Alliances sous tension face aux défis géopolitiques et aux rivalités mondiales
Les récentes évolutions géopolitiques mettent à rude épreuve les alliances traditionnelles, confrontées à une série de défis complexes, notamment l’intensification des rivalités mondiales. Les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Iran, la Corée du Nord ainsi que les groupes jihadistes agissent sur plusieurs fronts, façonnant un paysage stratégique instable.
Iran
Il y a quelques jours seulement, les États-Unis semblaient prêts à concrétiser la menace du président Donald Trump d’intervenir si le régime iranien réprimait violemment les manifestations populaires. Toutefois, malgré un renforcement de la pression économique à travers des droits de douane et des sanctions supplémentaires, Washington a évité toute action militaire directe, alors que Téhéran réprimait durement les protestations.
Le bilan exact des victimes est difficile à établir en raison du blackout d’Internet imposé en Iran, mais plusieurs sources estiment que le nombre de morts se compte en milliers. Le refus américain d’intervenir militairement s’explique par plusieurs facteurs : la crainte de représailles iraniennes sur les bases américaines dans la région, l’incertitude sur l’impact des frappes tant sur les manifestants que sur le régime, et la pression exercée par des alliés régionaux pour freiner toute escalade.
Le gouvernement iranien aurait également assuré à la Maison-Blanche qu’il suspendrait les exécutions des manifestants incarcérés. Si les manifestations semblent pour l’heure calmées, les États-Unis renforcent pourtant leur présence militaire au Moyen-Orient en déployant un porte-avions et son groupe aérien, ainsi que des avions de chasse et des systèmes de défense aérienne supplémentaires. Ces moyens militaires pourraient servir de levier pour pousser Téhéran à négocier un accord diplomatique, notamment sur le nucléaire, les missiles et les groupes alliés dans la région, comme l’a indiqué l’envoyé spécial américain Steve Witkoff.
Ce repositionnement militaire accroît également la capacité américaine à frapper en cas de nouvelle décision politique liée à l’Iran. Dans ce scénario, Téhéran avertit qu’il ripostera « avec tout ce que nous avons ».

Le USS Abraham Lincoln, en route vers le Moyen-Orient, effectue un ravitaillement en mer en 2025.
Russie
Les tensions croissantes entre les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN, attisées notamment par les exigences de Donald Trump sur le Groenland, ont servi les intérêts du Kremlin cherchant à déstabiliser l’ordre international libéral depuis le retour de Vladimir Poutine au pouvoir en 2012. Néanmoins, le 21 janvier, Trump semblait reculer sur sa menace liée au Groenland, assurant momentanément la cohésion de l’alliance atlantique.
Dans le même temps, les négociations en cours entre l’Ukraine, les États européens et les États-Unis restent actives. Un compromis pourrait prochainement émerger et être présenté à Poutine lors d’une brève rencontre à Moscou le 22 janvier. Toutefois, la plupart des analystes anticipent un rejet courtois de la proposition russe, accompagné d’amendements rédhibitoires qui prolongeraient les discussions entre Kiev et ses alliés occidentaux.
La guerre en Ukraine se poursuit. Après plus de trois années de conflit intense, l’industrie russe stagne et le secteur civil ralentit. L’économie se fragilise, la croissance est nulle, et le gouvernement russe connaît désormais des déficits budgétaires pour soutenir l’effort de guerre. Pour combler ce déficit, Moscou augmente les impôts et la dette intérieure. Malgré ces difficultés, la Russie n’est pas en récession et conserve la capacité d’emprunter à moyen terme pour financer son armée. À moins d’un choc majeur, Poutine pourra ainsi poursuivre le conflit encore un certain temps.

Le président russe Vladimir Poutine en janvier 2026.
Chine
Le Comité permanent du Politburo du Parti communiste chinois s’est réuni le 8 janvier pour faire le bilan des réalisations de 2025 et définir les priorités pour 2026, notamment la mise en œuvre des décisions du Quatrième Plénum et les missions stratégiques inscrites dans le 15e Plan quinquennal.
La Chine a accueilli la première visite officielle du Premier ministre canadien Mark Carney du 14 au 17 janvier, perçue comme une tentative de rééquilibrage des relations entre Pékin et Washington, dans un contexte marqué par l’incertitude due à l’administration Trump. Les deux parties ont exprimé la volonté de renforcer la coopération, tant économique que sur le plan de la sécurité.
En Amérique latine, l’ambassadeur chinois s’est entretenu avec la présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, le 9 janvier, dénonçant l’opération américaine et confirmant le soutien de Pékin à Caracas, tout en réaffirmant son souhait de renforcer les liens.
Concernant la proposition américaine d’acquisition du Groenland, la Chine reste silencieuse, n’ayant pas communiqué sur le sujet.

Le Premier ministre canadien Mark Carney en 2025.
Corée du Nord
Le 21 janvier, le président sud-coréen Lee Jae Myung a estimé que la Corée du Nord pourrait produire entre 10 et 20 nouvelles ogives nucléaires par an. L’Institut d’analyse de la défense de la Corée du Sud évalue à environ 150 le nombre total d’ogives nord-coréennes, majoritairement alimentées à l’uranium, avec une part moindre au plutonium.
Par ailleurs, des rapports, renforcés par une enquête espagnole, laissent entendre que le navire-cargo russe Ursa Major, coulé en Méditerranée près des côtes espagnoles l’an dernier, transportait secrètement des composants de deux réacteurs nucléaires de sous-marins, dont la destination pourrait avoir été la Corée du Nord.
Les relations intercoréennes se sont envenimées après que Pyongyang a accusé Séoul, en septembre et janvier, d’avoir envoyé des drones de surveillance sur son territoire, exigeant des excuses et des explications. L’armée sud-coréenne a nié ces accusations, soulignant que la Corée du Nord a elle-même effectué des incursions de drones récemment. Kim Yo Jong, sœur du dirigeant Kim Jong Un, a averti que la Corée du Sud paierait un « prix insupportable » si les vols de drones ne cessaient pas.
Un civil sud-coréen a ensuite affirmé être l’auteur des envois, déclarant que les drones visaient à « mesurer les radiations d’une installation à uranium ». L’affaire fait l’objet d’une enquête des autorités sud-coréennes.

Le dirigeant suprême nord-coréen Kim Jong Un lors d’un discours.
Jihadistes
La Province du Khorasan de l’État islamique (ISKP), basée en Afghanistan, a mené une attaque significative cette semaine. Le 19 janvier, un kamikaze a perpétré un attentat-suicide au restaurant chinois Noodle dans le quartier Shahr-e-Naw de Kaboul, causant la mort d’au moins sept personnes et blessant une douzaine d’autres. L’ISKP a revendiqué l’attaque le lendemain.
Il s’agit du troisième attentat du groupe visant des citoyens chinois en Afghanistan depuis le retour au pouvoir des talibans suite au retrait américain en 2021. En novembre 2022, l’ISKP avait revendiqué une attaque contre un hôtel dans le même quartier, et en janvier 2025, la mort ciblée d’un citoyen chinois dans la province de Takhar. Ces attaques montrent que les ressortissants chinois sont désormais la cible étrangère prioritaire de l’ISKP dans le pays, reflet des intérêts économiques croissants de la Chine en Afghanistan et de son rôle stratégique auprès des talibans. L’ISKP lie ces actions à la répression chinoise de la minorité musulmane Ouïghoure.
Bien que ces attaques restent rares, elles constituent un moyen pour l’ISKP de contrecarrer le développement des relations entre Kaboul et Pékin.

Kaboul, Afghanistan, en 2020.
Après les manifestations en Iran en janvier 2026. Image : Tasnim News Agency.