Le conflit russo-ukrainien et les tensions au Moyen-Orient ont révélé que l’avenir des conflits armés repose largement sur l’emploi des drones, qui en sont aujourd’hui l’avant-garde. Malgré la supériorité numérique et matérielle des forces russes, l’Ukraine résiste depuis près de quatre ans. De même, au Moyen-Orient, l’Iran parvient à contenir les puissantes armées des États-Unis et d’Israël à l’aide d’une stratégie axée sur les drones.
Dans ces deux théâtres d’opérations, l’usage de drones peu coûteux et précis est devenu déterminant. L’Ukraine, qui combat depuis plus de trois ans, a également développé des intercepteurs à moindre coût pour neutraliser ces appareils, un savoir-faire très recherché par les États du Golfe. C’est dans ce contexte que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a entamé une tournée diplomatique la semaine dernière au Royaume d’Arabie Saoudite, aux Émirats arabes unis et au Qatar afin de signer plusieurs accords de défense. Kyiv propose d’échanger ses intercepteurs peu onéreux contre des missiles de défense aérienne plus coûteux utilisés par les pays du Golfe pour contrer les drones iraniens, insistant sur leur besoin accru pour faire face aux attaques quotidiennes de la Russie.
La diplomatie des drones ukrainienne
Au cours de sa tournée dans le Golfe, Volodymyr Zelensky a annoncé la signature d’un accord avec l’Arabie Saoudite portant sur le partage de technologies et d’expertises en matière de défense contre les drones.
« Nous sommes prêts à partager notre savoir-faire et nos systèmes avec l’Arabie Saoudite pour renforcer la protection des vies », a-t-il déclaré dans un message publié sur le réseau X.
Alors qu’il s’apprêtait à rencontrer le prince héritier Mohammed ben Salmane, Zelensky a expliqué que cet accord poserait les bases de futures collaborations technologiques, contrats et investissements.
« L’Arabie Saoudite dispose également de capacités qui intéressent l’Ukraine ; cette coopération s’annonce donc mutuellement bénéfique », a-t-il ajouté.
Après Riyad, le président ukrainien s’est rendu aux Émirats arabes unis et au Qatar où de nouveaux accords de défense ont été conclus. Le ministère qatari de la Défense a confirmé un accord bilatéral visant à mettre en commun les expertises dans la lutte contre les menaces posées par les missiles et les drones.
L’Ukraine s’impose aujourd’hui comme un acteur majeur dans la production d’intercepteurs de drones sophistiqués et peu coûteux, fruit de son expérience acquise depuis le début des hostilités en 2022, durant lesquelles des centaines de drones iraniens ont ciblé ses infrastructures.
Elle propose ainsi aux États du Golfe une solution économique pour se défendre contre les drones iraniens, en opposition à l’usage massif de missiles Patriot ou THAAD, très onéreux. Un missile Patriot coûte environ 4 millions de dollars, tandis que l’expertise ukrainienne permet d’abattre un drone pour environ 2 000 dollars. Cet écart substantiel est un facteur clé dans la stratégie de défense des États concernés.
Drones et conflits futurs
Pour l’Iran, malgré les bombardements continus des forces américaines et israéliennes, le drone Shahed constitue son arme secrète, peu coûteuse et facile à produire. Comparé aux missiles balistiques, le Shahed, d’un coût de fabrication estimé entre 20 000 et 50 000 dollars, est plus simple à déployer. En revanche, le prix des intercepteurs pour neutraliser ces drones peut dépasser un million de dollars l’unité, selon certaines évaluations. Par ailleurs, la capacité iranienne à multiplier les drones lui permet de contrôler stratégiquement le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz.
À l’ère de la mondialisation, les conflits régionaux sont désormais profondément interconnectés. Le conflit de quatre jours entre l’Inde et le Pakistan en mai 2025 a notamment mis en lumière l’usage intensif des drones. L’Inde a déployé divers drones à coût réduit comme le Harop, Harpy, Nagastra-1, Warmate R et Warmate 3, ainsi que des drones ASL, pour pénétrer l’espace aérien pakistanais, dont un grand nombre de modèles israéliens Harpy.
Le Pakistan a répliqué à son tour par des frappes de drones contre l’Inde, illustrant ainsi une nouvelle forme de guerre où ces engins peu onéreux ciblent principalement des sites militaires mais suscitent également la panique parmi les civils. Même lorsqu’ils sont interceptés, les débris tombant au sol représentent un danger notable. Ainsi, lors d’un futur affrontement indo-pakistanais, l’utilisation des drones devrait s’intensifier de part et d’autre.
Il apparaît donc légitime de prévoir que les conflits de demain verront un recours accru à des drones abordables, certains intégrant des fonctionnalités d’intelligence artificielle (IA).
Le conflit en Ukraine éclaire également les besoins imminents des États du Golfe en matière de protection de leurs infrastructures énergétiques contre les attaques de drones. Cela implique des investissements dans des systèmes d’interception et de brouillage électronique. La compagnie nationale ukrainienne Naftogaz a dépensé plusieurs millions de dollars pour renforcer sa défense aérienne face aux attaques russes. Par ailleurs, environ 200 experts ukrainiens des drones se sont rendus récemment en Arabie Saoudite et aux Émirats arabes unis pour apporter leur assistance dans la lutte contre les drones iraniens. Alors que les États du Golfe anticipaient principalement des attaques aux missiles, le recours massif aux drones par l’Iran les a pris de court.
Le conflit au Moyen-Orient perturbe gravement l’économie mondiale, notamment en raison de la fermeture quasi permanente du détroit d’Ormuz et des frappes contre les infrastructures énergétiques. Les économies asiatiques, telles que le Japon, la Corée du Sud et l’Inde, fortement dépendantes du pétrole et du gaz du Golfe, subissent les conséquences. Une voie d’avenir consiste à accroître les investissements dans les technologies anti-drones, indispensables face aux menaces émanant d’États ou d’acteurs non étatiques.
L’avenir de la guerre
La guerre moderne s’annonce dominée par l’emploi de drones peu coûteux et par leurs systèmes d’interception, qui détermineront les succès ou les échecs militaires. L’intelligence artificielle jouera un rôle grandissant avec le développement d’essaims de drones capables d’identifier et d’attaquer des objectifs sous le contrôle d’un opérateur unique à distance. Alors que le conflit au Moyen-Orient se poursuit, l’Ukraine émerge comme un acteur technologique clé dont le savoir-faire est recherché par plusieurs États du Golfe. Cette situation confirme que les conflits futurs seront gagnés par ceux disposant des technologies les plus avancées et les utilisant judicieusement.