Dans les installations de BAE Systems à Warton, dans le Lancashire, des essais virtuels combinant des simulations de l’Eurofighter Typhoon et plusieurs drones – notamment la famille Banshee de QinetiQ et le Malloy T-150 – sont en cours afin d’explorer les concepts avancés d’opérations conjointes entre plateformes habitées et non habitées, selon BAE Systems.
Cette démonstration confirme l’interopérabilité, l’autonomie et les interfaces homme-machine, tout en mettant en scène deux plateformes sans pilote inédites alignées aux côtés d’un Typhoon. L’événement illustre comment les systèmes non habités peuvent accroître la puissance de combat et accomplir des missions à haut risque, un point crucial pour les réflexions futures sur la supériorité aérienne.
BAE Systems et QinetiQ ont utilisé la simulation pour évaluer la coordination du Typhoon avec des drones lors de missions opérationnelles. Les essais ont testé l’intégration des liaisons de données, notamment la simulation du Link 16, l’autonomie assurée par des objectifs prédéfinis, ainsi que la connectivité entre différents systèmes aériens.
Ces travaux s’inscrivent dans le cadre du projet HERA, une collaboration initiée en 2023 entre les deux entreprises visant à accélérer le développement des systèmes mixtes habités/non habités (CUT) et à concevoir des architectures pour de futures plateformes collaboratives autonomes (ACP). L’exercice, auquel ont assisté des représentants du ministère britannique de la Défense, constitue une étape vers des essais réels, après validation des besoins clients.
Les images associées à l’annonce dévoilent deux types de drones distincts positionnés à proximité du Typhoon : le PROVO2, équipé d’un moteur rotatif, et le JAVA 01, propulsé par un réacteur. Ces modèles s’inscrivent dans la gamme Banshee de QinetiQ, laquelle comprend notamment le Whirlwind à propulsion rotative et les Banshee Jet 40+ et Jet 80+ à propulsion réactive. Chaque configuration offre des avantages spécifiques : les systèmes rotatifs assurent endurance et capacité de charge à faible vitesse, tandis que les drones à réaction garantissent rapidité d’intervention, simulation de cibles et capacités d’attaque potentielles.
Le Malloy T-150 complète cet arsenal en apportant des capacités de charge lourde, susceptibles d’être réutilisées pour la logistique, la surveillance ou la livraison de charges utiles cinétiques.
Ce parcours témoigne d’une combinaison historique entre simulation et expérimentation en environnement réel. Des essais antérieurs menés par BAE et ses partenaires incluaient déjà le tir de munitions guidées depuis des plateformes non habitées comme le Malloy T-150. En privilégiant initialement des environnements virtuels, les concepteurs ont pu accélérer l’évolution des tactiques et des interfaces homme-machine, minimisant les coûts et les risques tout en préparant des tests grandeur nature. Cette approche a favorisé la maturation conceptuelle des équipes mixtes habitées/non habitées dans la défense européenne.
Sur le plan opérationnel, la combinaison d’un Typhoon avec des drones tels que PROVO2, JAVA 01 et Malloy T-150 augmente considérablement l’efficacité au combat. Les avions pilotés peuvent rester à distance de sécurité pendant que les systèmes non habités accomplissent des missions périlleuses ou routinières. Cette stratégie accroît la masse de combat à moindre coût et offre aux forces la possibilité d’expérimenter des fonctions modulaires comme la guerre électronique, la retransmission de communications ou la suppression des défenses ennemies.
Comparés aux avancées internationales, ces développements s’inscrivent dans un mouvement commun : les États-Unis ont progressé dans leurs programmes de compagnons d’ailes loyaux, la Chine développe des drones autonomes compagnons pour des opérations à grande échelle, tandis que la Turquie intègre des systèmes non habités dans son écosystème de chasseurs de cinquième génération KAAN. Le modèle britannique privilégie néanmoins l’interopérabilité et la réutilisation de logiciels modulaires et de liaisons de données, offrant un cadre souple et adapté aux opérations en coalition.
Au-delà de l’aspect technique, ces essais soulignent un potentiel de transformation doctrinale majeure. L’intégration des chasseurs pilotés avec des systèmes non habités pourrait permettre à un effectif réduit de pilotes de générer un impact significatif sur le champ de bataille tout en diminuant leur exposition au danger. Sur le plan géopolitique, ce programme renforce la place de l’industrie britannique de défense comme fournisseur de solutions flexibles, adaptées aux pays souhaitant moderniser leurs forces aériennes sans investir immédiatement dans des flottes importantes de chasseurs.
Dans une perspective géostratégique plus large, ces démonstrations illustrent l’importance croissante de la souveraineté numérique, des liaisons de données sécurisées et des doctrines de prise de décision automatisée, des facteurs qui influenceront l’équilibre des forces à l’échelle mondiale au fur et à mesure de l’adoption de modèles variés de collaboration entre avions habités et drones.
Le message principal est clair : le projet HERA prouve que l’intégration des systèmes habités et non habités est passée du stade conceptuel à une validation structurée, avec BAE Systems et QinetiQ en pionniers de cette transition. Le succès reposera désormais non seulement sur les performances des plateformes elles-mêmes, mais aussi sur une gouvernance robuste des données, une cybersécurité résiliente et le développement de doctrines tactiques cohérentes garantissant une utilisation efficace dans des environnements hostiles.
Les nations capable d’aligner maîtrise technique, rigueur opérationnelle et industrie performante, comme le cherche à faire l’industrie britannique avec le leadership de BAE Systems, se positionneront en faveur d’un avantage stratégique durable issu de l’intégration des systèmes habités et non habités.
Teoman S. Nicanci