La majorité des fournisseurs britanniques de technologies de défense revoient leurs décisions d’investissement et de recrutement à la suite du non-paiement par le gouvernement du Plan d’Investissement Défense. Les entreprises déplorent suspension de contrats, retards de financement et augmentation des coûts dans les chaînes d’approvisionnement, révèle une enquête menée par l’association professionnelle techUK.
L’organisation a interrogé en mai 45 de ses membres spécialisés dans les technologies de défense, répartis en 18 petites entreprises, 12 moyennes et 15 grandes, tous fournisseurs actuels ou récents du ministère de la Défense. Cette étude a été publiée à l’occasion du premier anniversaire de la Revue Stratégique de Défense. Un an après cette revue, l’absence du Plan d’Investissement Défense, document indispensable pour que l’industrie puisse planifier investissements, recrutements et engagements auprès des sous-traitants en adéquation avec les ambitions définies par la revue, est devenue « le facteur de préjudice le plus important pour le secteur », selon techUK.
Soixante-treize pour cent des répondants estiment que l’environnement du marché pour les entreprises britanniques de technologies de défense s’est dégradé depuis la publication de la revue, tandis que seuls 13 % constatent une amélioration. Sur les six derniers mois, 73 % ont connu une suspension ou une annulation de contrat, 87 % font face à des retards ou des baisses de financement, et 47 % attendent toujours une extension contractuelle pour l’exercice financier terminé en mars, plusieurs soulignant que cette situation met désormais en péril la livraison et la maintenance des capacités opérationnelles existantes. Les petites et moyennes entreprises (PME) présentes dans leurs chaînes d’approvisionnement ont été directement touchées pour 67 % des sondés, et 93 % (soit 42 sur 45) réévaluent leurs décisions d’investissement ou de recrutement à cause de cette incertitude.
Interrogés sur les causes des suspensions et retards, les membres plébiscitent à 62 % le retard du Plan d’Investissement Défense, devant le contexte financier plus large au sein du ministère, les lenteurs dans la réforme de la défense et dans les nominations de hauts responsables, ainsi que le manque d’agents commerciaux pour finaliser les contrats. Cette situation crée un cercle vicieux : l’incertitude reporte les décisions commerciales, lesquelles entraînent suspensions de contrats et manques de financement, conduisant les entreprises, notamment les PME, à réduire leurs effectifs, retirer des investissements, voire quitter totalement le marché britannique au profit de marchés alliés présentant un meilleur calendrier commercial. Un important intégrateur de systèmes fait état de 30 millions de livres sterling de travaux engagés bloqués par des retards contractuels, mettant en danger la livraison des engagements liés à l’exercice militaire de l’OTAN Steadfast Defender 2027.
Julian David, directeur général de techUK, a rappelé que la revue stratégique énonçait « une ambition audacieuse et bienvenue » partagée par l’industrie, mais que douze mois plus tard, « nous attendons toujours le Plan d’Investissement Défense ». Sans ce plan, il n’y a « aucun programme crédible pour financer et mettre en œuvre les recommandations de la Revue Stratégique de Défense », soulignant que le coût du retard « se manifeste désormais dans les carnets de commandes, les bilans financiers et les décisions de nos membres quant à leur présence sur le marché britannique ». Les conséquences sont nettes, avec une capacité industrielle « érodée en temps réel » alors même que le gouvernement demande à l’industrie d’augmenter sa production. « Ce n’est plus un risque théorique, mais un préjudice immédiat et quantifiable ».
L’association professionnelle appelle le gouvernement à publier le plan avant le sommet de l’OTAN à Ankara le 7 juillet, avec un niveau de détail suffisant pour permettre à l’industrie de programmer ses activités, avertissant qu’un nouveau report « porterait gravement atteinte au statut du Royaume-Uni en tant que partenaire crédible et fiable » au sein de l’alliance. Elle réclame également des garanties à court terme sous la forme d’extensions contractuelles confirmées et d’un traitement rapide des appels d’offres attribués mais non encore contractualisés, une action pour résoudre les blocages liés aux agents commerciaux, ainsi qu’un dialogue direct avec le secteur sur la planification de la mise en œuvre. techUK a communiqué l’ensemble des résultats au gouvernement via le Defence Industrial Joint Council et adressé une lettre au Ministre de la Préparation à la Défense et de l’Industrie, tout en soulignant que « la fenêtre durant laquelle l’industrie peut absorber cette incertitude sans dommage durable se referme ».
Les conclusions de cette enquête ont pris une tournure plus aiguë ces derniers jours, avec la démission jeudi du secrétaire à la Défense John Healey, qui a critiqué le plan de financement associé au plan d’investissement qu’attend l’industrie, le jugeant largement insuffisant. Par ailleurs, l’organisation Make UK Defence a rapporté que ce retard a déjà provoqué la faillite de certaines entreprises membres et poussé des PME innovantes à envisager de s’implanter à l’étranger.