Le projet européen de corvette de patrouille [EPC], lancé à l’initiative de l’Italie dans le cadre de la Coopération Structurée Permanente [PESCO], visait à permettre à la Marine nationale de remplacer ses six frégates de surveillance de classe Floréal, en service outre-mer depuis les années 1990.
En 2019, aux côtés de la Grèce, de l’Espagne et de la Roumanie, ce projet EPC avait été retenu par la Commission européenne pour bénéficier d’un financement via le Fonds Européen de Défense [FED]. Soutenu par l’Agence Européenne de Défense [AED], il avait donné lieu à un contrat initial [appelé CALL 1], notifié par l’Organisation de Coopération Conjointe en matière d’Armement [OCCAR] à Naviris, une coentreprise constituée par Naval Group et l’italien Fincantieri, ainsi qu’à l’entreprise espagnole Navantia.
Ce contrat, d’un montant de 87 millions d’euros sur une durée de vingt-quatre mois, portait sur la réalisation d’études de concept et de faisabilité, ainsi que sur un avant-projet pour une « nouvelle génération de navires de combat ».
Cette corvette européenne devait afficher un déplacement d’environ 3 000 tonnes pour une longueur de 110 mètres, avec trois versions prévues : lutte anti-navire, missions longue durée et patrouilles en haute mer.
« Le design se veut flexible, plus économe en énergie, plus respectueux de l’environnement, plus sûr, plus interopérable et plus cybersecure. Cette corvette est conçue comme une plateforme utilisable par différents pays européens à partir d’une base commune adaptable aux besoins nationaux », résumait alors l’OCCAR.
En 2024, lors du salon Euronaval, Fincantieri, Naval Group et Navantia avaient signé un mémorandum d’entente pour constituer un consortium industriel en vue de la seconde phase du projet [appelée CALL 2]. Ce nouveau programme, doté d’un budget de 154 millions d’euros, venait tout juste d’être validé par la Commission européenne. L’objectif était alors de finaliser la revue critique de conception [CDR] et de construire les premiers prototypes, notamment pour les versions « Full Combat Multipurpose » et « Long Range Multipurpose ».
Image Naviris présentant différentes configurations de la corvette EPC.
Pourtant, le projet a peu évolué depuis, car le contrat CALL 2 n’a pu être attribué aux entreprises engagées. Et pour cause : la France n’était plus certaine de son engagement.
« Légèrement armées et dépourvues de sonar, ces frégates doivent être remplacées par des navires mieux armés. Il semblait que les corvettes de patrouille européennes étaient prévues pour assurer ce remplacement. Cependant, les différentes auditions que j’ai conduites n’ont pas levé le doute sur la participation de la France à la seconde phase de ce programme européen », expliquait en novembre dernier Yannick Chenevard, rapporteur budgétaire du programme 178 « Préparation et Emploi des Forces – Marine nationale ».
Cette position fut confirmée au Sénat par Emmanuel Chiva, alors Délégué général pour l’armement (DGA).
Lors de sa dernière audition parlementaire avant son départ, Emmanuel Chiva s’était montré plus explicite : « C’est une question de choix. Nous avons décidé de ne pas prioriser ce projet de corvette afin d’accélérer le renouvellement de nos bâtiments de patrouille maritime, un type de navire différent, qui nous permettra d’éviter leur désarmement. Ce n’est pas une tâche facile, car si la Loi de programmation militaire augmente le financement, elle nous permet aussi de lancer plus de programmes, ce qui implique des arbitrages. C’est le cours normal des programmes ».
L’annonce récente de Fincantieri et Navantia ne surprend donc pas. En effet, ces deux chantiers ont signé un mémorandum d’entente pour coordonner ensemble la future corvette européenne, via une coentreprise ouverte à d’autres partenaires. Quid alors de Naval Group, exclu de cette alliance ?
Fincantieri et Navantia annoncent également qu’ils contribueront à faire avancer le programme en collaborant à la conception de la version Full Combat Multipurpose de l’EPC, ainsi qu’à sa commercialisation auprès d’autres partenaires européens. La création de la coentreprise reste soumise à la finalisation des documents contractuels et aux conditions habituelles préalables, précisent-ils.
« Cet accord marque un progrès décisif pour le programme EPC, un projet incarnant l’esprit de coopération et d’excellence technologique européenne. En unissant nos forces avec Navantia, nous répondons aux besoins de nos forces navales respectives tout en posant les bases d’un nouveau standard pour la défense maritime européenne », a déclaré Pierroberto Folgiero, PDG de Fincantieri.
Il ajoute : « L’EPC sera bien plus qu’un simple navire : il constituera une plateforme stratégique d’interopérabilité, d’innovation et de sécurité, capable de renforcer les capacités opérationnelles à l’échelle européenne. Notre coentreprise témoigne de la capacité de l’industrie à impulser le progrès, l’unité et à transformer une vision en solutions concrètes pour le futur de la défense européenne ».
Il reste désormais à connaître la décision du ministère des Armées.
« Nous pensons pouvoir prolonger la durée de vie de nos frégates de surveillance, même si elles approchent de la fin de leur cycle opérationnel », a indiqué l’amiral Nicolas Vaujour, chef d’état-major de la Marine nationale. « Mais nous avons besoin de navires de haute qualité, très manoeuvrables et résistants — c’est absolument essentiel — dotés d’un armement plus robuste que ce que proposent Fincantieri et Navantia. C’est donc un investissement important », a-t-il ajouté. Cette prise de position pourrait-elle relancer une commande de corvettes Gowind auprès de Naval Group ?