Le Pentagone a révélé samedi que plus de 600 soldats américains ont été blessés ou tués dans le conflit avec l’Iran, un bilan supérieur de plus de 200 victimes par rapport aux chiffres précédemment communiqués. Ces nouvelles données sont publiées dans le cadre d’une refonte apparente du système officiel de comptabilisation des pertes du ministère de la Défense, qui segmente désormais pour la première fois cette guerre en deux périodes distinctes.
Selon le Defense Casualty Analysis System (DCAS), le nombre total actuel de soldats américains blessés dans ce conflit atteint 624, contre 420 il y a encore quelques jours. Ce nouveau système, reflétant une classification récemment annoncée par le Pentagone, déplace la plupart des pertes enregistrées en juillet hors du décompte de l’Opération Epic Fury pour les intégrer dans une nouvelle catégorie intitulée « Opérations à l’étranger ».
Les autorités ont également révisé le décompte des 18 soldats tués durant le conflit, en transférant quatre d’entre eux d’Epic Fury vers la catégorie « Opérations à l’étranger ». Parmi ces quatre sont notamment inclus trois soldats tués le 17 juillet lors d’une attaque iranienne en Jordanie, ainsi qu’un autre décédé au cours d’une détonation contrôlée d’un drone iranien abattu en Irak. Ces victimes avaient été retirées du bilan officiel la semaine dernière, ce qui avait suscité l’indignation des familles.
Le point de départ de ce nouveau décompte est fixé au 7 juillet, date que le Pentagone considère comme marquant la fin de l’Opération Epic Fury. L’administration Trump a justifié cette distinction en affirmant que cette date correspond à l’instauration d’un cessez-le-feu de courte durée, lequel remettrait à zéro une limite légale de 60 jours pour autoriser l’emploi de la force militaire sans approbation du Congrès.
Cependant, les combats qui ont précédé et suivi le 7 juillet sont restés similaires, avec des frappes aériennes américaines répondant à des vagues de missiles et de drones iraniens. L’ancien président Trump a lui-même déclaré sur les réseaux sociaux que le « conflit militaire avec l’Iran » avait entraîné la mort de 18 militaires américains, incluant donc les quatre tués après cette date.
Évolution du nombre de victimes
Les nouvelles données font état d’environ 200 blessés supplémentaires, principalement des soldats de l’Armée de terre, non comptabilisés auparavant. Sur les 207 blessés recensés depuis le 7 juillet, 182 sont des soldats de l’Armée de terre, 21 proviennent de la Marine, et quatre sont des personnels de l’armée de l’air.
Ces changements interviennent après plusieurs jours de modifications inexpliquées dans les données du Pentagone. Jeudi dernier, l’administration avait retiré quatre décès survenus en juillet du bilan officiel, ainsi que 65 militaires blessés en action de ses statistiques.
Il n’est pas contesté que 18 militaires américains sont morts dans ce conflit, tous nommément identifiés par le Pentagone et reconnus comme des victimes combattantes. En revanche, l’armée ne communique généralement pas l’identité des soldats blessés ni la nature exacte de leurs blessures.
Avant la mise à jour de samedi, les responsables du ministère de la Défense avaient peu expliqué ces ajustements.
Un porte-parole du bureau du Personnel et de la Préparation du Pentagone, qui administre le DCAS, n’a pas fourni de justification claire concernant ces modifications. De leur côté, les responsables du Commandement central des États-Unis ont indiqué ne pas « gérer » ni « posséder » le site DCAS.
Jeudi, les autorités de la défense avaient laissé entendre qu’elles reclassaient certains décès et blessures de juillet en raison du cessez-le-feu déclaré par Trump. Toutefois, un porte-parole du Pentagone a affirmé à plusieurs médias que ces variations résultaient de « perturbations temporaires des données » sur le site DCAS, qui seraient bientôt corrigées.
Parmi les autres pertes américaines dans le conflit figurent six soldats tués lors d’une attaque à Port Shuaiba au Koweït, un soldat tué en Arabie Saoudite, six aviateurs décédés dans un accident d’un KC-135 en Irak, ainsi qu’un pilote de l’hélicoptère de la Marine à bord du porte-avions USS George H.W. Bush tué dans un crash en mer d’Arabie.
Un historique problématique dans la communication des blessés par le Pentagone
Cette nouvelle incohérence sur le site DCAS s’inscrit dans un contexte où la fiabilité des chiffres du Pentagone sur les pertes américaines est régulièrement mise en cause. En avril, The Intercept avait déjà révélé que ces bilans étaient sous-évalués. Le même média avait également constaté qu’une quinzaine de blessés avaient été retirés des statistiques officielles.
Plus récemment, avant la dernière mise à jour, l’Associated Press indiquait que le nombre réel de blessés dépassait les 500, tandis que CBS rapportait que près d’une centaine de militaires avaient été blessés rien qu’au cours de multiples frappes aériennes iraniennes en juillet. Sean Parnell, porte-parole principal du Pentagone, a précisé que 96 % des soldats blessés étaient retournés en service, la plupart souffrant de « commotions cérébrales légères ».
Un rapport du New York Times daté de lundi attribue ces fluctuations et retards dans la communication du bilan des pertes à des impératifs de sécurité opérationnelle.
David Lapan, ancien porte-parole du Pentagone, a souligné l’importance de ces chiffres pour l’opinion publique : « Si des militaires sont blessés au combat, cela fournit une mesure tangible à la population sur la progression de cette guerre. En l’absence d’informations précises sur les opérations militaires, le rapport sur les victimes est l’un des rares moyens dont dispose le public pour juger de l’évolution du conflit. »
