Le secrétaire à la Défense indien, Rajesh Kumar Singh, a confirmé la sélection officielle du groupe français Safran pour co-développer avec le Gas Turbine Research Establishment (GTRE) indien un moteur de nouvelle génération d’une poussée de 120 kN destiné au programme du chasseur avancé AMCA (Advanced Medium Combat Aircraft). Ce partenariat, estimé à environ 7 milliards de dollars (61 000 crores), devrait déboucher sur un accord dans les mois à venir, avec une production prévue autour de 2036. Le développement complet du moteur est planifié sur une période ambitieuse de 10 à 12 ans, marquant une étape majeure vers l’indépendance technologique de l’Inde dans le domaine des moteurs aéronautiques de haute performance.
Le programme AMCA, un avion furtif de cinquième génération conçu entièrement en Inde par l’Aeronautical Development Agency (ADA) en collaboration avec Hindustan Aeronautics Limited (HAL), constitue un pilier essentiel de la modernisation de l’Indian Air Force (IAF).
La sélection de Safran s’impose face à des concurrents tels que le britannique Rolls-Royce et l’américain General Electric, notamment grâce à un cycle de développement de 10 ans plus court que les 13 ans proposés par Rolls-Royce. Ce calendrier permet de respecter la feuille de route du AMCA MkII, dont la production est prévue à partir de 2035 et les premières livraisons à partir de 2037. L’offre de Safran mettait également en avant un partage intégral des droits de propriété intellectuelle (IPR) et un transfert de technologie (ToT) complet, en réponse aux exigences indiennes d’autonomie stratégique. Cette collaboration inclut un transfert à 100 % des technologies critiques, telles que les pales de turbine monocristallines, les systèmes avancés de refroidissement et les alliages haute température, permettant au GTRE de diriger la conception et la production en Inde.
Le contrat de 7 milliards de dollars couvre l’ensemble des étapes de conception, prototypage, essais, certification et production. Cinq prototypes devraient voir le jour d’ici 2027, avec un premier vol d’essai en 2028 et une certification opérationnelle prévue pour 2032. Le développement local bénéficiera de l’expertise de Safran notamment pour les composants clés et la partie « hot section » du moteur, ainsi que des fonctionnalités de cycle variable permettant une préparation à la génération 6. La production, quant à elle, se fera intégralement en Inde. La collaboration Safran-GTRE s’appuie sur une expérience antérieure fructueuse, notamment avec le moteur Shakti destiné aux hélicoptères Dhruv de HAL, malgré quelques critiques passées concernant des retards dans le transfert de technologie. Le secrétaire Singh a souligné que ce partenariat contribuera à la création d’un « écosystème aérospatial national robuste », favorisant l’implication du secteur privé et le développement des compétences.
Le calendrier accéléré de 10 à 12 ans, confirmé par Singh, est une réponse pragmatique aux défis rencontrés lors d’efforts antérieurs comme le moteur Kaveri, qui avait reçu un financement limité (2 500 crores) et n’avait atteint qu’une poussée de 49 kN après plusieurs décennies de développement. Par comparaison, la joint-venture Safran-GTRE bénéficiera de fonds importants dédiés aux essais au sol et en vol, avec notamment un banc d’essai sur un Rafale prévu dès 2028. « Il ne s’agit pas seulement d’un moteur, mais de bâtir la souveraineté aérospatiale de l’Inde », a déclaré Singh, mettant en avant que cette coopération pourrait permettre à l’Inde de surpasser des programmes concurrents régionaux tels que le moteur chinois WS-15 en termes de poussée et d’efficacité.
La finalisation du contrat, soumise à l’approbation du Comité de Sécurité du Cabinet (CCS), revitalisera la fabrication de défense en Inde dans le cadre de l’initiative Atmanirbhar Bharat. Avec une propriété intellectuelle entièrement détenue, l’Inde disposera de droits illimités pour modifier, entretenir et exporter le moteur — qui pourrait équiper plus de 1 000 appareils, dont l’AMCA, le chasseur embarqué Twin-Engine Deck-Based Fighter (TEDBF) de la Marine indienne et d’autres plateformes futures. Safran s’engage par ailleurs à ne pas restreindre les exportations, avec un modèle économique fondé sur le partage des revenus par royalties, renforçant ainsi la viabilité commerciale du projet.