New Delhi. Alors que le monde observe une « politique dramatique » se déroulant aux États-Unis sous la seconde administration Trump, une universitaire américaine espère qu’il s’agira d’« une aberration » comprise par les alliés de l’Amérique. Elle met en garde contre les « risques, opaques et directs », liés à la Route de la Soie numérique chinoise.
La Dr April A. Herlevi, du Center for Naval Analyses (CNA), a rencontré plusieurs institutions lors de sa visite en Inde pour sensibiliser au thème de la « sécurité au niveau sous-marin ». Elle anticipe des changements majeurs dans la sécurité nationale américaine ainsi que dans les politiques étrangère et intérieure, destinés à faire face à l’intérêt commercial croissant suscité par l’exploitation des ressources du plancher océanique.
Dans une interview, elle a souligné que « plusieurs politiques croisées signifient que le fond des océans pourrait devenir plus encombré », mettant à l’épreuve le droit international et les efforts visant à gérer le plancher sous-marin au « bénéfice de l’humanité ».
Elle insiste sur le fait que cette évolution reconfigure l’infrastructure numérique mondiale, allant des câbles sous-marins et réseaux de données aux systèmes d’intelligence artificielle, cloud et télécommunications. Les nouvelles politiques américaines s’inscrivent dans une dynamique de compétition avec les ambitions chinoises dans les domaines maritime, numérique et sous-marin. L’ordre exécutif du président Donald Trump du 9 avril, intitulé Restaurer la domination maritime américaine, affirme que « la politique des États-Unis est de revitaliser et reconstruire les industries maritimes nationales ». La réindustrialisation maritime bénéficie d’un soutien bipartisan, tout comme la construction navale.
Experte reconnue de l’économie politique de la République populaire de Chine (RPC), de son art économique et du rôle mondial de ses acteurs économiques et militaires, la Dr Herlevi a déclaré que l’essor de l’exploitation minière en eaux profondes pourrait contrarier certains alliés américains ayant appelé à une « pause de précaution » voire à un moratoire, mais a estimé que, sur le long terme, ces alliés comprendront et apprécieront l’objectif stratégique poursuivi.
Elle a souligné la nécessité d’une analyse rigoureuse et indépendante des dimensions géopolitiques et géoéconomiques de la stratégie chinoise d’acquisition technologique, en mettant en lumière les outils juridiques, politiques et institutionnels mobilisés pour renforcer la capacité d’innovation.
La Dr Herlevi a insisté sur l’urgence de mettre en place des cadres solides de protection technologique et sur l’importance d’un engagement international collectif afin de relever ces défis émergents dans un environnement maritime et technologique toujours plus contesté.
Ses travaux portent notamment sur les initiatives chinoises de la Route maritime de la Soie et de la Route numérique de la Soie, les perspectives de la RPC concernant l’Océanie et les îles du Pacifique, les stratégies américaines d’engagement en Micronésie et Mélanésie, ainsi que la compétition technologique entre les États-Unis et la Chine.
Un thème central de son analyse reste la nécessité impérieuse d’instaurer des protections technologiques robustes et de renforcer la coopération internationale face à ces défis stratégiques majeurs dans la compétition globale pour le contrôle maritime et numérique.