La France est sur le point de trancher quant à son futur système d’artillerie de roquettes et procède ce mois-ci aux premiers essais d’armes de conception nationale, qui permettront une comparaison avec des systèmes étrangers dans les semaines à venir, a indiqué le directeur de la Direction générale de l’armement (DGA).
Les premières évaluations d’un système d’artillerie de roquettes développé en France « se sont bien déroulées » mardi, avec de nouveaux tests prévus la semaine suivante, a précisé Patrick Pailloux, chef de la DGA, devant une commission parlementaire mercredi.
Deux consortiums se disputent cette acquisition : Safran et MBDA travaillent sur un système national, tandis que Thales et ArianeGroup proposent une offre concurrente. Parmi les solutions étrangères déjà en service dans d’autres armées européennes figurent le Chunmoo de Hanwha Aerospace, le système PULS d’Elbit Systems (Israël) et le HIMARS de Lockheed Martin.
« Il existe une pression importante de l’armée, qui considère cette capacité comme une priorité absolue en cas de conflit majeur, car il faudra pouvoir tenir dès les premiers jours », a souligné Patrick Pailloux. « C’est une capacité incontournable. La question est donc : quel sera le coût, les délais, et quand pourra-t-on la recevoir ? »
La France vise l’acquisition de 26 systèmes équipés de 300 munitions pour constituer progressivement un bataillon d’artillerie de roquettes d’ici 2030. Le remplacement des neuf unités restantes du Lance-Roquettes Unitaire (LRU), une version modifiée du système multiple M270, est urgent car leur durée de vie est fixée à 2027.
« Nous serons confrontés à un dilemme entre souveraineté, rapidité, coûts et délais. Il faudra prendre la meilleure décision – ou du moins la moins mauvaise – en fonction de nos besoins », a résumé Pailloux.
Parallèlement, la France développe un missile balistique terrestre à portée de 2 500 kilomètres, avec un budget d’un milliard d’euros alloué au lancement du programme cette année. Ce missile sera équipé d’un véhicule hypersonique de planeur manoeuvrable. Selon la DGA, cette architecture offrirait vraisemblablement « le meilleur rapport coût-efficacité militaire ».
Si l’objectif officiel est de disposer du missile balistique d’ici 2035, Pailloux a reconnu qu’il s’agissait d’un calendrier tardif, assurant que la France ne rencontre « aucune difficulté » pour atteindre cette capacité. La DGA prévoit de tenter d’avancer cette échéance, « au plus proche de 2030 », notamment en lançant une première version dépourvue de contre-mesures anti-interférences, qui seraient ajoutées ultérieurement.
Les commandes en munitions s’élèveront à plus de 6 milliards d’euros cette année, comprenant des missiles de croisière SCALP, des bombes guidées AASM, des missiles antinavires Exocet, ainsi que des missiles de défense aérienne MICA et Mistral, sans oublier les missiles air-air Meteor. Le budget intègre aussi 320 millions d’euros pour accroître la production industrielle là où cela sera « nécessaire et utile ».
« Nous devons nous préparer à un conflit majeur vers 2030, en partant du principe qu’il pourrait s’agir d’une guerre d’usure », a expliqué Pailloux. « En résumé, une guerre d’usure est celle où, à la fin, le camp qui l’emporte est celui qui a encore des munitions. »
La modernisation du Rafale se précise avec le lancement des travaux pour la future version F5 cette année. Avec un budget de 3,4 milliards d’euros pour l’aviation de combat, les priorités sont un nouveau moteur Safran, nommé T-REX, capable de 9 tonnes de poussée contre 7 pour l’actuel M88, et le renouvellement complet des capteurs, notamment du radar.
Pour moderniser l’armement des avions de Dassault Aviation, la DGA cherche à accélérer le développement du missile air-sol supersonique Stratus RS de MBDA, ainsi que celui d’un nouveau missile air-air appelé Comet, destiné à dépasser la portée du Meteor d’ici 2030.
« C’est une nouvelle approche : développer un missile air-air d’ici 2030 », a indiqué Pailloux, qualifiant cette échéance de « très ambitieuse ». Le cahier des charges tient en une demi-page, résumée par « le missile doit fonctionner et avoir une grande portée ».
Parmi les autres projets pour cette année figure le drone unidirectionnel Chorus, avec une autonomie de 3 000 km et une charge utile de 500 kg, dont la mise en service est prévue d’ici fin 2024. Ces drones seront fabriqués par le constructeur automobile Renault, avec un coût unitaire de 120 000 euros, que Pailloux a qualifié de « cher, mais relativement économique comparé à d’autres munitions ».