L’Allemagne a officiellement mis un terme à la composante conjointe du programme commun de chasseur piloté du Future Combat Air System (FCAS). Le chancelier Friedrich Merz a informé le président français Emmanuel Macron que les deux pays ne construiront pas un avion de sixième génération partagé, a rapporté le quotidien économique allemand Handelsblatt le 8 juin 2026, citant le gouvernement fédéral allemand.
Cette décision a été communiquée par Merz le 6 juin 2026, lors du sommet de l’Union européenne consacré aux Balkans occidentaux, tenu au Monténégro. Le chasseur piloté de nouvelle génération (NGF) devait constituer le cœur opérationnel du FCAS, aux côtés d’une « cloud de combat » numérique connectant avions, drones et satellites.
Malgré cet abandon, l’Allemagne et la France poursuivront le développement conjoint du « système de systèmes », soit l’architecture de cloud de combat qui représente l’autre pilier principal du FCAS. La répartition des responsabilités pour cet élément sera discutée lors du prochain conseil ministériel franco-allemand, prévu le 17 juillet 2026.
Un blocage industriel insurmontable pour les gouvernements
Le désaccord autour du partage industriel entre Airbus et Dassault Aviation constituait l’obstacle majeur du programme depuis au moins février 2026, quand Merz a publiquement remis en question la faisabilité d’un seul appareil répondant aux exigences divergentes des deux pays. En effet, la France exige un avion doté d’une capacité nucléaire et compatible avec le porte-avions, ce qui n’est pas le cas de l’Allemagne.
Malgré une tentative de médiation lancée après un dîner entre Macron et Merz à Bruxelles le 18 mars 2026, les deux industriels n’ont pas réussi à trouver un terrain d’entente. La médiation a échoué le 18 avril 2026, lorsque le médiateur allemand a conclu qu’un chasseur piloté conçu en commun n’était plus viable. Une réunion bilatérale entre Macron et Merz, en marge d’un sommet informel de l’UE à Chypre le 23 avril 2026, a renvoyé la décision aux ministères de la Défense. Deux jours plus tard, Macron affirmait encore publiquement que le programme « n’était pas du tout mort ».
Le point de blocage reste toutefois inchangé. Eric Trappier, directeur général de Dassault, a constamment insisté pour que son entreprise conserve le rôle de maître d’œuvre principal, refusant une égalité avec Airbus. Selon des sources gouvernementales allemandes citées par Handelsblatt, Merz a essayé personnellement de convaincre Trappier d’accepter une coopération sur un pied d’égalité. Cette tentative a également échoué.
La nouvelle stratégie nationale aéronautique allemande, qui sera adoptée formellement par le cabinet le 10 juin 2026 et présentée à l’ILA de Berlin, la principale foire aérospatiale mondiale, affirme qu’Airbus doit co-diriger tout futur programme allemand de chasseurs. Ce calendrier coïncide délibérément avec l’ILA, soulignant la volonté affirmée de l’Allemagne de devenir une grande puissance aéronautique.
De son côté, l’Espagne, troisième partenaire du programme, manifestait une frustration croissante face au conflit non résolu entre Berlin et Paris. Madrid a d’ores et déjà pris des mesures en finançant une étude commune entre Airbus et Indra pour un futur système aérien de combat national, parallèle au programme Siagen dirigé par Indra.
La Belgique, intégrée comme observatrice en mai 2024, est allée plus loin : après les déclarations de Merz en février, son ministre de la Défense Theo Francken a affirmé que « le SCAF est mort », et Bruxelles a annoncé par la suite son intention de commander 11 F-35A supplémentaires.
Deux avions, deux programmes
Désormais, Dassault développera de manière indépendante le chasseur français de sixième génération, partiellement financé par les plus de 4 milliards d’euros alloués via le standard Rafale F5 dans le cadre de la Loi de Programmation Militaire française en vigueur.
Airbus dirigera le programme allemand, avec la participation envisagée de l’Espagne. Le groupe a également entamé des discussions avec le suédois Saab, que l’Allemagne considère comme un partenaire industriel plus coopératif. Les deux programmes devraient produire leurs premiers appareils au début des années 2040.
Cette décision accroît la pression sur le programme parallèle du système de char de combat Main Ground Combat System (MGCS). Paris avait déjà suggéré que l’échec éventuel du programme conjoint de chasseurs pourrait remettre en cause la coopération autour du MGCS, même si aucune annonce officielle n’a été faite à ce sujet.
Le FCAS avait été lancé en 2017 par Emmanuel Macron et l’ancienne chancelière Angela Merkel comme le fer de lance européen de l’aviation de combat de sixième génération, avec un budget estimé à environ 100 milliards d’euros.