Dans une démarche stratégique visant à accélérer le développement et la certification des moteurs aéronautiques indigènes, l’établissement de recherche sur les turbines à gaz (GTRE), un laboratoire de premier plan rattaché à l’Organisme de Recherche et Développement de la Défense (DRDO), a soumis une proposition au ministère de la Défense (MoD) pour utiliser deux avions Su-30 MKI de l’Armée de l’air indienne (IAF) comme bancs d’essai en vol.
Cette initiative a pour objectif de faciliter l’évaluation et la validation des composants et systèmes moteurs essentiels, afin de préparer leur intégration dans les programmes de chasseurs indigènes indiens, tels que le Tejas Mk-2 et l’avion de combat moyen avancé (AMCA). Le dossier présenté détaille une approche globale d’essais, de certification et de gestion des risques, en cohérence avec l’ambition de l’Inde d’atteindre l’autonomie dans la fabrication de défense sous l’initiative Atmanirbhar Bharat.
Le projet du GTRE prévoit d’équiper deux Su-30 MKI d’instruments supplémentaires pour en faire des bancs d’essai en vol dédiés à l’évaluation des composants et systèmes moteurs indigènes. Le Su-30 MKI, un chasseur bimoteur polyvalent déjà en service à l’IAF, constitue une plateforme idéale grâce à sa conception robuste, ses performances élevées et sa maîtrise opérationnelle éprouvée. Ces instruments additionnels permettront la collecte de données en temps réel durant les essais en vol, ce qui donnera au GTRE la capacité de comparer les paramètres critiques des systèmes indigènes avec ceux des pièces fournies par les fabricants d’équipement d’origine (OEM).
Cette analyse comparative est essentielle pour valider la performance, la fiabilité et la durabilité des composants développés localement. En utilisant le Su-30 MKI comme plateforme d’essai, le GTRE vise à combler le fossé entre les tests au sol et les conditions réelles d’exploitation, garantissant ainsi que les systèmes indigènes répondent aux normes strictes imposées aux avions modernes de combat.
Principaux points de la proposition du GTRE
Le plan proposé repose sur une méthodologie structurée d’essais et de certification, mettant l’accent sur l’efficacité et la sécurité. Les éléments clés incluent :
- Cartographie des paramètres critiques : Le GTRE prévoit de comparer les performances des composants et systèmes indigènes avec leurs équivalents fournis par OEM, en surveillant des paramètres tels que la poussée, la consommation de carburant, les dynamiques thermiques et l’intégrité structurelle en conditions de vol réelles. Les données recueillies aideront à détecter d’éventuelles divergences et à orienter les améliorations.
- Analyse des modes de défaillance, effets et criticité (FMECA) : La conduite d’une FMECA est proposée pour identifier les modes de défaillance potentiels des composants locaux. Cette approche anticipative permettra aux ingénieurs de traiter rapidement les vulnérabilités, renforçant ainsi fiabilité et sécurité.
- Tests limités des composants pour validation du processus : La stratégie du GTRE est de se concentrer sur des essais partiels des composants afin de valider les processus de fabrication et d’intégration, plutôt que sur la validation complète de la conception. Cela permet de réduire la durée et les coûts des tests tout en garantissant la qualité des pièces critiques.
- Tests d’endurance accélérés limités (AMT) : Le GTRE propose une approche graduelle « en escalier » pour les tests d’endurance, accordant une autorisation d’utilisation limitée aux composants indigènes. Cette méthode itérative permet des améliorations progressives, avec une première homologation basée sur les résultats des bancs d’essai en vol, suivie de renouvellements à mesure que les données se complètent, étendant ainsi leur durée de vie opérationnelle.
- Certification accélérée grâce aux bancs d’essai en vol : En exploitant le Su-30 MKI comme plateforme d’essai, le GTRE ambitionne d’accélérer le processus de certification. Les données collectées en conditions réelles de vol constitueront une base solide pour valider les moteurs et composants indigènes, réduisant la dépendance aux tests prolongés au sol et aux simulations.
Bien que la proposition présente un fort potentiel, elle soulève également des défis importants. L’équipement des Su-30 MKI avec des instruments supplémentaires et l’intégration des composants locaux destinés aux tests nécessitent une coordination rigoureuse entre le GTRE, HAL et l’IAF. La garantie de la sécurité des appareils et des pilotes lors des essais en vol est une priorité majeure, surtout lorsque des éléments encore peu certifiés sont évalués.