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La perspective d’une commande de 114 Rafale supplémentaires par l’Inde, dans le cadre d’un accord gouvernement à gouvernement évalué à plus de 2 000 milliards de roupies, modifie profondément l’équilibre des forces aériennes dans la région. L’Armée de l’air indienne (IAF) semble vouloir asseoir sa flotte autour de ce chasseur multirôle français, contournant le concours MRFA (Multi-Role Fighter Aircraft), ce qui annonce non seulement une croissance quantitative mais aussi une transformation opérationnelle majeure. Pour l’aviation pakistanaise, cette évolution constitue une source d’inquiétude, comme l’analyse Bilal Khan, fondateur de la plateforme Quwa spécialisée dans l’analyse de défense.

Dans un récent épisode du podcast Defence Uncut, Bilal Khan a examiné les implications de ce renforcement, qu’il qualifie de « signe préoccupant » pour la Pakistan Air Force (PAF). L’IAF opère déjà 36 Rafale depuis 2020 et a signé en avril 2025 un contrat pour 26 exemplaires navals. L’arrivée de 114 appareils supplémentaires, produits en collaboration « Made in India » avec Dassault Aviation, pourrait, selon lui, faire pencher la balance de manière décisive. La véritable menace réside au-delà du simple matériel : il s’agit d’une force plus intégrée, entraînée et connectée, prête à exploiter son avantage numérique avec une efficacité redoutable.

Historiquement, la PAF a réussi à compenser la domination numérique de l’IAF, qui dispose d’un ratio de 2 pour 1 en termes de chasseurs, grâce à un entraînement supérieur des pilotes, une meilleure maîtrise tactique et une guerre centrée sur le réseau, façonnée lors des conflits de 1965 jusqu’à l’échange de tirs à Balakot en 2019. Ces avantages qualitatifs ont permis au Pakistan de rivaliser sur un pied d’égalité malgré une flotte plus restreinte.

L’intégration massive des Rafale change la donne. Khan met en garde contre la normalisation de la flotte autour de 200 Rafale, renforcée par les centaines de chasseurs légers indigènes Tejas et les Su-30MKI modernisés. Ce mélange « haut-bas » créerait un adversaire « profondément interconnecté ».

Ce concept combine les Rafale pour les missions de frappe en profondeur et la supériorité aérienne, tandis que le Tejas offre une polyvalence multirôle. Cette standardisation promet une logistique simplifiée, une formation unifiée et un partage fluide des données via des AWACS améliorés et des liaisons de données performantes. Khan rappelle : « Pendant des années, la PAF a compté sur la supériorité de son entraînement et son intégration réseau comme multiplicateurs de force pour compenser l’avantage quantitatif de l’IAF ». Une IAF consolidée représente donc une menace sérieuse pour cet avantage qualitatif.

Les récentes propositions de l’IAF confirment cette approche, mettant l’accent sur la rationalisation de la flotte pour pallier le déficit de escadrilles. L’équipement électronique Spectra du Rafale et les missiles de croisière SCALP allongent la portée des frappes. Pour la PAF, qui repose toujours sur un mix de JF-17 Thunder, F-16 et Mirage III/V, cette situation marque un tournant : les ajustements qualitatifs ne suffiront plus à freiner l’avance indienne.

Khan rejette les réactions impulsives de type « œil pour œil » comme contre-productives, détournant les ressources des priorités. La recherche pakistanaise d’un avion furtif de cinquième génération chinois J-35 — évoquée dans le cadre d’une possible commande de 40 unités à la suite des combats de mai 2025 — n’est pas un simple contrepoids aux Rafale. Il s’agit plutôt de combler un « vide capacitaire historique » dans les plateformes de frappe en profondeur, jusque-là limité par les restrictions américaines sur les F-16.

Cette nuance stratégique prend tout son sens face aux contraintes budgétaires pakistanaises. Le J-35, s’il est livré, offrirait des capacités d’attaque à distance hors de portée des intercepteurs indiens, sans pour autant permettre d’égaliser en nombre avec les Rafale. Khan conclut que cet arsenal prévu « contraindra la PAF à repenser la guerre aérienne de manière fondamentale ». Faute de pouvoir rivaliser un contre un, Islamabad devra se tourner vers une dissuasion à plusieurs niveaux.

Khan propose de constituer un « filet défensif robuste » comme pierre angulaire. Cela passe par une montée en puissance de la production des JF-17 Block III, désormais équipés de radars AESA KLJ-7A et de missiles longue portée PL-15, augmentant à la fois le nombre d’appareils et leur efficacité en combat hors de vue directe.

En complément, l’introduction de systèmes modernes de défense aérienne sol-air (SAM), tels que des HQ-9 améliorés ou des systèmes indigènes de capacité équivalente, élèverait le seuil d’intrusion adverse et orienterait les attaques vers des points d’étranglement où la PAF pourrait agir efficacement. Khan s’appuie sur les échanges du « Operation Sindoor » en mai 2025, où des J-10C chinois auraient surpassé des Rafale dans des engagements aériens contestés, pour souligner l’importance de l’intégration au sein d’un système plus dense, intelligent, combinant radar AEW&C Erieye et ISR satellitaire. Selon lui, cette approche pourrait rendre les incursions indiennes coûteuses en ressources, permettant ainsi de gagner du temps pour les forces terrestres.

Sur le plan offensif, Khan encourage le recours à des capacités « asymétriques » pour éviter la supériorité aérienne indienne. Les véhicules aériens de combat sans pilote (UCAV) indigènes Burraq, les munitions persistantes pour frappes précises et l’artillerie à roquettes longue portée au sol, comme le système Fatah-II, offrent des moyens à faible risque de pénétrer les zones fortifiées. Ces outils, souvent d’origine chinoise ou développés localement, permettent de dégrader les bases et les chaînes logistiques ennemies sans exposer les pilotes aux combats dominés par les Rafale. Ce tournant s’inscrit dans une tendance mondiale, des essaims de drones en Ukraine aux barrages de missiles iraniens, tout en restant adapté au contexte pakistanais, notamment pour les affrontements en zone montagneuse élevée le long de la ligne de contrôle, où l’ingéniosité prime sur la quantité.