L’Inde a demandé à l’Allemagne d’accélérer les autorisations concernant les équipements de technologie de défense, incluant les pièces détachées et accessoires pour ses pistolets-mitrailleurs MP5. Cet appel s’inscrit dans le cadre de discussions bilatérales à New Delhi, où les deux pays cherchent à approfondir leur coopération dans le domaine de la sécurité.
Lors des entretiens entre le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, et le ministre indien des Affaires étrangères, S. Jaishankar, les échanges ont porté sur l’expansion des liens en matière de défense, le commerce et les partenariats stratégiques.
Ce problème découle des restrictions imposées de longue date par le gouvernement allemand précédent, dirigé par l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et l’ancienne chancelière Angela Merkel entre 2005 et 2021. Sous cette administration, la vente d’armes légères, notamment les célèbres pistolets-mitrailleurs MP5 de Heckler & Koch, était interdite aux forces de police étatiques dans certaines régions accusées d’avoir un « mauvais bilan en matière de droits humains ». Cette politique a particulièrement impacté les unités policières engagées dans la lutte contre la militance armée, les insurrections et l’extrémisme de gauche dans des États comme Jammu-et-Cachemire, le Nord-Est, Andhra Pradesh et d’autres zones sensibles. En conséquence, ces forces ont rencontré d’importantes difficultés pour se procurer les pièces de rechange et accessoires indispensables à leurs stocks de MP5, ce qui a nui à leur préparation opérationnelle.
Le MP5, fabriqué par la société allemande Heckler & Koch, est l’arme de prédilection des unités d’élite indiennes telles que la Garde nationale de sécurité (NSG) et les Commandos Marines de la Marine indienne (MARCOS). Cependant, des sources indiquent que Heckler & Koch reste prudente quant à son engagement sur le marché indien élargi, craignant que les fusils fournis à l’armée indienne ou aux forces armées centrales ne soient utilisés dans des régions sensibles comme Jammu-et-Cachemire, ce qui attirerait l’attention des autorités allemandes de contrôle des exportations. Si l’armée indienne fait face à moins de restrictions pour l’achat de pièces détachées, les forces de police étatiques et paramilitaires opérant dans les zones insurgées rencontrent encore des obstacles importants, creusant ainsi une lacune critique dans leurs capacités de lutte contre le terrorisme et pour la sécurité intérieure.
Lors de la conférence de presse conjointe suivant les discussions, S. Jaishankar a souligné la nécessité d’un accès simplifié aux équipements de défense : « L’Inde apprécie l’expertise technologique allemande et recherche un cadre plus prévisible pour la coopération en matière de défense, incluant des autorisations rapides pour les pièces et systèmes critiques. » Il a mis en avant l’importance d’équiper les forces de police étatiques et paramilitaires pour répondre aux défis sécuritaires évolutifs, en particulier dans les régions affectées par l’insurrection et le terrorisme. Le ministre a également rappelé le contexte plus large des relations indo-allemandes, marquées par le 25e anniversaire du Partenariat stratégique et le soutien de l’Allemagne aux efforts indiens de lutte contre le terrorisme, notamment après l’Opération Sindoor.
Johann Wadephul a reconnu les préoccupations indiennes et exprimé la volonté de revoir les restrictions à l’exportation sous la nouvelle administration allemande conduite par le chancelier Friedrich Merz depuis mai 2025. « L’Allemagne s’engage à être un partenaire fiable de l’Inde dans les domaines de la défense et de la sécurité. Nous réexaminons nos procédures pour garantir que notre coopération corresponde aux objectifs stratégiques communs tout en respectant les normes internationales. » Le ministre allemand a également mis en avant l’avion Airbus A400M Atlas dans le cadre du programme indien de transport moyen (MTA), soulignant l’intention de Berlin d’élargir ses liens industriels de défense, y compris via la fabrication locale sous l’initiative « Make in India ».
La question des MP5 illustre les difficultés plus larges rencontrées par l’Inde dans ses achats de défense auprès de l’Allemagne, où des contrôles à l’exportation stricts, supervisés par le Bureau fédéral des affaires économiques et du contrôle des exportations (BAFA), intègrent des considérations liées aux droits humains. Ces règles ont longtemps limité l’accès de l’Inde aux armes légères et composants associés, alors même que l’Allemagne demeure un fournisseur essentiel de systèmes avancés, comme les sous-marins fournis par ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS). Par exemple, TKMS a récemment signé un protocole d’accord avec la société indienne VEM Technologies pour les armes sous-marines et envisage de participer au programme de sous-marins P75(I), soulignant une dynamique positive dans les relations de défense bilatérales.
Cette demande d’assouplissement intervient alors que les forces de sécurité indiennes font face à des menaces multiples, du terrorisme transfrontalier au Jammu-et-Cachemire aux insurrections maoïstes dans le centre du pays. Le MP5, réputé pour sa fiabilité et sa polyvalence en combat rapproché, est un équipement clé pour les unités spécialisées évoluant dans ces environnements. L’impossibilité d’acquérir des pièces détachées a conduit certaines forces de police à s’appuyer sur des armes obsolètes ou alternatives, compromettant leur efficacité opérationnelle.