Ces dernières années, plusieurs organismes de contrôle américains ont alerté sur la disponibilité insuffisante des chasseurs-bombardiers F-35 utilisés par l’US Air Force (F-35A), le Corps des Marines (F-35B/C) et la Marine (F-35C). Cette situation répond non seulement en deçà des objectifs fixés, mais elle s’accompagne également d’une hausse significative des coûts de maintenance opérationnelle, principalement imputable à des problèmes logistiques et industriels.
Selon un récent rapport du Bureau de l’Inspecteur général du Pentagone, les escadrons de F-35 sont parfois contraints d’utiliser des pièces détachées issues d’autres appareils en raison d’une pénurie de composants ou de difficultés d’approvisionnement auprès de Lockheed Martin. Cette enquête pointe aussi du doigt la responsabilité de l’Office du programme conjoint F-35 (JPO F-35), jugé trop laxiste à l’égard du constructeur, malgré ses « performances insuffisantes en matière de maintenance, réparation et révision (MRR) » du F-35.
Le 11 juin, le Government Accountability Office (GAO), chargé de rendre compte au Congrès américain, a publié un nouveau rapport sur le programme F-35, qui vient s’ajouter à plusieurs autres. Actuellement, les forces armées américaines exploitent environ 800 appareils de cette famille.
Selon le GAO, la disponibilité pour pleine capacité opérationnelle — c’est-à-dire la capacité d’un avion à accomplir toutes ses missions prévues — est en nette chute. Elle est passée de 38 % à 25 % entre 2021 et 2025 sur l’ensemble des versions combinées. Cette performance varie selon les variantes : 28,5 % pour le F-35A de l’US Air Force, 16,2 % pour le F-35B du Corps des Marines et seulement 15,3 % pour le F-35C de la Marine.
Un autre indicateur, la disponibilité opérationnelle partielle – le temps où un avion peut accomplir au moins une mission – suit la même tendance, chutant de 61 % à 44 % en moyenne sur la même période. Ce déclin s’explique notamment par les retards de la version TR3 du F-35 liés à l’instabilité du nouveau logiciel et au retard dans la livraison de certains composants critiques, tels que le processeur et le système de capteurs appelé Next Generation Distributed Aperture System (DAS), sans oublier des problèmes de corrosion.
Le GAO souligne de manière synthétique que le F-35, considéré comme le « système le plus coûteux » du Département de la Défense, « n’a pas atteint les objectifs de performance et ses coûts de maintenance continuent d’augmenter ».
Pour inverser cette tendance, le Programme conjoint du F-35 (JPO F-35) a lancé en juin 2025 une initiative baptisée Global Support Solution Reset (GSS). Son objectif est d’atteindre une disponibilité opérationnelle de 80 % et une pleine capacité de 65 % d’ici 2030. Pour y parvenir, une enveloppe supplémentaire d’au moins 13,7 milliards de dollars sera nécessaire, dont le financement reposera largement sur les trois branches des forces armées concernées, ce qui pourrait poser des défis budgétaires.
Toutefois, le GAO avertit qu’il n’existe aucune garantie de succès pour cette nouvelle mesure. « La JPO compte sur le secteur privé pour fournir plus de 7 milliards de dollars en pièces et matériaux additionnels. Cependant, des contraintes persistent concernant certains composants critiques », précise le rapport. De plus, cette évaluation financière a été faite avant le lancement de l’Opération Furia Épica contre le régime iranien le 28 février 2025, ce qui soulève des inquiétudes sur une possible augmentation des coûts.
Le plan GSS prévoit également un investissement de 3,1 milliards de dollars pour renforcer les capacités des dépôts militaires, ainsi que 3,3 milliards de dollars consacrés au maintien en condition opérationnelle et au carburant.
Cependant, un point crucial reste en suspens : l’accès aux données techniques nécessaires pour que les forces armées américaines puissent réparer elles-mêmes leurs F-35. Ces informations demeurent la propriété exclusive des fabricants, limitant ainsi l’autonomie des armées dans la maintenance.
Par ailleurs, le GAO met en cause l’efficacité des primes de performance versées à Lockheed Martin pour améliorer la disponibilité du F-35. Il affirme que ces incitations n’ont « jamais encouragé l’atteinte des objectifs fixés par le JPO ni répondu aux exigences des forces armées américaines », corroborant ainsi les conclusions antérieures du Bureau de l’Inspecteur général du Pentagone.
« Tant que l’Office du Programme Conjoint n’assurera pas que l’utilisation future des primes incitatives produise des résultats plus efficaces, il risque de continuer à récompenser des performances qui ne contribuent pas aux objectifs du programme », avertit le GAO, évoquant la possibilité d’instaurer des sanctions si les résultats attendus ne sont pas atteints.
