Le Premier ministre indien Narendra Modi s’est rendu en Chine pour la première fois en sept ans, rencontrant le président Xi Jinping lors d’un sommet régional à Tianjin. Cette rencontre intervient dans un contexte de tensions commerciales accrues avec les États-Unis, qui ont récemment imposé des droits de douane sévères à l’Inde.
Les deux dirigeants des deux pays les plus peuplés du monde se sont réunis le 31 août au Pavillon des invités de Tianjin. Cette réunion intervient alors que les relations entre Pékin et New Delhi sont en voie de réchauffement, notamment sous la pression des frictions partagées avec Washington. Modi et Xi ont échangé une poignée de main et posé pour les photographes avant de débuter leurs entretiens, marquant ainsi une étape clé dans leurs relations bilatérales depuis le conflit frontalier meurtrier de 2020.
Le Premier ministre indien a remercié Xi pour son invitation et a annoncé qu’un « accord a été conclu » entre les représentants spéciaux des deux pays concernant la gestion des frontières, sujet sensible en raison des tensions persistantes le long de leur frontière himalayenne disputée. Modi a souligné que « nous nous engageons à faire progresser nos relations sur la base de la confiance et du respect mutuel ».
Un climat de « paix et de stabilité » sur la frontière himalayenne
Lors de cette importante réunion, Modi a confirmé l’engagement de New Delhi à améliorer ses relations avec Pékin. « Nous sommes déterminés à faire avancer nos relations en respectant nos sensibilités réciproques », a déclaré Modi lors de son entretien avec Xi, selon un extrait vidéo diffusé sur le compte officiel du Premier ministre indien.
Cette rencontre intervient cinq jours seulement après que Washington a imposé des droits de douane punitifs de 50 % sur certains produits indiens, en réaction aux achats importants de pétrole russe par l’Inde. Modi a indiqué qu’un climat de « paix et de stabilité » avait été instauré à la frontière himalayenne, apaisant ainsi un point de tension majeur déclenché par des affrontements meurtriers en 2020. Un accord a également été conclu sur la gestion de cette frontière, sans en révéler les détails.
Les relations entre Pékin et New Delhi ont connu un premier dégel l’année dernière, avec un accord sur la surveillance frontalière signé lors d’une rencontre en Russie entre les dirigeants Xi et Modi. Depuis, les efforts pour désamorcer les tensions ont pris de l’ampleur, notamment avec la reprise prochaine des vols directs suspendus depuis la pandémie de Covid-19 et la réouverture, après cinq ans, de deux sites de pèlerinage tibétains aux visiteurs indiens.
Le rôle stratégique de l’Inde au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS)
Modi participe actuellement au sommet de l’OCS, une organisation régionale soutenue par Pékin et Moscou, qui cherche à asseoir une influence alternative face à l’ordre mondial dominé par les États-Unis. La participation du Premier ministre indien marque une étape importante alors que les tensions entre l’Inde et les États-Unis se sont récemment accentuées.
Ce sommet donnera également l’occasion à Modi de rencontrer Vladimir Poutine pour des pourparlers bilatéraux, au moment où les pressions s’intensifient sur l’Inde concernant ses achats d’hydrocarbures russes, qui ont déclenché des sanctions américaines sévères. Les États-Unis reprochent à New Delhi de financer indirectement le conflit en Ukraine en poursuivant ces importations.
Modi a souligné qu’il ne prenait pas parti dans la guerre en Ukraine, mentionnant un échange récent avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky « sur le conflit en cours ».
Depuis son adhésion à l’OCS en 2017, l’Inde occupe une position délicate dans cette alliance comprenant des pays aux régimes autoritaires, reflétant la volonté de Pékin et Moscou de construire un contrepoids au leadership américain, une orientation parfois en décalage avec la politique étrangère non-alignée de New Delhi. L’OCS réunit des membres tels que la Chine, la Russie, l’Inde, mais aussi le Pakistan, principal rival traditionnel de l’Inde, que Modi retrouvera à Tianjin pour la première fois depuis un conflit sanglant entre les deux pays au début de 2025.
Un contexte militaire toujours tendu
Malgré le rapprochement diplomatique, une forte présence militaire chinoise et indienne persiste le long de leur frontière de fait, la « Ligne de contrôle réel » (LAC), longue de 3 379 kilomètres. Cette frontière reste non délimitée officiellement, prolongement des griefs depuis la guerre sino-indienne de 1962.
Les déclarations de Modi et Xi suscitent un espoir prudent quant à la désescalade des tensions, notamment par le retour à des échanges réguliers dans les secteurs civils et culturels. Récemment, les deux pays ont également annoncé un « accord en dix points » destiné à réduire davantage les risques d’incidents frontaliers.
Cette visite officielle de Modi en Chine se déroule dans un contexte géopolitique complexe : la montée des rivalités entre grandes puissances, la guerre en Ukraine, et la recomposition des alliances en Asie centrale et en Asie du Sud. Le dialogue entre Beijing et New Delhi, deux acteurs stratégiques majeurs, sera essentiel pour la stabilité régionale et mondiale dans les années à venir.