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Les Marines renforcent progressivement leur arsenal d’armes à longue portée dans la perspective d’un conflit dans la région Pacifique. Le 30 janvier, le corps des Marines a choisi une munition dite « effet lancé » développée par L3Harris, nommée Red Wolf, capable d’être déployée depuis les hélicoptères AH-1Z Viper et de toucher une cible située à plus de 320 kilomètres.

En d’autres termes, les hélicoptères d’attaque des Marines pourront bientôt frapper une cible distante de plus de 3 300 terrains de football, grâce à ce missile.

Cette avancée s’inscrit dans la mise en œuvre du programme Force Design 2030, qui donne aux Marines la capacité d’effectuer des frappes « au-delà de l’horizon » depuis des platforms à décollage vertical comme les Vipers. D’un coût estimé entre 300 000 et 500 000 dollars pièce, cette munition s’inscrit dans une tendance du Pentagone visant des options plus économiques, sans sacrifier la performance, pour contrer la menace sérieuse posée notamment par des drones comme le Shahed-136, dont le coût est estimé à moins de 50 000 dollars.

Red Wolf et les effets lancés

Le Red Wolf ressemble à beaucoup de missiles de croisière aéroportés, mais appartient en réalité à une catégorie appelée « effets lancés ». Ce terme désigne de petits véhicules aériens sans pilote (UAV) qui accomplissent des missions plus complexes que la simple explosion sur une cible.

Selon les exigences définies par le Pentagone, ce système doit être agnostique quant à la plateforme porteuse, afin d’être utilisable sur divers vecteurs ; connecté en réseau pour recevoir des mises à jour de ciblage en vol ; et disposer d’une portée « stand-off » suffisante pour atteindre des cibles éloignées. Il doit également pouvoir frapper des cibles terrestres et navales, ce qui élargit largement ses capacités opérationnelles.

Le cahier des charges impose en outre l’utilisation de l’architecture ouverte Weapons Open Systems Architecture, permettant d’adapter différents types de charges jusqu’à 11 kg. Ces « effets lancés » peuvent ainsi embarquer des charges cinétiques explosives mais aussi mener des actions de guerre électronique, servir de leurres, réaliser du renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR) ou encore assurer des relais de communication.

Les Marines se préparent à un combat dans le Pacifique, où leurs forces seront plus dispersées et éloignées de tout refuge sécurisé comme jamais depuis la Seconde Guerre mondiale. La Chine dispose elle-même d’un arsenal d’armes longue portée ainsi que d’une marine en pleine expansion, rendant presque toutes les zones potentiellement vulnérables si un conflit devait éclater.

Les régiments littoraux des Marines, dotés d’armes longue portée telles que le système d’interdiction naval et expéditionnaire des Marines (NMESIS), illustrent l’importance stratégique de pouvoir frapper des cibles éloignées sans recourir systématiquement à la marine ou à l’aviation.

Permettre à un hélicoptère de toucher une cible à très longue distance constitue un avantage majeur, surtout dans un scénario où les forces sont déployées loin et de manière autonome. Ces hélicoptères peuvent alors être maintenus plus près des zones exposées dans la région indo-pacifique, avec un ravitaillement en carburant et armement via des points avancés (Forward Arming and Refueling Points ou FARP), assurant la continuité des missions de soutien rapproché ou d’évacuation médicale.

Munitions comparables

En raison de leurs plafonds de vol, contraintes de poids et vitesse, les hélicoptères disposent généralement de peu d’options pour les armes à longue portée.

Les essais réalisés avec le Red Wolf, notamment depuis l’AH-1Z Viper, ont montré que son rayon d’action dépasse 200 milles nautiques, soit environ 370 kilomètres. Le missile à deuxième plus grande portée est le Spike NLOS, testé par l’armée américaine depuis l’AH-64 Apache, capable d’atteindre environ 27 kilomètres. En comparaison, des munitions plus classiques comme les AGM-179 JAGM-MR et AGM-114 Hellfire II ont des portées de l’ordre de 16 km et 8 km respectivement, ce qui les expose aux défenses antiaériennes et missiles portables sol-air (MANPADS) comme ceux pouvant opérer jusqu’à 10 km.

Des priorités en pleine évolution

Le choix du Red Wolf confirme une transformation stratégique déjà en cours. Face à la prolifération des drones légers et bon marché, le recours massif à des missiles onéreux mais performants pour neutraliser ces menaces est devenu la norme.

Entre octobre 2023 et janvier 2025, lors du conflit au large de la Mer Rouge, la marine américaine a tiré près de 400 missiles pour protéger ses unités et la navigation commerciale contre des drones et missiles houthis. Parmi ceux-ci, 120 missiles SM-2, dont le coût unitaire avoisine 2,5 millions de dollars, 80 SM-6 à plus de 4 millions chacun, ainsi que des dizaines de missiles ESSM et SM-3, avec des coûts unitaires allant de 1,8 à 28,7 millions de dollars.

Pour pallier les limitations de stock et réduire les coûts, le Pentagone se tourne de plus en plus vers des armes telles que le Red Wolf, capables d’accomplir des missions similaires à ces systèmes hautement sophistiqués, à un coût nettement plus abordable.

Cette approche visant à maximiser l’efficacité tout en maîtrisant les coûts s’étend également à d’autres armements, comme le Hellfire II modifié pour contrer les systèmes aériens sans pilote, utilisé dans la Mer Rouge et récemment aperçu en Ukraine sur le buggy V2X Tempest, une plateforme mobile désormais commandée par les Marines.