Le président américain Donald Trump n’envisage plus de se rendre en Inde cette année pour le sommet des pays du Quad, rapporte The New York Times, soulignant la dégradation progressive de ses relations avec le Premier ministre indien Narendra Modi au cours des derniers mois. Selon le journal, qui cite des sources proches de l’agenda de Trump, « après avoir annoncé à M. Modi qu’il se rendrait en Inde cet automne pour le sommet du Quad, M. Trump n’a plus de projet de visite ».
Aucune déclaration officielle n’a été émise ni par les États-Unis ni par l’Inde concernant cette information.
Le sommet du Quad, groupant les États-Unis, le Japon, l’Inde et l’Australie, est prévu en Inde plus tard cette année.
En début d’année, l’administration Trump avait accueilli la réunion des ministres des Affaires étrangères du Quad, quelques jours après la prestation de serment de Trump pour son second mandat. Dans un contexte tendu entre Washington et New Delhi, l’article détaille la rupture progressive des relations entre Trump et Modi, en particulier après les affirmations répétées du président américain prétendant avoir résolu le récent conflit de quatre jours entre l’Inde et le Pakistan en mai, ce que New Delhi a formellement démenti.
« Les affirmations répétées du président Trump sur sa prétendue résolution du conflit Inde-Pakistan ont profondément irrité le Premier ministre Narendra Modi. Et ce n’était que le début », écrit le quotidien, ajoutant que Modi commençait à « perdre patience » avec Trump.
Le 17 juin, Trump et Modi ont eu un échange téléphonique de 35 minutes, alors que Trump rentrait à Washington après le sommet du G7 au Canada, où Modi était également présent.
Les deux dirigeants devaient initialement se rencontrer en marge de ce sommet à Kananaskis, mais Trump a écourté son séjour. Avant de quitter le Canada, Modi a finalement eu un entretien téléphonique avec Trump à Washington.
Le secrétaire aux Affaires étrangères indien, Vikram Misri, avait précisé lors d’un message vidéo depuis Kananaskis que Modi avait clairement indiqué à Trump qu’aucune discussion formelle n’avait eu lieu, à aucun niveau, sur un accord commercial indo-américain ni sur une quelconque médiation américaine après l’opération militaire Sindoor.
Le cessez-le-feu entre les deux pays avait été conclu directement par les canaux de communication militaires existants, à la demande du Pakistan. Modi a fermement réaffirmé que l’Inde ne saurait en aucun cas accepter une médiation étrangère.
L’article du New York Times précise que lors de leur conversation téléphonique, Trump a de nouveau exprimé sa fierté d’avoir mis fin à l’escalade militaire et a évoqué la possibilité d’une nomination au prix Nobel de la paix proposée par le Pakistan. Ce prix, déjà décerné à l’ancien président Barack Obama, fait l’objet d’une campagne ouverte de la part de Trump lui-même.
« L’implication pas si subtile, selon des personnes proches de l’appel, était que M. Modi devrait faire de même », en nommant Trump pour ce prix, indique le journal.
Modi s’est montré offensé et lui a répondu que l’implication des États-Unis dans le récent cessez-le-feu était nulle, cette décision ayant été prise uniquement entre l’Inde et le Pakistan, rapporte le New York Times.
Trump a globalement ignoré les remarques du Premier ministre indien, mais ce désaccord – ainsi que le refus de Modi d’entrer dans le jeu de la nomination au Nobel – a contribué à fragiliser la relation jusqu’alors étroite entre les deux hommes, dont la collaboration remontait au premier mandat de Trump.
Le journal note par ailleurs que la Maison-Blanche n’a pas confirmé cet échange téléphonique du 17 juin et que Trump n’en a pas fait mention sur ses réseaux sociaux. Depuis le 10 mai, date du début du conflit indo-pakistanais, le président américain a revendiqué à plusieurs reprises (plus de 40 fois) son rôle supposé dans la résolution du conflit.
« C’est aussi l’histoire d’un président américain, en quête du prix Nobel, se heurtant à un obstacle majeur de la politique indienne : le conflit avec le Pakistan », conclut le New York Times.
Le rapport évoque en outre la décision de Trump d’imposer des droits de douane supplémentaires de 25 % à l’Inde, ciblant notamment ses importations de pétrole russe. Ces mesures punitives semblent davantage répondre au refus de l’Inde de se conformer aux attentes américaines qu’à une véritable volonté de réduire le déficit commercial ou d’entraver le financement de la guerre menée par Vladimir Poutine.
Richard Rossow, spécialiste de l’Inde au Centre for Strategic and International Studies, est cité en ces termes : « Si la politique avait pour but réel de mettre la pression sur la Russie, Trump aurait soutenu une législation imposant des sanctions secondaires aux pays achetant des hydrocarbures russes. Le fait que l’Inde soit visée de manière si particulière montre qu’il s’agit de bien plus que la Russie ».
Enfin, l’article précise que Trump, « frustré par les négociations commerciales », a tenté à plusieurs reprises de joindre Modi, sans obtenir de réponse de la part du Premier ministre indien.