Les tensions s’intensifient dans plusieurs foyers de conflit à travers le monde, avec une dynamique d’escalade et de riposte qui rend les perspectives diplomatiques plus incertaines. Des affrontements au Moyen-Orient à la guerre en Ukraine, en passant par les rivalités en Asie et les défis sécuritaires liés aux groupes jihadistes, chaque région présente désormais un tableau d’instabilité et de confrontation directe.
Iran
Les hostilités se sont nettement aggravées ces derniers jours, mettant fin de facto à la trêve tacite entre les États-Unis et l’Iran qui tenait depuis avril. Début juin, les affrontements entre Israël et le Hezbollah au Liban ont repris avec vigueur, compliquant les négociations américano-iraniennes, d’autant plus que Téhéran a conditionné ces pourparlers à la cessation des opérations israéliennes contre le Hezbollah. Ce regain de violence a conduit, le 7 juin, à des frappes directes entre Israël et l’Iran. Le 8 juin, l’Iran aurait abattu un hélicoptère Apache américain, auquel les États-Unis ont immédiatement répliqué par des frappes ciblant des radars et installations de défense aérienne. En réponse, l’Iran s’est attaqué à des bases militaires américaines dans la région.
Les actions militaires se sont intensifiées les 10 et 11 juin avec des frappes américaines lourdes, notamment dans le sud de l’Iran et aux abords du détroit d’Hormuz, foyer stratégique. L’Iran a contre-attaqué en visant des cibles militaires américaines locales. Le 11 juin, Donald Trump a annoncé l’annulation de nouvelles frappes, évoquant un accord potentiel avec Téhéran. Toutefois, étant donné ses multiples annonces similaires dans le passé, l’évolution reste à confirmer.
Malgré les efforts des États-Unis et de partenaires internationaux pour garantir la sécurité de la navigation dans le détroit d’Hormuz, le trafic maritime demeure très inférieur aux niveaux préconflit, engendrant des répercussions significatives sur l’économie mondiale. Washington cherche à obtenir un accord qui implique la réouverture du détroit et le contrôle du programme nucléaire iranien, mais l’Iran maintient une posture ferme, considérant sa résilience comme un signe de force. Les récentes frappes américaines visent à faire pression sur le régime, mais leur efficacité pour forcer l’Iran à céder reste incertaine.
Russie
Début juin, la Russie a subi plusieurs revers dans son conflit avec l’Ukraine. Notamment, deux attaques de drones ukrainiens ont visé Saint-Pétersbourg pendant le Forum économique, causant des dégâts importants à un terminal pétrolier et à une corvette de la flotte russe stationnée à Kronstadt. D’autres frappes ont visé des infrastructures énergétiques, industrielles et logistiques russes, entravant la capacité offensive russe. Par ailleurs, le 10 juin, le chef de la direction principale des missiles et de l’artillerie russe a été tué dans un attentat à la voiture piégée à Moscou. Sur le terrain, l’armée russe peine à maintenir ses gains, alors que l’Ukraine regagne régulièrement du terrain.
Malgré ces difficultés, Moscou adopte une ligne agressive. Le 5 juin, Vladimir Poutine a rejeté la proposition de négociations directes de Volodymyr Zelensky. Ce refus a suivi un incident majeur le 29 mai, lorsqu’un drone russe a frappé un immeuble résidentiel en Roumanie, un fait sans précédent depuis le début du conflit ukrainien. La Russie a par ailleurs intensifié ses frappes à la fois par missiles et drones sur plusieurs villes ukrainiennes, témoignant de sa volonté de prolonger la guerre.
Le conflit pèse de plus en plus sur la population russe, qui subit l’impact économique, des coupures fréquentes d’Internet et une répression accrue. Ces éléments ont entamé la popularité du régime, sans toutefois provoquer un basculement de masse contre le pouvoir en place.
Chine
Le secrétaire général Xi Jinping a effectué une visite d’État en Corée du Nord les 8 et 9 juin, sa première depuis sept ans. Contrairement à sa visite de 2019, aucun engagement en faveur de la dénucléarisation n’a été mentionné, ce qui peut être interprété comme une reconnaissance tacite de la puissance nucléaire nord-coréenne. Les analystes débattent des objectifs de cette visite, certains y voyant une volonté de Pékin de renforcer son influence sur Pyongyang, notamment face aux liens croissants de cette dernière avec Moscou. D’autres estiment que la Chine et la Russie coopèrent plutôt pour renforcer respectivement l’économie et la sécurité de la Corée du Nord, sans confrontation directe.
Parallèlement, la Chine adopte une posture de plus en plus ferme à l’égard du Japon et des Philippines. La garde côtière chinoise a renforcé ses patrouilles autour des îles Diaoyu/Senkaku, objets de disputes territoriales. En réaction à l’annonce, le 28 mai, par le Japon et les Philippines d’entamer des négociations pour délimiter leurs frontières maritimes à l’est de Taïwan, zone également revendiquée par Pékin, la Chine a organisé du 6 au 10 juin des patrouilles maritimes d’importance sous l’égide de son ministère des Transports.
Corée du Nord
Les médias nord-coréens ont dévoilé une nouvelle installation d’enrichissement d’uranium destinée à l’armement nucléaire, qui pourrait accroître la production d’uranium de près de 75 %, selon le rapport de l’organisation non gouvernementale VERTIC. Cette augmentation permettrait d’accélérer le développement et la fabrication de têtes nucléaires. Lors de sa visite sur le site début juin, le dirigeant Kim Jong Un a promis une augmentation « exponentielle » de la production d’armes nucléaires.
Au cours de la visite de Xi Jinping, Kim a qualifié le renforcement des liens avec la Chine de « priorité stratégique la plus importante » pour la Corée du Nord. Les deux pays ont convenu d’« ouvrir une nouvelle ère », avec un engagement de Xi à renforcer la coopération diplomatique, policière et militaire. Dans le même temps, Pyongyang maintient ses relations étroites avec Moscou. Le chef des services secrets nord-coréens, Ri Chang-dae, s’est rendu en Russie où il a rencontré son homologue Sergei Shoigu. La ministre nord-coréenne des Affaires étrangères a réaffirmé que Pyongyang et Moscou partageaient une position commune sur tous les dossiers stratégiques, à hauteur d’une alliance. Un port nord-coréen a par ailleurs accueilli clandestinement un navire russe soupçonné de transférer des armes.
Groupes jihadistes
Depuis la chute du régime d’Assad en décembre 2024 et la prise de contrôle de Hayat Tahrir al-Sham, le sort des combattants étrangers affiliés au groupe ou à ses environs reste une source majeure de tension. Le nouveau gouvernement syrien a créé l’Unité 84 pour intégrer ces combattants dans les forces armées. Si beaucoup ont rejoint cette unité, d’autres restent en marge, constituant ainsi un défi pour la stabilisation du pays.
La question des combattants étrangers pose aussi des difficultés sur le plan diplomatique, notamment avec la présence importante de Ouïghours chinois et de ressortissants d’Asie centrale, compliquant les relations syriennes avec ces pays. Sous pression internationale, Damas a durci sa politique à l’égard des combattants jugés problématiques, notamment ceux venus de France et d’Ouzbékistan, dont certains ont récemment critiqué le nouveau pouvoir. Des rumeurs évoquent des discussions entre autorités syriennes et afghanes concernant l’expulsion possible de combattants étrangers vers l’Afghanistan.
L’État islamique exploite cette situation en accusant le gouvernement syrien d’abandonner les combattants étrangers à l’origine du renversement d’Assad, et incite ces derniers, ainsi que les Syriens, à rejoindre son rang pour combattre le régime. Jusqu’à présent, cette campagne de recrutement a eu peu d’effet tangible, mais elle souligne les risques persistants pour la sécurité dans la Syrie post-conflit.