Le chancelier allemand Friedrich Merz a confirmé officiellement la fin du projet franco-allemand-espagnol FCAS, portant sur le développement d’un nouveau chasseur de 6e génération. Annoncé lors du salon aéronautique ILA à Berlin, cet aveu marque la rupture dans la coopération industrielle sur l’avion de combat, tout en ouvrant la voie à d’autres initiatives européennes pour maintenir les capacités aériennes stratégiques du continent.
Lors de son allocution, le chancelier a exposé les raisons de cet abandon : « Le président Macron et moi-même n’avons pas pris cette décision à la légère. Pendant des mois, nous avons essayé à plusieurs reprises de faire converger les entreprises concernées, même en recourant à une médiation. Finalement, nous avons convenu que ces entreprises ne parvenaient pas à s’entendre pour construire un avion de combat commun. Nous reconnaissons cette réalité. C’est pourquoi, le vendredi précédant ce discours, le président Macron et moi avons décidé de ne plus poursuivre ce projet. »
Il a ajouté : « Cette décision met fin à un blocage de longue date et ouvre de nouvelles perspectives à l’industrie pour progresser autrement dans la conception d’avions de combat modernes. Nous continuerons à développer le noyau principal de FCAS sous la forme d’un ‘système de systèmes’ européen. Cela représente une grande opportunité pour un projet industriel de défense structurant et commun. Nos ministres de la Défense examineront comment mettre cela en œuvre avant la prochaine rencontre gouvernementale franco-allemande programmée en juillet. »
Cette nouvelle définition du noyau essentiel de FCAS est particulièrement notable, car jusqu’ici, ce noyau était systématiquement identifié au chasseur lui-même. Par ailleurs, la réaction officielle allemande, bien qu’annoncée en amont auprès des médias, ne s’était pas exprimée dans cette perspective aussi constructive.
La décision ne marque cependant pas une fin définitive en matière de développement aérien. L’industrie allemande a déjà élaboré des plans alternatifs. Huit entreprises allemandes se sont regroupées au sein du Team Gen6, un collectif dédié à la mise au point d’un avion de combat de 6e génération. Ce rassemblement sera formalisé à son tour lors de l’ILA.
Mais il ne s’agit pas d’une solution strictement nationale. Une coopération restreinte entre l’Allemagne et l’Espagne semble se dessiner comme une première étape, compte tenu de convergences plus étroites quant aux caractéristiques recherchées pour un nouvel avion : notamment l’autonomie opérationnelle, la capacité d’emport de missiles et la furtivité visant à réduire la détection. Ces choix technologiques influencent directement la taille de l’appareil et les options de propulsion.
Partant d’un projet commun germano-espagnol, les deux pays pourraient ensuite inviter d’autres partenaires européens à rejoindre ce programme. Le cas du constructeur suédois Saab, avec son expérience du Gripen, est souvent évoqué. D’autres pays européens, actifs dans des projets similaires, pourraient aussi rejoindre une telle coalition, bien que les détails restent encore confidentiels tant du côté politique qu’industriel.