Le programme d’acquisition du Rafale par l’Indonésie marque une étape décisive avec le premier vol d’essai réalisé en France. Ce nouveau modèle, conforme à la dernière norme F4, illustre l’importance accordée à la connectivité, à la fusion des données et à la capacité de survie en opérations. Cette avancée technique offre à l’Indonésie une capacité renforcée pour moderniser ses forces aériennes dans un contexte géopolitique exigeant.
Le Rafale photographié est une version biplace du standard F4, qui met l’accent sur la clarté de l’information et la rapidité de réaction. Grâce au radar RBE2 AESA, au système de détection infrarouge OSF, et à un noyau modulaire de traitement des données, l’avion fusionne les pistes radar et infrarouges pour éviter une présentation confuse des cibles. Le pilote et l’opérateur d’armes bénéficient ainsi d’une image plus nette, facilitant une prise de décision rapide.
Le système SPECTRA, intégrant l’alerte radar, le soutien électronique et les contre-mesures, permet à l’équipage d’identifier, d’éviter ou de neutraliser les menaces sans procédures complexes en cockpit. L’objectif est simple mais technologiquement avancé : réduire la charge de travail des pilotes tout en élargissant la palette des missions réalisables lors d’une sortie.
Sur le plan matériel, les moteurs Safran M88 compacts garantissent de bonnes performances dans des environnements chauds et humides, tout en limitant la consommation de carburant — un atout majeur pour un pays couvrant des milliers de kilomètres maritimes. Avec onze points d’accrochage et des options flexibles pour le carburant, le Rafale permet de combiner missiles et bombes guidées, aussi bien en portée visuelle qu’au-delà, tout en conservant la capacité d’emporter des pods de ciblage et des réservoirs externes.
Cette modularité offre à un escadron la possibilité de maintenir des aéronefs en alerte rapide équipés de missiles Meteor et MICA, avant de les réaffecter à des frappes au sol sans réorganisation lourde de la flotte. Le cockpit biplace constitue également une plateforme précieuse pour la formation et, en opération, un élément de soutien pour gérer les capteurs et surveiller la situation aérienne lors de longues patrouilles maritimes.
Les premières unités destinées à Jakarta sont issues d’une commande totale de 42 appareils progressivement livrés. L’armée de l’air indonésienne a déjà envoyé un groupe initial de pilotes et de techniciens en formation en France pour l’adaptation au type et l’entretien. Les premières livraisons sont prévues dès 2026.
Le Rafale affichant les marquages du 12e Escadron Aérien s’intègre dans le plan de transformation des unités basées autour de la Base Aérienne Roesmin Nurjadin. À terme, il remplacera progressivement les F-16, Su-27, Su-30 Flanker et Hawk 200, offrant une flotte plus homogène, une meilleure disponibilité opérationnelle et un système de maintenance simplifié, évitant les difficultés liées à la multiplicité des modèles et à la pénurie de pièces de rechange.
Opérationnellement, le Rafale confère à l’Indonésie une portée réelle au-dessus de la mer, même dans des conditions météo difficiles et dans un espace électromagnétique contesté. Equipé du Meteor pour les tirs à longue portée et du MICA pour la fusion de données, une paire de Rafale peut instaurer une défense stratifiée sur des corridors aériens très fréquentés et autour du détroit de Malacca.
Le même appareil est parfaitement adapté aux missions d’interdiction maritime. Le radar AESA fonctionne en modes air et surface, le pod de ciblage facilite l’identification précise des cibles, et les munitions AASM offrent une option de frappe de précision contre des objectifs fixes ou mobiles, au sol ou en zone littorale. Le système SPECTRA réduit les risques posés par les menaces modernes sol-air, désormais très présentes dans la région avec leurs radars réseau et lanceurs mobiles.
Le programme de formation est complet, intégrant l’étude de l’avionique et de l’armement en salle, l’entraînement sur simulateurs, les vols d’entraînement ainsi que des épreuves pratiques. Les techniciens parcourront toutes les chaînes de maintenance — fuselage, moteur, systèmes — avant de mettre en œuvre ces compétences en Indonésie pour établir des routines d’entretien et d’outillage durables.
Si l’Indonésie parvient à maintenir un rythme stable dans les formations et l’approvisionnement en pièces détachées selon le calendrier de livraison, les premiers escadrons seront en mesure d’enchaîner des missions d’alerte et de longues patrouilles dès la fin de la première année. Dans le cas contraire, les avions risqueraient de rester cloués au sol.
Située au bord de la mer de Chine méridionale, l’Indonésie contrôle des routes maritimes vitales pour le commerce mondial. Ses missions de souveraineté aérienne se heurtent à la présence militaire étrangère et à un ensemble croissant de tactiques de guerre de basse intensité. Un chasseur multirôle moderne, connecté en réseau, offre à Jakarta une capacité accrue pour affirmer sa présence dans la zone de Natuna et pour escorter efficacement ses avions de patrouille maritime dans des secteurs encombrés.
Enfin, cette acquisition s’inscrit dans une politique nationale indonésienne visant à diversifier ses fournisseurs d’armement et à renforcer ses relations industrielles au-delà d’un seul groupe. La France se positionne comme un partenaire clé, apportant non seulement le Rafale, mais aussi une coopération dans le domaine des sous-marins et des radars à longue portée. Dans un contexte de modernisation accélérée des forces aériennes dans la région, l’Indonésie s’emploie à ne pas rester à la traîne.