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Le récent conflit entre l’Inde et le Pakistan en mai a mis en lumière les capacités militaires indiennes, notamment au travers d’une défense antimissile innovante et d’un usage intensif de drones. New Delhi entend capitaliser sur cette démonstration de force et de technologie pour attirer des acheteurs internationaux d’armements.

Durant les quatre jours d’affrontements, le ciel s’est illuminé au-dessus de la région alors que des missiles interceptaient des drones ennemis. Selon le ministre indien de la Défense, Rajnath Singh, cette opération incarnait « une nouvelle vision de la guerre, une avancée technologique et une autonomie renforcée ».

Longtemps premier importateur mondial d’armes, l’Inde cherche désormais à s’imposer comme un acteur majeur de la production et de l’exportation d’équipements militaires. Les exportations de défense ont atteint un record de 2,8 milliards de dollars pour l’exercice 2024-2025, soit une hausse de 12 % par rapport à l’année précédente et 34 fois plus qu’il y a dix ans. Dans le même temps, la production nationale a presque doublé en cinq ans, culminant à 18 milliards de dollars.

Plus de 100 pays achètent désormais du matériel indien, parmi lesquels figurent les États-Unis, la France et l’Arménie, selon le ministère de la Défense. Les gammes d’exportation couvrent un vaste spectre : missiles, navires, artillerie, radars, lance-roquettes, logiciels et composants électroniques.

Le conflit de mai a été le plus intense entre ces deux puissances nucléaires depuis 1999, avec plus de 70 morts suite aux échanges de missiles, drones et tirs d’artillerie. Chaque camp a revendiqué la destruction d’avions adverses. Un officier supérieur de l’armée indienne a qualifié cette expérience de « précieuse compréhension sur la performance des armes modernes », donnant « des enseignements précieux » aux industriels locaux en pleine expansion.

Parmi les systèmes testés figurait l’Akashteer, plateforme mobile de défense aérienne alimentée par intelligence artificielle capable d’intercepter des missiles et drones armés en salves successives. L’Inde a également tiré plusieurs missiles de croisière BrahMos, développés avec la Russie, sur des bases pakistanaises. Ce missile, déjà exporté aux Philippines, a suscité un intérêt renforcé après le conflit.

Le ministre Rajnath Singh a ainsi indiqué que 14 à 15 pays avaient manifesté leur intérêt pour l’achat des BrahMos. Ashok Malik, expert du cabinet The Asia Group, a souligné que le conflit avait agi « comme une vitrine commerciale », soulignant la valeur ajoutée d’un armement éprouvé en conditions réelles.

Sur le plan budgétaire, l’Inde a vu son budget défense plus que doubler en dix ans, atteignant 78 milliards de dollars. Parallèlement, New Delhi cherche à réduire sa dépendance à l’arsenal russe en multipliant accords d’importation et de production avec les États-Unis, la France ou Israël. Cette stratégie s’inscrit dans un contexte géopolitique complexe où l’Inde doit équilibrer ses relations avec Washington et Moscou tout en contrant l’influence grandissante de la Chine, principal fournisseur d’armes du Pakistan.

Cependant, cette position devient délicate, notamment depuis l’imposition par les États-Unis de droits de douane de 50 % sur plusieurs produits indiens pour sanctionner l’achat de pétrole russe par New Delhi.

Face à ces défis, le gouvernement indien mise sur le programme « Make in India » pour développer ses propres moteurs d’avions de combat ainsi qu’un système de défense antimissile inspiré du système israélien Dôme de Fer, baptisé Sudarshan Chakra en référence au disque tournant de Vishnu dans la mythologie hindoue. Le secteur des drones, en forte croissance, est également mis en avant : il pourrait atteindre une valeur de 11 milliards de dollars d’ici 2030, notamment grâce à des partenariats étroits avec des sociétés israéliennes.

Néanmoins, certaines vulnérabilités persistent. Murlidhar Mohol, ministre délégué à l’aviation civile, a indiqué en avril que 39 % des composants critiques pour petits drones étaient importés de Chine.