Le chasseur-bombardier F-35, bien qu’en service, ne disposera pas avant longtemps de toutes les capacités initialement prévues dans ses spécifications, attendues avec la version dite « Block 4 ». Le développement de cette mise à jour majeure accuse un retard significatif, accompagné de surcoûts importants.
Concrètement, un F-35 modernisé au standard Block 4 intégrera 66 nouvelles fonctionnalités, incluant notamment une amélioration de son système de gestion thermique et énergétique, nommé PTMU (Power and Thermal Management Unit), ainsi que des évolutions de son moteur F135 dans le cadre du programme Engine Core Upgrade (ECU). Ces améliorations visent à augmenter de 50 % la capacité de gestion thermique de l’appareil, offrant en corollaire un gain d’autonomie de 11 % et un accroissement de 10 % de la poussée.
Initialement, le Pentagone prévoyait de finaliser le standard Block 4 dès 2026. Cette échéance dépendait toutefois de l’achèvement d’une mise à jour logicielle cruciale, « Technology Refresh 3 » (TR-3), indispensable pour armer pleinement le F-35 selon ses capacités prévues.
Or, le développement de cette version TR-3 a pris du retard : elle, qui devait être prête en 2023, n’a finalement été finalisée qu’en juin dernier, comme l’a indiqué un communiqué de presse de Lockheed Martin. Ces difficultés ont conduit le Pentagone à suspendre temporairement les livraisons du F-35, au moins tant que cette version ne sera pas stabilisée.
Selon le rapport de la Government Accountability Office (GAO), ces délais résultent de l’instabilité du nouveau logiciel, de problèmes de qualité et de retards dans la livraison de plusieurs équipements clés, notamment le processeur et le système avancé de capteurs Next Generation Distributed Aperture System.
Naturellement, ces inquiétudes autour de TR-3 ont eu un impact direct sur le développement du Block 4, poussant le Pentagone à repousser son achèvement à 2029. Parallèlement, les coûts ont été réévalués à la hausse, passant de 10,6 milliards de dollars à 16,5 milliards selon une estimation datant de 2021. La facture finale pourrait cependant être encore plus lourde, mais la GAO précise qu’il faudra attendre la fin de l’année pour en connaître l’étendue.
Au-delà de ces surcoûts et délais, le Block 4 ne sera pas totalement conforme aux caractéristiques prévues, car les moteurs F135 améliorés ne seront pas produits avant cette échéance, tout comme la mise à jour du PTMU, qui ne devrait commencer qu’en 2033.
Face à ces contraintes, le Pentagone a choisi de prioriser les fonctionnalités du Block 4 ne nécessitant ni puissance moteur supplémentaire ni capacité accrue de refroidissement, afin d’autoriser une première livraison de cette version au plus tôt en 2031.
En résumé, le Block 4 du F-35 « disposera de moins de capacités, subira des retards et engendrera des coûts dont on ne connaît pas encore l’ampleur, en attendant l’évaluation finale du bureau du programme », souligne la GAO dans un rapport publié le 3 septembre.
Selon ce document, les responsables du programme F-35 ont reconnu que le nouveau calendrier ne permet pas de réaliser les objectifs initiaux du Block 4, mais qu’il s’agit d’un plan « réaliste », avec des objectifs ajustés en termes de coûts, de délais et de performances.
Laurent Lagneau