En mars 2025, une lettre secrète du président chinois Xi Jinping adressée à l’Inde a marqué un tournant majeur dans les relations indo-chinoises, à un moment de tensions commerciales intenses entre les États-Unis et la Chine. Cette démarche confidentielle, envoyée initialement à la présidente indienne Droupadi Murmu puis transmise au Premier ministre Narendra Modi, a enclenché une réorientation stratégique surprenante sur la scène internationale, bouleversant notamment les calculs de Washington.
La lettre a ouvert la voie à un réajustement des relations entre Delhi et Pékin, entraînant une nouvelle phase de discussions diplomatiques qui a gagné en intensité dès juin 2025. Cette évolution intervient alors que les pourparlers commerciaux entre l’Inde et les États-Unis se détérioraient, suite aux affirmations controversées du président américain Donald Trump, prétendant avoir négocié un cessez-le-feu entre le Pakistan et l’Inde, et surtout après sa décision inédite d’imposer un droit de douane punitif de 50 % sur les exportations indiennes, en représailles aux importations indiennes de pétrole russe à prix réduit.
Contexte et objectifs de la lettre
À l’époque, Donald Trump avait instauré des tarifs douaniers sévères, montant jusqu’à 145 % sur les produits chinois et 50 % sur ceux indiens. Redoutant une alliance entre l’Inde et les États-Unis qui isolerait davantage la Chine, Xi Jinping s’est explicitement inquiété que tout accord commercial entre Delhi et Washington ne porte préjudice aux intérêts chinois. Il a désigné un responsable provincial comme nouvel interlocuteur diplomatique dédié à l’Inde, signe d’une volonté claire de rapprochement.
Dans sa lettre confidentielle, Xi exprimait clairement sa crainte que les accords commerciaux ou stratégiques entre Washington et Delhi n’affaiblissent la position économique et géopolitique de la Chine.
Les principales préoccupations évoquées par Xi Jinping
- Les accords commerciaux américano-indiens pourraient pousser l’Inde à soutenir les tarifs douaniers sévères visant à isoler les produits et technologies chinois, aggravant ainsi les difficultés économiques de la Chine.
- Xi redoutait que l’Inde, via des investissements américains ou des coentreprises, ne participe à des chaînes d’approvisionnement contournant les entreprises et les industries chinoises.
- Une coopération stratégique, en particulier dans les domaines militaire ou technologique, pourrait modifier l’équilibre régional au détriment de la Chine, notamment dans les secteurs de la défense, du cyberespace et des infrastructures critiques.
- Enfin, Xi mettait en garde contre un alignement indien sur les positions américaines concernant les différends frontaliers, la sécurité indo-pacifique ou d’éventuelles sanctions économiques, craignant que cela ne renforce des coalitions anti-chinoises et ne compromette « l’autonomie stratégique » que la Chine souhaite pour son voisin.
La réponse de l’Inde et la réinitialisation diplomatique
Dans un premier temps prudente, l’Inde est devenue plus réceptive aux propositions chinoises à mesure que les tarifs américains perturbaient ses secteurs d’exportation clés et que les déclarations de Trump sur la médiation dans les conflits régionaux alimentaient les tensions.
Dès juin, Delhi s’est engagée dans un échange plus constructif avec Pékin, en ouvrant des pistes de négociations et en prenant des mesures de confiance. Pékin a rouvert la route de pèlerinage du mont Kailash, facilité les visas et rétabli les vols directs, tandis que l’Inde a levé les restrictions sur les visas touristiques chinois et accepté l’appui de la Chine contre ce qu’elle qualifiait de tarifs « injustes et contre-productifs » imposés par les États-Unis.
Depuis mi-2023, des négociations discrètes mais continues ont permis de réduire les tensions militaires le long de la Ligne de Contrôle Réelle, offrant un climat propice à un dialogue fructueux.
Les décideurs indiens soutiennent aujourd’hui qu’une coopération économique accrue avec la Chine pourrait stabiliser l’économie du pays dans un contexte mondial instable. De son côté, la Chine a renforcé cet élan positif par des déclarations publiques valorisant le partenariat bilatéral, geste rare déclenché par la lettre secrète de Xi.
Pour les analystes, cette détente naissante remet en cause des décennies d’engagements soigneusement calibrés des États-Unis envers l’Inde, avec un risque de recentrage stratégique de Delhi hors de la sphère américaine.
Pour l’Inde, il s’agit désormais d’équilibrer la sécurité économique, la diplomatie avec les grandes puissances et la préparation militaire, alors que les sollicitations chinoises convergent avec la pression américaine, redéfinissant le paysage stratégique asiatique à un moment clé.
Perspectives stratégiques avant le Sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS)
À l’approche du Sommet de l’OCS, tenu le 31 août à Tianjin, Pékin et Delhi ont relancé leurs efforts pour résoudre les différends frontaliers persistants, notamment le sensible tracé de la Ligne de Contrôle Réelle, et convenu de créer de nouveaux mécanismes de gestion de la frontière.
Ils ont également progressé dans le partage de données hydrologiques, la facilitation commerciale et le commerce frontalier sur des points de passage clés, ce qui marque un dégel notable depuis les affrontements meurtriers de la vallée de Galwan en 2020.
Enjeux des dynamiques de puissance mondiale
Ce geste secret de Xi Jinping est perçu comme une manœuvre stratégique visant à contrer la formation d’un bloc indo-pacifique sous leadership américain, en proposant à l’Inde des opportunités économiques cruciales alors que les tarifs américains menaçaient ses capacités manufacturières et ses exportations.
En acceptant cette main tendue, Narendra Modi a adressé un message clair à Washington sur la volonté de l’Inde de conserver sa souveraineté stratégique et sa faculté à s’orienter vers l’Est si la pression devient excessive. Cette détente préparait également le terrain pour les rencontres directes de Modi avec Xi Jinping, Vladimir Poutine et le président iranien lors du sommet, annonçant une recomposition de l’équilibre asiatique.
Initiatives diplomatiques postérieures à la lettre
Parmi les suites importantes, on compte des échanges de haut niveau entre le conseiller à la sécurité nationale indien Ajit Doval et des responsables chinois, plusieurs déplacements du ministre indien des Affaires étrangères Jaishankar à Pékin, la reprise des pèlerinages indiens ainsi que la relance des échanges commerciaux.
Cette série de gestes de confiance illustre l’engagement des deux parties à dépasser les hostilités passées par une approche pragmatique dictée par des pressions externes, notamment la guerre commerciale menée par Trump.
Ainsi, l’échange entre Xi et Murmu constitue un moment clé de la diplomatie asiatique, transformant profondément les relations entre l’Inde et la Chine et modifiant l’équation tripartite entre Washington, Pékin et Delhi, à la veille des discussions cruciales à Tianjin.