Suite à une opération de sauvetage majeure en haute mer, à plusieurs centaines de kilomètres au large de la péninsule de Baja California, deux hélicoptères de l’US Air Force ont atterri la semaine dernière dans un aéroport mexicain lors de la phase retour de leur mission. Alors que les équipages basés en Arizona se reposaient après douze heures de vol éprouvantes, une vague de rumeurs et de désinformation s’est rapidement propagée en ligne autour de leur présence.
Le lendemain matin, le ministère mexicain de la Défense a publié un communiqué précisant que les militaires américains étaient simplement en transit.
« En cette date, l’autorisation de survol dans l’espace aérien national de deux avions ravitailleurs Hercules et de deux hélicoptères de l’US Air Force a été accordée », a indiqué le compte officiel du Secrétariat mexicain de la Défense nationale (SEDENA). « Cela réaffirme l’engagement du Mexique en faveur de la coopération internationale pour la sauvegarde de vies humaines et la sécurité régionale. »
Malgré la confusion sur les réseaux sociaux, la véritable histoire derrière la visite brève de ces hélicoptères à l’aéroport mexicain est celle d’une journée exceptionnelle pour les équipes de secours américaines, qui ont même intégré à la dernière minute un pilote issu d’une autre unité.
Pour atteindre un membre d’équipage à bord d’un navire marchand à 400 miles nautiques de la côte mexicaine, deux hélicoptères HH-60W depuis la base aérienne de Davis-Monthan, en Arizona, ont parcouru 2 000 miles au cours d’une opération s’étalant sur deux jours. Un avion ravitailleur HC-130J, également basé à Davis-Monthan — le fameux « Hercules » mentionné dans le tweet mexicain — a assuré quatre ravitaillements en vol pour les hélicoptères.
Un manque de pilotes
Alerté dès le 5 février au matin, le 55e Escadron de secours (55th Rescue Squadron) avait conscience que les rotations et entraînements avaient réduit le nombre disponible de pilotes HH-60W. Pour mener à bien la mission, un pilote supplémentaire était indispensable.
Le lieutenant-colonel Jeff Budis, chef des exercices et des démonstrations aériennes à Air Forces Southern, basé lui aussi à Davis-Monthan, est par ailleurs un pilote de HH-60W de carrière qui intervient régulièrement au sein du 55e escadron en « pilote attaché » afin de maintenir ses qualifications de vol à jour.
« Je n’étais pas en alerte formelle ce jour-là. J’ai reçu un appel pour vérifier ma disponibilité et on m’a demandé d’être prêt à intervenir. En moins d’une heure, je me dirigeais vers l’escadron. Du moment de la notification au décollage, il s’est écoulé environ quatre heures », a confié Budis.
Outre Budis, les équipes mobilisées comprenaient des hélicoptères du 55e escadron, des avions ravitailleurs HC-130J du 79e escadron de secours, ainsi que des pararescuemen (PJs) affectés au 48e escadron de secours, témoignant de la coordination habituelle entre unités lors de ce type d’opérations.
Le départ s’est effectué depuis la base proche de Tucson, avant de rejoindre la côte mexicaine, puis de gagner la position du Maran Gas Olympias, un méthanier battant pavillon grec. Les PJs ont été descendus sur le pont du navire par le treuil des HH-60W, où ils ont stabilisé médicalement la victime. Ils ont ensuite été récupérés à bord pour retourner vers un hôpital de Cabo San Lucas, ville touristique isolée située à l’extrémité sud de Baja California. Pour respecter la réglementation américaine sur le nombre d’heures de vol, les équipages ont dû effectuer une escale nocturne à cet endroit, tandis que l’HC-130J regagnait l’Arizona.
Des rumeurs infondées
Durant la nuit, des rumeurs ont commencé à circuler sur internet. Cette situation rappelle qu’à peine deux semaines auparavant, l’atterrissage d’un C-130 américain à l’aéroport de Toluca, près de Mexico, avait déclenché une polémique politique suffisamment vive pour que la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum intervienne publiquement pour expliquer que ce vol ne concernait pas des opérations anti-narcotiques ou frontalières, mais le transport d’officiels mexicains en formation aux États-Unis.
Les responsables de Davis-Monthan ont précisé que la mission, incluant l’escale d’une nuit, avait été entièrement coordonnée avec le bureau de l’attaché de défense américain au Mexique. Le communiqué du SEDENA sur les réseaux sociaux visait probablement à couper court à toute nouvelle spéculation.
Malgré ce tumulte numérique, le lieutenant-colonel Budis insiste sur le fait que cette opération illustre avant tout l’engagement sans faille des unités de secours américaines dans le travail collectif.
« Il est important de comprendre que le sauvetage n’est jamais l’affaire d’un seul pilote ou d’un unique appareil. C’est un effort collectif du début à la fin », a-t-il déclaré. « Les équipages des HH-60, ceux des HC-130, ainsi que les équipes de pararescue sont la pointe visible de la lance – mais rien n’est possible sans les techniciens de maintenance, le personnel de soutien planifiant l’opération, les équipes de renseignement et logistique en coulisses, et le Centre de coordination des secours de l’Air Force qui relie tous les éléments entre eux. Chacun joue un rôle essentiel pour garantir un décollage sûr, l’exécution de la mission, et le retour de toutes les personnes impliquées. »