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Des commandos britanniques des Royal Marines ont intercepté un pétrolier russe appartenant à la « shadow fleet » dans la Manche, dans ce que le gouvernement a qualifié de première opération de ce type dirigée par le Royaume-Uni, a annoncé le ministère de la Défense.

Le navire, identifié comme le SMYRTOS, a été abordé aux premières heures du dimanche matin par des commandos Royal Marines et des agents spécialement formés de la National Crime Agency lors d’une opération ayant duré six heures. L’intervention a été soutenue par des moyens aériens du Maritime Air Group, comprenant des hélicoptères Chinook, Merlin Mk4 et Wildcat, un avion de patrouille maritime RAF P-8 Poseidon, ainsi que les navires de guerre HMS Sutherland et HMS Ledbury.

Le pétrolier sera désormais déplacé temporairement vers une zone d’ancrage au large de la côte sud de l’Angleterre, où il sera étroitement surveillé pour prévenir tout risque environnemental ou de sécurité.

Le Premier ministre, Sir Keir Starmer, a salué cette opération comme « un nouveau coup porté à la Russie » et a tenu à rappeler à ceux qui alimentent la guerre de Vladimir Poutine en Ukraine qu’« ils ne peuvent pas se cacher ». Il a rendu hommage aux forces armées et aux services de l’ordre qui, selon lui, assurent la sécurité du pays « 24 heures sur 24, 365 jours par an ».

Le secrétaire à la Défense, Dan Jarvis, a souligné que ce type d’opérations exige « compétence, professionnalisme et courage », rappelant que cette interpellation « porte un coup à la guerre illégale menée par Poutine », la Russie s’appuyant sur sa shadow fleet pour financer le conflit en Ukraine.

Le Premier ministre avait donné son accord en mars pour que les forces armées britanniques et les autorités puissent procéder à l’abordage des navires de la shadow fleet conformément au droit international. Le ministère de la Défense a précisé que cette opération dans les eaux territoriales britanniques respectait le droit national et international. L’action a été réalisée en étroite coordination avec la France et s’appuie sur un soutien récent du Royaume-Uni à des opérations alliées, notamment par des moyens de la Royal Air Force et de la Royal Navy au profit des États-Unis et de la France.

La shadow fleet désigne une flotte importante de pétroliers vieillissants, souvent détenus de manière opaque et insuffisamment assurés, que la Russie utilise pour transporter son pétrole en contournant les sanctions occidentales et le plafond des prix imposé par le G7. Selon le ministère de la Défense, cette flotte de plus de 700 navires transporte environ 75 % du pétrole russe sanctionné, générant ainsi des fonds destinés à financer les missiles et drones utilisés contre l’Ukraine. Plus de 72 % de ces pétroliers ont plus de quinze ans et plus d’une cinquantaine d’incidents impliquant cette flotte ont été recensés.

Le fondement juridique de l’abordage repose sur le droit international de la mer. Le ministère de la Défense cite l’article 110 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, qui autorise un navire de guerre à exercer un droit de visite afin de vérifier le pavillon d’un navire en cas de raisons plausibles de suspecter qu’il est apatride. Si le navire est reconnu comme sans nationalité, le Royaume-Uni peut alors appliquer ses propres législations, notamment celles relatives aux sanctions contre les navires dans le cadre des régulations sur les sanctions contre la Russie et ses pouvoirs d’exécution maritime prévus par le Policing and Crime Act.

Le Royaume-Uni a sanctionné à ce jour près de 600 navires de la shadow fleet russe. Le gouvernement affirme que ces mesures produisent leurs effets : les revenus pétroliers russes ont chuté de 27 % par rapport à octobre 2024, atteignant leur plus bas niveau depuis le début du conflit, et les navires sanctionnés par Londres ont transporté 1,6 milliard de dollars de pétrole russe en moins au premier trimestre de l’année dernière comparé à l’année précédente. Le ministère de la Défense souligne que cette opération envoie un message clair : le Royaume-Uni utilisera l’ensemble des outils juridiques disponibles pour faire respecter les sanctions et garantir sa sécurité.