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Face à un carnet de commandes colossal qui met sous pression ses capacités de production, Hindustan Aeronautics Limited (HAL), le géant aéronautique indien, pourrait bientôt être restructuré afin d’améliorer son efficacité et d’accélérer la livraison de matériels militaires. Selon des sources proches du dossier, un cabinet de conseil externe a entamé l’élaboration d’une feuille de route destinée à scinder HAL en entités spécialisées et indépendantes pour les avions à voilure fixe, les hélicoptères, ainsi que les services de maintenance, révision et réparation (MRO). Cette refonte intervient à un moment critique, juste après la signature d’un contrat historique de 62 370 crores de roupies (environ 7,5 milliards d’euros) pour 97 chasseurs Tejas Mk-1A, dans un contexte de retards de production qui affectent la puissance de combat de l’Armée de l’Air indienne.

Cette restructuration envisagée illustre un ajustement pragmatique dans la stratégie d’auto-indigénisation de la défense menée par New Delhi. Avec un carnet de commandes dépassant les 2,7 lakh crore de roupies (soit plus de huit fois son chiffre d’affaires annuel d’environ 32 000 crore), HAL est soumis à une forte pression pour honorer des commandes allant des avions légers de combat aux hélicoptères avancés, en passant par les moteurs à réaction. De nouvelles commandes majeures sont attendues au cours de l’exercice fiscal, notamment des suites éventuelles au programme Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA), dont les lignes d’assemblage saturées soulèvent déjà des inquiétudes sur l’intégration des équipements.

Le cabinet de conseil travaille actuellement sur l’analyse des divisions opérationnelles qui compliquent la gestion centralisée de HAL. Parmi les pistes envisagées, une division consacrée aux avions à voilure fixe se concentrerait sur les chasseurs Tejas et les mises à niveau des Su-30MKI, tandis qu’une unité dédiée aux hélicoptères gérerait les Prachand d’attaque et les variantes utilitaires Dhruv. Une troisième structure spécialisée dans le MRO faciliterait la maintenance des flottes vieillissantes de l’Armée de l’Air, en libérant des ressources pour les nouvelles productions.

Cette proposition de restructure n’est pas nouvelle : un projet similaire avait déjà été étudié il y a quelques années, mais avait été abandonné lorsque le carnet de commandes de HAL était moins dense. Aujourd’hui, avec la réduction de la flotte active de l’IAF à 29 escadrons, contre 42 autorisés, la situation est devenue critique. « L’intégration verticale de HAL était un atout dans les années 1970 ; aujourd’hui, c’est un goulot d’étranglement », confie un expert de la Défense, insistant sur les retards récurrents du programme Tejas qui ont contraint à des achats d’urgence à l’étranger.

Cette restructuration pourrait s’inspirer de modèles à succès comme celui d’Israel Aerospace Industries, où des unités semi-autonomes favorisent la spécialisation. Pour HAL, cela signifierait une gestion plus allégée, un prototypage accéléré et des partenariats plus fluides avec le secteur privé, aspects essentiels alors que le programme Atmanirbhar Bharat impose un contenu indigène minimal de 70 % dans les programmes futurs.

Cette initiative intervient alors que HAL vient de décrocher son plus gros contrat à ce jour : la commande de 97 Tejas Mk-1A, d’une valeur de plus de 62 370 crores de roupies (hors taxes). Ce marché comprend 68 chasseurs monoplace, 29 biplaces dédiés à la formation, ainsi que des simulateurs et équipements de rechange. Approuvé par le Cabinet Committee on Security sous la direction du Premier ministre Narendra Modi, les livraisons sont prévues pour débuter entre 2027 et 2028, sur six ans. Il s’agit du second contrat majeur concernant l’avion léger de combat après celui signé en 2021 pour 83 appareils.

Un responsable a déclaré : « Le Ministère de la Défense a signé un contrat avec Hindustan Aeronautics Limited pour l’acquisition de 97 exemplaires du Light Combat Aircraft Mk1A pour l’Indian Air Force », qualifiant ce contrat de « jalon important pour la fabrication indigène de matériel de défense ». Toutefois, ce succès commercial accentue la pression sur HAL : la cadence de production devra passer de 16-18 appareils annuels à un rythme beaucoup plus soutenu pour respecter les délais contractuels, dans un contexte de difficultés d’approvisionnement des moteurs génerés par General Electric.

Les difficultés de HAL sont bien connues. Les retards chroniques du programme Tejas — initialement prévu pour une mise en service en 2015 — ont affaibli la disponibilité opérationnelle de l’Indian Air Force, contribuant à un déficit de 13 escadrons. Par ailleurs, la charge de travail importante complique également la contribution de HAL au programme AMCA, avion de combat furtif indien, où les industriels privés comme L&T et Tata espèrent prendre une part plus importante.