Saab UK, Aquark Technologies et la Royal Navy ont réalisé un essai inédit où un réseau de radars militaires a continué à fournir une image aérienne unique sans recourir au GPS pour la synchronisation temporelle, en utilisant à la place des horloges quantiques.
Ce test a associé le radar Giraffe 1X de Saab à la technologie de synchronisation quantique AQlock développée par Aquark et constitue, selon les acteurs du projet, une première mondiale pour un réseau distribué de radars militaires haute performance utilisant des sources de temps quantique indépendantes tout en maintenant une image cohérente. QinetiQ a également contribué à l’expérimentation, menée avec le soutien du Disruptive Capabilities and Technologies Office de la Royal Navy.
Ce défi technique est peu évident pour les non-spécialistes. Dans un réseau radar, il ne s’agit pas seulement de rassembler les contacts détectés, mais de combiner les trajectoires des cibles détectées par des capteurs situés en différents endroits. Pour cela, chacun des radars doit connaître l’heure avec une précision de l’ordre de la nanoseconde, car toute erreur temporelle se traduit directement par une erreur de position. Habituellement, cette synchronisation repose sur les signaux de navigation par satellite, dont la réception est fragile au sol et vulnérable au brouillage ou au falsification.
Durant l’essai, plusieurs radars Giraffe 1X ont suivi des cibles réelles en s’appuyant sur des horloges AQlock indépendantes. L’équipe a ensuite introduit volontairement des erreurs de synchronisation pour simuler les effets des brouillages et des attaques de type spoofing GPS.
Selon Saab, les radars ont fonctionné avec succès depuis des emplacements distincts, produisant une image aérienne cohérente sans dépendre du signal satellite. Ils ont affiché une dégradation prévisible lors des perturbations temporelles, une récupération rapide après restauration de la synchronisation, et ont poursuivi leur fonctionnement dans des conditions représentatives des dénis de service ou manipulations du GPS.
Andy Fraser, directeur général du groupe Saab UK, a déclaré : « Cet essai illustre parfaitement comment la collaboration peut accélérer l’innovation. En associant la technologie de synchronisation quantique au système avancé de radar Giraffe 1X de Saab, nous avons démontré une capacité concrète qui pourrait permettre à nos clients de fonctionner efficacement quand cela compte le plus. »
Les horloges quantiques fonctionnent en mesurant la fréquence d’une transition dans des atomes refroidis, cette fréquence étant une constante physique et non dépendante des composants manufacturés. Elles conservent une précision temporelle bien supérieure à celle des oscillateurs classiques, et ce sans référence externe. Aquark, basée à Southampton, se concentre sur la miniaturisation et la robustesse de ces systèmes à atomes froids pour pouvoir les utiliser hors laboratoire.
L’interférence avec les systèmes de navigation satellitaire est passée d’une préoccupation théorique à une menace quotidienne. Depuis 2022, le brouillage et le spoofing à proximité de la mer Baltique, de la mer Noire et de la Méditerranée orientale perturbent régulièrement la navigation civile et aérienne. Des avions ont signalé des écarts de position parfois de plusieurs centaines de kilomètres, et les autorités finlandaises et estoniennes ont attribué ces perturbations à des sources russes. Cette vulnérabilité a fait de la synchronisation indépendante du GPS une priorité pour les forces armées de l’OTAN.
Le Giraffe 1X est le plus compact de la famille Giraffe de Saab. Ce radar tridimensionnel léger peut être monté sur un véhicule ou un mât et est utilisé pour la surveillance aérienne, la défense antiaérienne au sol ainsi que le contre-batterie. Sa taille en fait un candidat idéal pour les réseaux distribués testés, où plusieurs capteurs abordables couvrent une zone qu’un radar unique et volumineux couvrirait autrement.
Saab UK emploie environ 600 personnes réparties sur huit sites, incluant la formation et la simulation à Wiltshire, la robotique sous-marine Seaeye à Fareham, la sécurité publique à Hull, et un centre technologique logiciel à Farnborough. La société souligne que plus de 60 % du fusil anti-char léger de nouvelle génération (Next-Generation Light Anti-tank Weapon) provient de la chaîne d’approvisionnement britannique, tout comme 35 % des composants du chasseur Gripen.