Ziya Öztürkler, le président de l’Assemblée de la République turque de Chypre du Nord (RTCN), a exprimé son inquiétude face aux rapports faisant état d’une coopération militaire accrue entre l’Inde et la République de Chypre. Il a accusé l’Inde et Israël de déstabiliser la région de la Méditerranée orientale en renforçant leurs liens de défense avec Chypre, qu’il qualifie de menace directe pour la RTCN, un État de facto reconnu uniquement par la Turquie.
Dans une déclaration ferme prononcée lors d’une rencontre avec des représentants de l’Oktan Turkish Organization Association, Öztürkler a dénoncé les partenariats militaires noués entre Chypre, l’Inde et Israël comme étant provocateurs. Il a notamment réagi aux informations selon lesquelles l’Inde aurait proposé à Chypre le système de missile de croisière supersonique BrahMos, une initiative perçue comme une tentative de contrer l’influence navale turque dans la région.
Il a également qualifié la coopération militaire israélo-chypriote grecque, incluant la récente livraison du système de défense aérienne Iron Dome à la partie sud de Chypre, de « menace ouverte » pour Chypre du Nord. Pour Öztürkler, ces alliances aggravent l’instabilité régionale au lieu de promouvoir la paix.
« Des pays comme l’Inde et Israël, qui pratiquent discrimination, violences et massacres envers les musulmans, ne peuvent pas revendiquer le droit d’établir des partenariats stratégiques dans d’autres régions », a-t-il déclaré, renforçant son propos en qualifiant ces actions, commises par des nations sans lien direct avec la région, d’inacceptables et provocatrices.
Ces déclarations reflètent la montée des tensions au sein de la RTCN face au renforcement des relations entre l’Inde et Chypre, particulièrement après la visite du Premier ministre indien Narendra Modi à Nicosie le 16 juin 2025. Lors de cette visite, les deux pays ont annoncé une coopération renforcée en matière de défense et de sécurité maritime, comprenant des opérations navales conjointes ainsi qu’un mécanisme de partage d’informations sur la lutte antiterroriste.
Le projet d’offre du missile BrahMos, souligné par le journaliste turc Ardan Zentürk, s’inscrit dans la stratégie plus large de l’Inde visant à contrer les ambitions régionales de la Turquie, notamment sa doctrine dite « Patria Bleue », qui cherche à étendre l’influence turque en mer Égée, en mer Noire et en Méditerranée orientale. Ce missile, capable de neutraliser des menaces navales grâce à sa vitesse et sa précision, pourrait modifier significativement l’équilibre des forces dans la région, ciblant potentiellement des navires militaires turcs et défiant les revendications maritimes d’Ankara en zone économique exclusive (ZEE) chypriote.
Les critiques d’Öztürkler visent également les liens militaires croissants entre Israël et Chypre, notamment les exercices aériens et navals conjoints ainsi que le déploiement de systèmes de défense avancés. Il estime que ces coopérations, combinées à l’implication indienne, exacerbent les tensions dans une Méditerranée orientale déjà marquée par des conflits autour des ressources énergétiques et des délimitations maritimes.
La RTCN, qui contrôle environ 37 % du territoire nord de Chypre depuis l’intervention turque de 1974, considère ces développements comme un défi direct à sa souveraineté et à l’influence régionale turque.
L’engagement de l’Inde auprès de Chypre s’inscrit dans une stratégie méditerranéenne plus large visant à renforcer ses liens avec des pays comme la Grèce, Chypre et l’Arménie, tous préoccupés par les politiques assertives de la Turquie. Cette dernière soutient notamment le Pakistan et s’inscrit au sein d’un axe Turquie-Pakistan-Azerbaïdjan. Chypre a régulièrement apporté son soutien à l’Inde sur la scène internationale, condamnant le terrorisme soutenu par le Pakistan et appuyant la candidature de l’Inde pour un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Le déploiement potentiel du BrahMos, associé à l’intérêt indien pour fournir des systèmes similaires à la Grèce, alimente les craintes turques concernant la formation d’une alliance anti-Ankara dans la région.
Membre de l’OTAN, la Turquie a également dénoncé les récents accords de défense entre les États-Unis et Chypre ainsi que la levée de l’embargo américain sur les armes à destination de Chypre, ce qui complexifie davantage le paysage géopolitique régional. Les propos d’Öztürkler reflètent l’alignement de la RTCN sur la position turque, qui perçoit toute coopération militaire étrangère avec Chypre comme une menace pesant sur la stabilité régionale et les intérêts chypriotes turcs.