (Suppression of Enemy Air Defenses), frappes en profondeur et guerre centrée sur le réseau. Il doit compléter la famille Tejas : l’AMCA pour les pénétrations en zone à haute menace, le MkII pour les attaques à moyenne portée avec missiles BVRAAM, et le Mk1A pour les missions d’interception. Les experts industriels saluent les sept candidatures comme une « victoire du Make in India », avec plus de 70 % de contenu local, stimulant ainsi un écosystème aérospatial national dynamique.