Si le président américain Donald Trump décidait d’ordonner à l’armée américaine de s’emparer de l’île de Kharg, en Iran, l’opération nécessiterait au moins 1 200 soldats, estiment des experts. En revanche, savoir si ce contingent suffirait à maintenir le contrôle de l’île reste incertain.
À ce jour, il n’est pas clair que les forces américaines soient chargées d’une telle mission, alors que Kharg traite environ 90 % des exportations de pétrole brut iranien.
Donald Trump avait initialement indiqué sur les réseaux sociaux que « dans un avenir proche, nous prendrons l’île de Kharg ». Il a cependant annoncé par la suite l’annulation de frappes militaires supplémentaires contre l’Iran.
Située à environ 24 kilomètres des côtes iraniennes, l’île de Kharg, d’une superficie d’environ 21 km², nécessiterait pour sa prise une force pouvant aller d’un bataillon renforcé à une brigade, soit entre 1 200 et 4 000 soldats américains, précise le général à la retraite Joseph Votel, ancien commandant du United States Central Command (CENTCOM) de 2016 à 2019.
« La taille de la force dépendra des objectifs à atteindre », a expliqué Joseph Votel. Il ajoute que le maintien des troupes sur l’île impliquerait un soutien conséquent, incluant une couverture aérienne, une logistique adaptée, ainsi que des capacités d’ingénierie et d’évacuation.
Jonathan Schroden, expert en conception des forces du corps des Marines au sein du centre de recherche CNA à Washington D.C., souligne que l’île compte environ 8 000 habitants permanents.
Sans avoir réalisé d’analyse précise sur le nombre exact de soldats nécessaires, Schroden estime que la prise de l’île ne réclamerait pas une force très importante. « Une Marine Expeditionary Unit (MEU) comprend un bataillon d’infanterie renforcé d’environ 1 200 Marines, et les opérations amphibies de saisie font partie de ses capacités principales », explique-t-il.
Il précise cependant que « la tenue de l’île pourrait exiger un effectif supérieur, selon notamment la menace que représentent les 8 000 résidents iraniens, ce qui pourrait nécessiter des renforts supplémentaires ».
Proche des côtes iraniennes, Kharg serait susceptible d’être la cible d’attaques par les armes à longue portée iraniennes, ce qui imposerait une défense aérienne constante. Cela pourrait être assuré par un mélange de moyens organiques et d’une protection fournie par l’aviation des Marines ou des forces interarmées, selon Schroden.
Un haut responsable de la Défense américaine à la retraite, parlant sous anonymat, confirme qu’environ 1 200 soldats seraient nécessaires pour sécuriser l’île. Il estime que les forces déployées seraient probablement des unités conventionnelles telles qu’un bataillon d’assaut des Marines, un bataillon aéroporté renforcé de l’armée, ou une combinaison des deux.
Ce responsable note que la prise de l’île présenterait moins de risques que sa tenue. Il souligne en particulier que des ingénieurs seraient indispensables pour construire des infrastructures défensives face aux attaques par roquettes et missiles iraniens. Maintenir une présence prolongée impliquerait également la neutralisation des moyens offensifs iraniens pouvant menacer l’île.
Caitlin Talmadge, spécialiste de la stratégie et des opérations militaires américaines au Massachusetts Institute of Technology (MIT), rappelle qu’une opération militaire visant à s’emparer de Kharg serait plus complexe et risquée que la mission spéciale de janvier dernier qui a permis la capture de l’ancien président vénézuélien Nicolás Maduro.
Selon elle, un débarquement aéroporté pourrait être compliqué par la topographie de l’île et la présence de civils. De même, une opération amphibie si proche des côtes iraniennes exposerait les forces américaines à des attaques potentielles de l’Iran.
« Même en supposant que l’insertion se déroule sans encombre, maintenir une présence constante et assurer le ravitaillement sur place représenterait des difficultés importantes et poserait des risques pour le personnel américain », conclut Caitlin Talmadge.
Correction au 11 juin 2026 : Cet article a été mis à jour après publication pour corriger une erreur dans les chiffres attribuée au général à la retraite Joseph Votel.