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Conçu pour offrir un soutien aérien rapproché (CAS) efficace en vol lent et à basse altitude, l’A-10 Warthog continue de soulever des questions sur sa succession prévue par le furtif F-35 Lightning II. Les différences fondamentales de conception entre ces deux appareils laissent planer un doute sur la capacité réelle du F-35 à remplacer l’A-10 dans ses missions de soutien tactique au sol.

L’A-10 Thunderbolt II, conçu dans les années 1970, a été pensé spécifiquement pour opérer à basse altitude et vitesse réduite au-dessus des champs de bataille, afin d’apporter un appui-feu soutenu aux forces au sol. Chaque élément de cet avion est orienté vers cette mission : de son imposant canon rotatif de 30 mm à la célèbre « baignoire » en titane protégeant le pilote des tirs ennemis. Même les moteurs sont montés en hauteur, au-dessus des ailes, pour minimiser leur vulnérabilité aux tirs provenant du sol.

Sa cellule robuste, ses systèmes de contrôle redondants et sa capacité à encaisser d’importants dégâts font de l’A-10 une plateforme de CAS quasi inégalée, capable de rester en mission pendant plusieurs heures tout en supportant des dommages considérables.

En revanche, le F-35, malgré sa technologie avancée, a été développé comme un chasseur multirôle : il doit assurer la supériorité aérienne, des frappes précises dans des espaces aériens contestés, et agir comme nœud de communication grâce à ses capteurs sophistiqués. Le F-35 est capable d’effectuer des missions de soutien rapproché, mais ce n’est pas son unique vocation.

Plutôt que de se reposer sur un canon rotatif ou un blindage renforcé, le F-35 mise sur ses capteurs, sa furtivité et sa capacité à intégrer en temps réel les informations tactiques, offrant ainsi au pilote une conscience situationnelle exceptionnelle. Toutefois, il n’est pas conçu pour voler longtemps à basse altitude, à la manière d’une extension aérienne directe des troupes au sol. Le F-35 privilégie plutôt les frappes de précision à haute altitude.

De plus, grâce à ses capacités avancées d’interopérabilité, le F-35 peut déléguer certaines tâches à des drones ou autres plateformes aériennes, ce qui, sur ce plan, lui donne un avantage certain par rapport à l’A-10 lorsqu’il s’agit de coordonner des opérations intégrées.

Ce que le F-35 ne possède pas

Le F-35 ne bénéficie pas du blindage massif, de la robustesse légendaire ni de la puissance de feu élevée de l’A-10. Son canon interne de 25 mm, moins logé en munitions et de moindre calibre, ne permet pas les longues rafales caractéristiques de l’A-10, qui utilise également des obus en uranium appauvri, d’une puissance exceptionnelle. Par ailleurs, l’autonomie moindre du F-35 limite son temps d’orbitage sur la zone d’engagement, augmentant le risque qu’il quitte le champ de bataille alors que les troupes restent exposées.

Face à ces limitations, certains critiques estiment que le F-35 n’est pas un véritable remplaçant du Warthog en matière de CAS. Cependant, l’US Air Force avance que le contexte du champ de bataille a évolué, et que l’A-10 manquerait de survivabilité face aux défenses anti-aériennes avancées que ses futurs adversaires, notamment la Russie ou la Chine, pourraient déployer. Selon cette vision, le F-35, avec sa furtivité et ses capteurs, serait mieux adapté pour opérer dans ces environnements à haute menace.

Comme l’énonce l’US Air Force, « À quoi sert un A-10 abattu s’il ne peut plus fournir de soutien » ? Cette logique paraît cohérente face à des puissances disposant d’une défense aérienne sophistiquée, même si elle repose sur l’idée que les États-Unis éviteront les types de conflits asymétriques qui ont marqué leur politique militaire ces trente dernières années.

Harrison Kass