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La Suisse a annoncé vouloir réduire à une trentaine le nombre de chasseurs F-35A achetés aux États-Unis, contre 36 initialement prévus, en raison d’une hausse des prix imposée par Washington. Par ailleurs, le pays revoit son dispositif de défense pour mieux faire face aux menaces hybrides contemporaines.

Ce pays neutre militairement indique également envisager l’acquisition d’un système européen de défense sol-air, destiné à compléter le système Patriot américain déjà commandé, mais dont la livraison est retardée.

Face au climat géopolitique tendu en Europe, la Suisse souligne la nécessité de se préparer à contrer les menaces hybrides, qui combinent des moyens militaires et non militaires, notamment dans le cyberespace.

Le choix du F-35A, un avion de combat déjà en service au sein de l’US Air Force et de plusieurs pays européens, avait été fait en juin 2021, au détriment de l’Airbus Eurofighter, du Boeing F/A-18 Super Hornet et du Dassault Rafale.

Cependant, des négociations difficiles ont opposé Berne et Washington sur le prix final de la commande, destinée à remplacer la flotte suisse vieillissante.

En juin de l’année dernière, la partie américaine avait demandé une participation financière supplémentaire, justifiée par l’inflation, la hausse des prix des matières premières et de l’énergie.

Bern souhaitait quant à lui maintenir le budget approuvé dans un référendum de 2020, d’un peu plus de six milliards de francs suisses (7,7 milliards de dollars).

Lors d’une conférence de presse vendredi, Martin Pfister, ministre suisse de la Défense, a indiqué qu’un surcoût de 1,1 milliard de francs suisses (environ 1,4 milliard de dollars) aurait été nécessaire pour les 36 appareils initialement prévus.

Le gouvernement envisage donc désormais l’achat « d’environ 30 F-35A », en fonction des négociations contractuelles à venir avec le gouvernement américain et le constructeur Lockheed Martin.

Menaces hybrides

La Suisse a historiquement maintenu une neutralité militaire armée, avec un service militaire obligatoire pour les hommes.

Le gouvernement a dressé un constat sévère sur la situation sécuritaire actuelle :

« La situation sécuritaire mondiale et l’environnement géopolitique de la Suisse se sont détériorés ces dernières années », a-t-il déclaré.

« La guerre en Ukraine, la multiplication des menaces hybrides, les cyberattaques, la désinformation et l’espionnage ont également un impact en Suisse. »

Le pays alpin estime ne pas être « suffisamment équipé pour faire face aux menaces les plus probables », identifiées comme la guerre hybride et les attaques à distance.

Cette incapacité est attribuée à des réductions budgétaires antérieures, à la hausse des coûts et aux longs délais de livraison sur le marché international de l’armement.

Délai pour les Patriot

En juillet dernier, Washington a informé Berne que les cinq unités de systèmes Patriot commandées étaient désormais redéployées en priorité vers l’Ukraine.

« Selon les informations actuelles, le retard de livraison est estimé entre quatre et cinq ans », a précisé le gouvernement suisse.

Si la Suisse « maintient la commande des systèmes Patriot, compte tenu de l’importance de disposer d’une capacité de défense contre des attaques à distance », elle souhaite également acquérir un système supplémentaire.

« Cette démarche vise à réduire la dépendance à une seule chaîne d’approvisionnement ou à un seul pays, et, d’autre part, à garantir une meilleure disponibilité des équipements », a-t-elle expliqué.

Le gouvernement indique que les forces armées suisses ont besoin d’un renforcement de leurs capacités, évalué à 31 milliards de francs suisses.

« Une augmentation temporaire de la TVA est envisagée afin de dégager les ressources financières nécessaires à la protection plus efficace de la population et du territoire face aux menaces les plus probables », a-t-il souligné.

Le gouvernement propose ainsi d’augmenter le taux de TVA de 0,8 point pendant dix ans, en créant un « fonds d’armement » financé par cette hausse et par une part du budget régulier de l’armée.

Une votation populaire sur ce projet est envisagée pour la mi-2027, afin que cette hausse temporaire puisse entrer en vigueur dès 2028.