Une délégation de haut niveau de Boeing, accompagnée de représentants du Département américain de la Défense, est attendue en Inde cette semaine pour des négociations clés portant sur un contrat de 4 milliards de dollars visant à fournir six avions de patrouille maritime supplémentaires P-8I Poseidon à la Marine indienne, qui exploite déjà 12 exemplaires. Mais le programme ne s’arrête pas à la surveillance maritime : Boeing propose également à l’Indian Air Force (IAF) la vente de nouveaux hélicoptères lourds CH-47F Chinook et engage discrètement des discussions avec l’armée de terre indienne, qui avait financé la flotte initiale, pour relancer les plans d’acquisition suspendus depuis l’immobilisation des Mi-26 russes. Selon des sources proches, les discussions autour du P-8I devraient avancer sans encombre, tandis que l’extension du parc Chinook reste incertaine en raison de contraintes budgétaires et du développement de solutions locales.
Cette visite, prévue du 16 au 19 septembre et impliquant des représentants du Bureau des programmes internationaux de la Marine américaine ainsi que des responsables des programmes maritimes de Boeing, illustre le renforcement des liens de défense entre l’Inde et les États-Unis dans un contexte de tensions croissantes dans l’Indo-Pacifique. Face à l’expansion navale chinoise, le P-8I, reconnu pour ses capacités de guerre anti-sous-marine et de renseignement, demeure un élément clé pour les ambitions océaniques de la Marine indienne. En parallèle de ce contrat principal, Boeing cherche à consolider ses ventes en proposant des Chinooks, tirant parti de plateformes existantes pour compenser les risques liés aux tensions commerciales et tarifaires entre Washington et New Delhi.
La flotte actuelle de P-8I, intégrée depuis 2013, a déjà cumulé plus de 200 000 heures de vol et joué un rôle essentiel dans des missions de surveillance à longue portée, notamment lors du face-à-face à Galwan en 2020 et des exercices conjoints au sein du Quad. L’acquisition de six avions supplémentaires, équipés de sonobuoys avancés, de missiles Harpoon et offrant un rayon d’action de 1 200 km en mission de combat, porterait le total à 18 appareils. Ce renforcement améliorerait la capacité de surveillance permanente dans la région de l’océan Indien. Chaque appareil est estimé entre 600 et 700 millions de dollars, un lot incluant pièces de rechange, formation et support local, tout en générant un potentiel de compensations économiques de l’ordre de 3,2 milliards de dollars grâce aux partenariats industriels en Inde.
Les discussions ont pris une tournure urgente après la hausse des prix américaine de juillet 2025, pouvant atteindre 50 %, qui avait conduit le ministère indien de la Défense à suspendre temporairement les négociations. Toutefois, des échanges bilatéraux récents, dont une rencontre mi-août entre le docteur Andrew Byers (États-Unis) et le secrétaire adjoint Dinesh Kumar (Inde), ont permis de rétablir un dialogue constructif. La délégation américaine devra aborder les questions du coût et de l’intégration du missile national Nasm-MR, dans l’objectif d’obtenir une lettre d’acceptation d’ici la fin de l’année. « Le P-8I a été un multiplicateur de force ; six de plus renforceront définitivement la supériorité maritime indienne », a commenté un officier de la Marine sous couvert d’anonymat.
Simultanément, Boeing cherche à relancer l’intérêt pour le CH-47F Chinook, un hélicoptère tandem arrivé dans l’arsenal de l’Indian Air Force en 2019 avec 15 unités pour un contrat de 1,2 milliard de dollars – financé par l’armée mais exploité par l’IAF pour le transport aérien stratégique. La flotte s’est montrée performante dans des opérations en haute altitude le long de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC), notamment pour le transport d’artillerie et de personnel dans des zones du type Siachen, mais ces 15 appareils demeurent insuffisants pour remplacer les Mi-26, cloués au sol depuis 2022 en raison des répercussions du conflit en Ukraine.
Après leur mise en service, l’IAF avait exprimé son souhait d’acquérir sept Chinook supplémentaires via une clause d’option du contrat initial, soulignant le déficit de charge utile de 20 tonnes laissé par l’arrêt des Mi-26. Cependant, ce projet est au point mort face aux priorités budgétaires et au développement du Light Utility Helicopter (LUH) indien, conçu par HAL. Les dernières tentatives de Boeing, selon des sources internes, viseraient à convaincre à la fois les forces aériennes, pour répondre à leurs besoins opérationnels, et l’armée de terre, afin d’utiliser son poids financier dans l’achat. Une réévaluation réalisée en février 2025 sous pression américaine a confirmé que la capacité de charge externe de 10 tonnes du Chinook et son rayon d’action de 500 km sont parfaitement adaptées aux exigences de renforcement rapide le long du LAC, mais le ministère de la Défense reste prudent. « L’armée avait financé le précédent achat ; elle est réticente à s’engager à nouveau sans garanties solides de compensations », a souligné un analyste.
Les incidents de 2022 aux États-Unis, où certains Chinooks ont été temporairement retirés du service à cause de problèmes de pales, avaient freiné l’enthousiasme, mais les mises à niveau proposées par Boeing – notamment l’intégration de cockpits numériques et l’augmentation des réservoirs de carburant pour étendre l’autonomie – pourraient inverser la tendance. Avec une force actuelle de 29 appareils sur 42 autorisés, un renforcement de la flotte lourde de l’IAF demeure crucial, même si la concurrence des Mi-17V5 russes et des hélicoptères ALH produits par HAL complique la position des Chinook.
| Plateforme | Contrat précédent | Ajout proposé | Capacités clés | Statut |
|---|---|---|---|---|
| P-8I Poseidon | 12 unités (2009/2016, 3,2 Mds$) | 6 unités (~4 Mds$) | Guerre anti-sous-marine, rayon 1 200 km, capteurs EO/IR | Négociations en cours ; visite du 16 au 19 septembre |
| CH-47F Chinook | 15 unités (2015, 1,2 Md$ ; financé par l’armée, exploité par l’IAF) | 7+ unités (option) | Charge suspendue 10 tonnes, haute altitude, 500 km rayon | Projet en suspens ; Boeing engage l’IAF et l’armée |