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Dans une démonstration claire de sa volonté de conclure l’un de ses contrats de défense les plus stratégiques, la Russie s’apprête à inviter des pilotes d’essai indiens pour des évaluations pratiques du Su-57E, la version export de son chasseur furtif de cinquième génération. Selon des sources au sein du ministère russe de la Défense, citées par idrw.org, les autorisations pour ces essais pourraient être accordées « dans les prochains jours » si l’Inde en fait officiellement la demande.

Cette initiative intervient dans un contexte de renforcement des efforts diplomatiques et commerciaux visant à positionner le Su-57E comme un élément clé de la modernisation de l’Indian Air Force (IAF), offrant une introduction rapide à la technologie furtive alors que l’avion de combat indigène Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA) est encore à plusieurs années de son entrée en service. L’événement Aero India 2025 ayant déjà mis en lumière les performances du chasseur, l’empressement russe souligne une volonté stratégique de renforcer les liens indo-russes face à la concurrence mondiale et aux menaces régionales.

Le Su-57E, désigné « Felon » par l’OTAN, représente le summum de l’ingénierie aérospatiale russe. Ce chasseur multirôle bicylindre ultra-manœuvrable combine furtivité avancée, capacité de supercroisière et fusion sensorielle sophistiquée. Équipé du radar AESA N036 Byelka, de soutes internes pour missiles tels que le R-77M, et compatible avec des munitions hypersoniques, il est conçu pour dominer dans un espace aérien contesté. La production s’est accélérée depuis 2020, avec plus de 20 exemplaires livrés aux forces aérospatiales russes à la mi-2025, tandis que des variantes export comme le Su-57E sont adaptées aux partenaires internationaux.

La proposition russe à l’Inde rappelle le programme avorté du Fifth Generation Fighter Aircraft (FGFA), dont New Delhi s’était retiré en 2018 en raison de coûts élevés et de préoccupations concernant la furtivité. En 2025, Rostec et United Aircraft Corporation (UAC) ont renforcé leur offre en proposant un transfert complet de technologie (ToT), l’accès au code source et une production conjointe chez Hindustan Aeronautics Limited (HAL) à Nashik — la même usine qui a produit plus de 220 Su-30MKI.

Le projet prévoit une première livraison « clé en main » de 20 à 30 appareils, suivie d’un assemblage local de 60 à 70 autres exemplaires d’ici au début des années 2030, avec un coût estimé inférieur de 30 à 40 % à celui des concurrents occidentaux tels que le F-35. Lors d’Aero India 2025 en février, le pilote d’essai Sergey Bogdan a impressionné avec des démonstrations acrobatiques, offrant aux hauts responsables de l’IAF une inspection rapprochée, bien que les essais en vol aient été limités par des restrictions préalables.

Profitant de l’élan suscité par le salon aéronautique, la Russie propose désormais des évaluations complètes à Akhtubinsk ou Zhukovsky, permettant aux pilotes indiens d’apprécier la maniabilité, l’intégration des systèmes avioniques et la compatibilité des armements dans des scénarios de combat simulés.

Le calendrier est particulièrement favorable pour Moscou, alors que les escadrons de chasse indiens ont diminué à 31 unités, contre une force autorisée de 42,5, aggravée par la retraite des MiG-21 et les retards dans la montée en puissance des Tejas Mk1A.

Cependant, certains points d’achoppement subsistent. Les exigences indiennes visant à remplacer les radars d’origine par des systèmes indigènes ont suscité des réserves chez les experts russes, inquiets d’une possible altération de l’intégrité technique du chasseur. La maturité du moteur reste un défi, l’AL-41F1S servant de solution provisoire face au retard de l’Izdeliye 30 (AL-51), problème similaire à celui rencontré durant l’époque du FGFA.

Les sanctions américaines CAATSA compliquent également des rapprochements plus poussés entre Inde et Russie, bien que des dérogations, comme pour le système S-400, aient été accordées. Pour l’Indian Air Force, les essais sont incontournables : les pilotes doivent valider les performances en haute altitude, notamment au-dessus de l’Himalaya, ainsi que l’interopérabilité avec des avions comme le Rafale et le Tejas. Un avis favorable pourrait déboucher sur un accord gouvernement à gouvernement d’ici fin 2025, comblant ainsi le vide générationnel jusqu’à la mise en service de la version Mk1 de l’AMCA en 2032.