La Chine renforce de manière spectaculaire sa capacité de production de ses chasseurs furtifs, les J-20 et J-35, avec une capacité totale estimée entre 300 et 400 appareils par an. Cette expansion illustre la volonté de Pékin de moderniser rapidement son aviation militaire et d’accroître sa puissance aérienne dans un contexte géopolitique tendu.
Selon l’analyste J. Michael Dahm du Mitchell Institute for Aerospace Studies, cette croissance considérable a été présentée lors du Symposium de guerre de l’Association des forces aériennes et spatiales en 2026. Depuis 2021, la société d’État Aviation Industry Corporation of China (AVIC) a étendu de 278 700 m² ses installations de fabrication à Chengdu, où cinq lignes de production du J-20 sont désormais opérationnelles. Cette extension permet une production annuelle estimée à 100 chasseurs J-20, avec certaines prévisions, telles que celles du Royal United Services Institute, allant jusqu’à 120 appareils en 2025.
Le J-20 est un chasseur de cinquième génération bimoteur, doté d’une aile delta et de plans canards, souvent comparé au F-22 Raptor de Lockheed Martin. Il est conçu principalement pour la supériorité aérienne. Les images satellites de Planet Labs confirment ces capacités accrues, démontrant l’impact croissant des technologies commerciales dans le renseignement militaire ouvert.
Parallèlement, à Shenyang, une nouvelle usine de plus de 370 000 m² avec une piste de 3 660 mètres est en construction. Elle est destinée à l’assemblage des futurs J-35 et J-35A, chasseurs polyvalents développés pour répondre aux besoins de la marine et de l’armée de l’air chinoises, et similaires au F-35 américain. La production à faible échelle de ce modèle est déjà lancée.
Les capacités de fabrication de la Changhe Aircraft Industries augmentent également de 93 000 m², soit une progression de 30 % pour la fabrication d’hélicoptères, incluant les modèles d’attaque et de transport lourd. Au total, AVIC ajoute plus de 743 000 m² à ses sites de Chengdu, Shenyang et Changhe, dépassant en superficie le complexe de Fort Worth où sont assemblés les F-35 américains.
Les installations actuelles de Shenyang continuent à produire les chasseurs J-15 et J-16, des avions de quatrième génération largement inspirés des Sukhoï soviétiques. Dahm prévoit qu’à partir de 2027, AVIC pourrait atteindre entre 300 et 400 aéronefs de quatrième et cinquième génération fabriqués par an, avec un minimum de 250 avions par an.
Pour comparaison, Lockheed Martin assemble annuellement 156 F-35 et environ 48 F-16 (dont seulement 16 livrés entre 2024 et 2025), Boeing vise 24 F-15EX, et Dassault a livré 26 Rafale en 2025, avec un objectif de 44 appareils. James Taiclet, PDG de Lockheed Martin, maintient que la qualité occidentale reste supérieure, soulignant notamment la supériorité technique du F-35 face au J-20 malgré les différences de volumes produits.
Cette montée en puissance pourrait permettre à la Chine de disposer de la plus grande flotte de chasseurs au monde dès 2029, en parallèle de l’expansion de sa flotte de porte-avions et de la maturation de ses capacités d’opérations aériennes embarquées. On observe également l’émergence de nouveaux programmes, comme le tri-réacteur sans empennage J-36 aperçu à Chengdu, et le J-50/J-XDS à poussée vectorielle développé à Shenyang, témoignant des avancées vers la sixième génération de chasseurs.
Une base d’essais située au Xinjiang, surnommée « l’Area 51 chinoise », a doublé sa taille avec 5 570 m² de hangars additionnels et 27 800 m² d’installations. Des images satellites montrent notamment un J-50 sur place en septembre 2025, potentiellement pour attirer l’attention sur ce modèle et détourner le regard d’extensions plus larges.
Par ailleurs, un défrichement de 20 hectares au nord de l’usine de Chengdu pourrait accueillir la production de chasseurs de sixième génération ou de nouvelles lignes de montage du J-20. Cette anticipation correspond aux préparatifs militaires liés aux éventuels scénarios autour de Taïwan durant la « période Davidson » de 2027, comme l’identifie l’INDOPACOM à travers les exercices du Parti communiste chinois.
Selon le Commandement indo-pacifique des États-Unis (INDOPACOM), l’Armée populaire de libération (APL) intensifie ses opérations, considérant ses exercices autour de Taïwan comme des « répétitions » opérationnelles plus que de simples manœuvres. Cette dynamique s’inscrit dans le cadre stratégique appelé « fenêtre Davidson », une période cruciale qui précède 2027, moment où le président chinois Xi Jinping aurait ordonné à l’APL d’être prête à prendre Taïwan par la force si nécessaire.
Au-delà de ce théâtre régional, Dahm observe une projection stratégique vers une puissance aérienne chinoise en pleine expansion, cherchant à défier la présence militaire américaine au-delà du détroit de Taïwan. Cette montée en puissance coïncide avec l’attention accrue des États-Unis focalisée sur le détroit d’Ormuz, où les campagnes aériennes contre l’Iran illustrent les possibilités et limites du pouvoir aérien moderne.