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Dans une publication sans détour sur Facebook, l’expert autrichien en aviation et historien Tom Cooper dévoile un déséquilibre notable dans la communication stratégique entre le Pakistan et l’Inde : d’un côté, une machine de propagande pakistanaise maîtrisée, de l’autre, une gestion médiatique indienne maladroite. Il prend pour exemple la récente mise à la retraite des légendaires MiG-21 de l’Armée de l’air indienne, illustrant comment Islamabad investit lourdement pour valoriser son image à l’international tandis que New Delhi manque d’opportunités pour mettre en valeur son héritage aéronautique. « C’est parce qu’ils ont une bien meilleure communication », souligne Cooper en réponse aux questions de journalistes indiens sur le traitement favorable dont bénéficie le Pakistan dans les médias occidentaux.

Le 26 septembre 2025, à la base aérienne de Chandigarh, l’Armée de l’air indienne (IAF) a rendu un hommage émouvant à ses derniers MiG-21 Bison, mettant fin à 62 années de service pour ce chasseur supersonique emblématique qui a marqué plusieurs générations de la puissance aérienne indienne.

Le 23e Escadron, dernier opérateur du « cercueil volant » — surnom dû à plus de 400 accidents, mais apprécié pour ses performances au combat — a remis ses appareils au cours d’une cérémonie en présence du Maréchal de l’air V.R. Chaudhari et du ministre de la Défense Rajnath Singh. Des passages en formation des équipes « Badal » et « Panther » ont clôturé l’événement, les avions étant destinés à des expositions muséales ou à la démolition.

Le MiG-21 ne représentait pas seulement une machine ; il incarnait une page de l’histoire aéronautique indienne. Premier avion supersonique indien, premier intercepteur équipé de radar et premier chasseur armé de missiles, il a abattu des F-104 Starfighter pakistanais lors de la guerre de 1971 et a été au cœur du développement industriel avec HAL, dont l’usine de Nashik a assuré la production sous licence. Ce savoir-faire a permis la naissance du Tejas, le premier avion de chasse indien entièrement conçu localement, faisant ainsi de ce retrait un moment clé dans l’évolution stratégique nationale.

Holger Müller, expert allemand reconnu du MiG-21, auteur d’une douzaine d’ouvrages sur le sujet, a voulu assister à cette étape majeure à titre personnel, finançant lui-même son déplacement. Il avait sollicité un visa auprès de l’ambassade indienne à Berlin plusieurs mois avant la cérémonie, respectant les contrôles et procédures de sécurité. Sa demande a reçu un refus initial, ou est restée sans réponse, ce que Tom Cooper qualifie d’« incompréhensible » puisque Müller ne cherchait pas à se renseigner sur le Rafale mais simplement à honorer une page de l’histoire aéronautique.

Cooper, qui suivait l’affaire, a agi en mettant Müller en contact avec des interlocuteurs indiens influents dans l’Armée de l’air. Une vague de demandes est alors remontée de Delhi à Berlin. L’accord est finalement arrivé au dernier moment, alors que Müller embarquait pour Delhi depuis Francfort, illustrant la complexité et la lenteur des procédures bureaucratiques indiennes.

Cet incident met en lumière un problème plus profond : une administration excessive, prudente à l’extrême, qui aliene alliés et passionnés. En contraste, Cooper imagine aisément comment la Force aérienne pakistanaise (PAF) organiserait la retraite d’un avion légendaire comme le Chengdu F-7, avec invitations ciblées à des journalistes étrangers, visites de bases, interviews de vétérans, avions décorés aux couleurs nationales. « Vous pouvez parier toute votre rémunération annuelle », affirme-t-il, que les dirigeants pakistanais manœuvreraient pour orchestrer un spectacle susceptible d’inonder les médias occidentaux d’images flatteuses.

Cette stratégie de communication se veut rodée depuis des décennies, comme lors de la gestion habile de la communication de la PAF après les frappes de Balakot, où des images retouchées et des fuites choisies ont permis de valoriser leur position. Du côté indien, bien que les journalistes étrangers n’aient pas été formellement exclus, le climat était peu accueillant. La couverture est restée majoritairement nationale, tandis que les agences internationales comme l’Associated Press ont évoqué l’événement sous un angle essentiellement protocolaire, sans les touches humaines que Müller aurait pu apporter.

Pas d’invitations coordonnées, ni de construction d’un récit — simplement un adieu distant et contrôlé. Le post de Cooper, partagé auprès de plus de 100 000 abonnés sur Facebook, reflète une frustration partagée parmi les observateurs indiens de la défense.

Pourquoi le Pakistan, malgré un bilan mitigé en matière de droits humains et une situation économique difficile, bénéficie-t-il régulièrement d’éditoriaux favorables dans des médias comme le New York Times ou la BBC qui soulignent la « résilience » de ses forces armées ? Pour Cooper, la clé réside dans l’investissement consenti dans des services de relations publiques dédiés, des journalistes intégrés au sein des unités, et une diffusion ciblée de récits valorisants positionnant la PAF comme un combattant tenace. L’Inde, malgré ses succès tels que le programme Tejas ou les ambitions autour de l’avion de combat AMCA, accuse un retard marqué en matière de projection de « soft power » militaire. Les exploits de l’IAF, comme les frappes de Balakot en 2019, sont souvent éclipsés par les contre-récits pakistanais, notamment parce que New Delhi privilégie la confidentialité opérationnelle au détriment de la communication. Comme le souligne Cooper, la question n’est pas d’espionnage mais de maîtrise et valorisation de son héritage.