Taïwan a manifesté son intérêt pour l’acquisition de chasseurs Rafale afin de remplacer ses anciens Mirage 2000, une perspective qui s’inscrit dans un contexte géopolitique délicat. La France, tout en continuant d’assurer le soutien technique de la flotte de Mirage taïwanaise, reste prudente face aux tensions avec la Chine.
Le 29 septembre 2025, Éric Trappier, directeur général de Dassault Aviation, a déclaré devant l’Assemblée nationale française que Taïwan avait exprimé un intérêt pour l’achat de Rafale afin de renouveler sa flotte de Mirage 2000 vieillissante. Il a souligné que toute décision d’exportation reviendrait au gouvernement français, qui maintient actuellement un soutien logistique et en pièces détachées pour les Mirage taïwanais.
Ces déclarations interviennent suite aux questions posées par la députée Marie-Noëlle Battistel concernant les difficultés persistantes de Taïwan à entretenir sa flotte de Mirage 2000, notamment en ce qui concerne l’accès à long terme aux pièces et à l’assistance technique. Le projet d’acquisition de Rafale modifierait sensiblement l’équilibre des forces aériennes à Taïwan et mettrait à l’épreuve la stratégie française vis-à-vis de la Chine, alors que les États-Unis continuent de renforcer leur posture de dissuasion dans l’Indopacifique.
Doté des standards F3R et F4, le Rafale associe un radar à antenne active AESA RBE2, un système optronique OPAS (Optronique Secteur Frontal), le dispositif de guerre électronique Spectra, une visière casque et une capacité d’armement polyvalente couvrant les missions de supériorité aérienne, d’attaque au sol et d’action antinavire. Conçu comme une véritable plateforme multifonction, l’appareil peut changer de mission au cours d’une même sortie si nécessaire.
La conception aérodynamique de l’avion explique en partie l’intérêt de Taïwan : son aile delta avec plans canards courts offre une enveloppe de vol étendue, une excellente maniabilité à haute incidence et une stabilité remarquable avec des charges importantes. Au cœur de son système avionique, l’architecture modulaire MDPU assure la gestion de vol, la fusion de données et le contrôle de tir. Le radar AESA RBE2 propose des modes basse probabilité d’interception, le suivi simultané de multiples cibles ainsi qu’une cartographie terrain en temps réel.
L’OPAS, capteur passif opérant dans les bandes visible et infrarouge, permet l’identification à grande distance, tandis que Spectra assure l’alerte, le brouillage et la tromperie avec une efficacité optimisée grâce à des bases de données locales de menaces. Ce package sensoriel vise à garantir la résilience opérationnelle, au-delà de la simple addition de systèmes.
Pour la propulsion, le Rafale est équipé de deux réacteurs M88-2 offrant la puissance nécessaire avec une gestion optimisée lors des phases transitoires. La version 4E introduit des améliorations sur le compresseur haute pression et la turbine afin d’accroître la durabilité et la disponibilité, un atout essentiel pour un opérateur effectuant des vols fréquents et de longue durée. L’appareil dispose de quatorze points d’emport d’armement selon la version, dont cinq adaptés aux charges lourdes et réservoirs, et il est capable de ravitailler en vol d’autres avions de chasse ainsi que de soutenir des avions ravitailleurs.
L’armement reflète cette polyvalence : en combat air-air, les missiles Meteor à longue portée ainsi que les MICA IR (infrarouge) ou EM (électromagnétique) couvrent l’ensemble des engagements possibles. En frappe au sol, les AASM et SCALP offrent des options modulaires ou des capacités de missile de croisière adaptées à la nature de la cible et aux risques. En combat maritime, le missile Exocet reste une valeur sûre, bien que des profils AASM soient disponibles contre des bâtiments plus légers. Le canon interne Nexter 30 M 791, à haute cadence de tir, constituera un dernier recours ou une première réponse lors de missions de surveillance aérienne. Le système de gestion des armements est conforme à la norme Mil Std 1760, facilitant l’intégration des munitions choisies par le client.
Trois variantes opérationnelles du Rafale sont déjà en service en France : le Rafale B biplace, livré à l’Armée de l’air et de l’espace en 2004 pour missions complexes et formation ; le Rafale C monoplace, également en service depuis 2004, qui assure la plupart des missions d’alerte ; et le Rafale M, version navale en service dès 2002, renforcée pour les opérations embarquées sur porte-avions, avec un train d’atterrissage avant allongé pour la catapulte, un crochet d’appontage et des aides spécifiques à l’appontage. Cette version supprime le pylône central avant pour faire place au train d’atterrissage, ce qui entraîne un poids à vide légèrement supérieur. Industriellement, les variantes partagent la majorité de leurs systèmes, simplifiant ainsi la logistique et les mises à jour logicielles.
La politique demeure toutefois la variable majeure dans ce dossier. Les exportations d’armes françaises sont soumises à un processus interministeriel sensible aux équilibres diplomatiques et économiques. Concernant Taïwan, Paris doit prendre en compte sa relation avec Pékin ainsi que la coordination avec Washington, principal fournisseur d’équipements militaires de Taipei.
Si la porte des exportations vers Taïwan devait rester close, les autorités taïwanaises se concentreraient alors sur le maintien en état opérationnel de la flotte de Mirage 2000 jusqu’à l’arrivée progressive des nouveaux F-16, tout en préservant leurs équipages, leurs stocks de missiles et en régulant les heures de vol.