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Le Gas Turbine Research Establishment (GTRE), un acteur majeur de l’Organisation indienne de recherche et de développement pour la défense (DRDO), a mis en lumière le sous-financement chronique du programme du moteur Kaveri, soulignant comment des ressources financières limitées ont entravé son développement vers un moteur aéronautique de classe mondiale. Lancé en 1983 pour équiper les avions de combat indigènes indiens, le programme Kaveri n’a bénéficié que d’environ 239 millions de dollars sur plus de quarante ans, un montant bien inférieur aux budgets alloués à des projets similaires dans le monde.

Cette révélation illustre les difficultés rencontrées par l’Inde pour atteindre l’autonomie technologique dans des secteurs de défense critiques et relance le débat sur les priorités budgétaires dans le cadre de l’initiative Atmanirbhar Bharat (Inde auto-suffisante).

Le budget modeste du Kaveri face aux références internationales

Selon le GTRE, le programme Kaveri disposait d’un budget initial de 386 crores INR (environ 50 millions de dollars en 1986), s’élevant à un total de 239 millions de dollars en 2025. En comparaison, les programmes mondiaux d’aéro-moteurs ont bénéficié d’investissements nettement supérieurs :

  • Snecma M88 (Dassault Rafale) : Développement et essais initiaux ont coûté environ 1,6 milliard de dollars, permettant de concevoir un moteur délivrant une poussée de 50 à 75 kN pour le chasseur multirôle avancé français.
  • Pratt & Whitney F135 (Lockheed Martin F-35) : Le moteur du F-35 Lightning II a nécessité un investissement colossal de 6,7 milliards de dollars, en raison de la complexité d’un moteur à haute poussée (191 kN avec postcombustion) pour un avion furtif polyvalent.
  • Eurojet EJ200 (Eurofighter Typhoon) : Les coûts de développement, de 1985 à aujourd’hui, s’élèvent à environ 1,6 milliard de dollars, pour un moteur performant délivrant entre 60 et 90 kN.
  • General Electric F404 (divers appareils) : Plus d’un milliard de dollars ont été investis dans les années 1980, positionnant le F404 comme un moteur fiable de 48 à 85 kN utilisé notamment sur le F/A-18 Hornet.

Ces chiffres mettent en lumière un écart important. Alors que les programmes internationaux bénéficiaient de budgets en milliards de dollars, le financement du Kaveri n’a représenté qu’une fraction de ces montants, limitant sa capacité à surmonter les défis techniques et à atteindre la poussée cible de 81 à 90 kN (avec postcombustion) pour équiper le Tejas Light Combat Aircraft (LCA).

Conçu initialement comme un moteur entièrement indigène pour le LCA Tejas, le Kaveri a rencontré d’importantes difficultés, notamment dans le développement des étages compresseurs haute performance, des pales monocrystalines et des systèmes de gestion thermique. Ses détracteurs estiment que le budget initial de 386 crores INR était notoirement insuffisant pour un projet d’une telle complexité, surtout en regard des investissements en milliards de dollars accordés alors à des moteurs comme le F404. Le GTRE soutient qu’avec un financement comparable à celui des programmes internationaux – permettant de porter la poussée à 75 kN en régime sec – le Kaveri aurait pu équiper des avions de chasse modernes comme le Tejas ou le futur Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA).

Le manque de financements a également contraint le GTRE à s’appuyer sur des collaborations étrangères, notamment avec la Snecma française, pour combler certaines lacunes techniques, ce qui a allongé les délais. Malgré ces obstacles, le Kaveri a montré des progrès récents, notamment avec sa variante Kaveri Derivative Engine (KDE). Ce moteur sec (sans postcombustion) développe une poussée de 49 à 52 kN et est destiné au véhicule aérien de combat sans pilote Robotic Stealth Precision Attack (RSPA). Les succès enregistrés lors d’essais au sol, ainsi que les tests en haute altitude prévus en Russie, témoignent d’avancées encourageantes, même si le GTRE insiste sur le fait qu’un financement adéquat aurait permis une progression plus rapide.

Les difficultés budgétaires du Kaveri reflètent un défi plus large au sein du secteur de la R&D défense en Inde : concilier des ambitions élevées avec des ressources limitées. Alors que des programmes comme le M88 (Rafale) ou l’EJ200 (Typhoon) ont bénéficié d’un soutien gouvernemental et industriel régulier, le Kaveri a souffert de priorités changeantes et de contraintes bureaucratiques. Le GTRE estime qu’un investissement entre 1 et 2 milliards de dollars sur la durée du programme – toujours modéré face aux 6,7 milliards du F135 – aurait suffi à faire du Kaveri une alternative crédible aux moteurs importés, réduisant ainsi la dépendance de l’Inde envers des fournisseurs étrangers tels que General Electric ou Rolls-Royce.