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La solution pour débloquer un investissement accru dans la défense se trouve dans la lettre de démission de l’ancien ministre de la Défense. John Healey y soutenait qu’il existe des moyens crédibles de relever les défis financiers posés par un monde plus dangereux en coopérant multinationalement avec d’autres pays. Il avait raison.

Depuis trop longtemps, le débat sur la défense s’est focalisé sur des objectifs de dépenses : pourcentages du PIB, arbitrages budgétaires et règles fiscales. Ces aspects sont importants, mais insuffisants. Il faut aussi se demander comment financer l’expansion industrielle nécessaire pour fournir aux Forces armées les capacités dont elles ont besoin.

Les budgets ne construisent pas d’usines. C’est la capacité industrielle qui le fait.

C’est pourquoi, depuis dix-huit mois, je mène en Parlement la campagne pour que le Royaume-Uni cofonde la Banque de Défense, Sécurité et Résilience (DSRB).

Le mois prochain, le Premier ministre canadien Mark Carney doit réunir nos alliés pour signer la Charte établissant la DSRB lors du Sommet de l’OTAN. Si cela se concrétise, cette institution deviendra l’une des plus importantes dans le domaine de la sécurité transatlantique depuis une génération. Le Royaume-Uni doit être à cette table.

Certains ont réduit la DSRB à une simple initiative de financement des PME. Cela passe à côté de l’essentiel. La Banque pourra débuter avec les petites et moyennes entreprises, mais sa vocation est de renforcer l’ensemble de l’écosystème industriel de défense : des start-ups et fabricants spécialisés jusqu’aux donneurs d’ordre et États. Son mandat couvre la recherche et développement, l’expansion industrielle, les garanties de crédit, la mobilisation de capitaux privés et les prêts souverains.

En résumé, elle vise à transformer les engagements politiques en production industrielle concrète.

Dans le secteur de la défense, les entreprises font face à deux défis liés : l’accès au capital et la confiance dans la demande future. Sans financement, les entreprises ne peuvent pas se développer. Sans demande assurée, elles ne s’engagent pas. Certains mentionneront des initiatives comme le Mécanisme Multilatéral de Défense, important pour coordonner les achats et signaler les besoins avec nos alliés. Mais elles ne règlent pas le problème du financement. La DSRB, elle, le fait. Le Royaume-Uni a besoin des deux : une demande claire et le capital pour la transformer en capacités opérationnelles.

Ensemble, cela crée les conditions pour davantage d’usines, d’emplois, d’exportations, d’innovation et de chaînes d’approvisionnement résilientes. Il ne s’agit pas seulement d’une politique de défense, mais aussi d’une politique industrielle.

La DSRB est créée par et pour des nations souveraines. Son financement sera orienté vers des entreprises domiciliées dans les États membres participant. Les pays contributeurs de capital attendront que ce dernier soutienne les emplois, les investissements et la croissance dans les pays membres.

Le risque pour le Royaume-Uni est évident : s’il est exclu de cette institution, les entreprises britanniques seront écartées d’un pool croissant de financements alliés en matière de défense. Les usines financées par la Banque, les lignes de production étendues grâce à ses prêts et les technologies commercialisées par ses investissements se concentreront de plus en plus au sein des nations membres.

À un moment où le gouvernement cherche à stimuler la croissance, s’exclure volontairement d’un nouvel écosystème d’investissements alliés dans la défense serait une décision d’une rare gravité, dont nous pourrions regretter les conséquences. La frustration déjà vécue par le Royaume-Uni en raison d’une participation limitée au programme européen SAFE doit servir d’avertissement. Lorsque de nouvelles institutions sont créées, ce sont ceux qui sont présents à la table qui façonnent les règles.

Les conditions sont favorables. La contribution britannique serait de 1 milliard d’euros sur trois ans – environ 500 millions d’euros de moins que ce que la formule standard basée sur le PIB aurait dicté, grâce à une remise accordée lors des négociations de la Charte avec le G7. Participer à la DSRB est un investissement : le Royaume-Uni achèterait une part dans une nouvelle banque multilatérale destinée à financer la croissance industrielle alliée, la production de défense et la résilience économique. C’est précisément le type d’investissement stratégique pour lequel notre Fonds national de richesse a été créé. La contribution versée par le Royaume-Uni pourrait provenir du Fonds en échange d’une participation dans la Banque. Aucun nouveau coupes budgétaires ministérielles ni emprunts supplémentaires ne seraient nécessaires pour financer cet apport.

Certains critiques avanceront que l’emprunt reste un emprunt. Ils négligent un autre aspect important de la DSRB. Le Royaume-Uni peut déjà emprunter sur le marché des gilts (obligations d’État). Mais chaque livre empruntée pèse sur le même canal de financement.

La DSRB crée quelque chose de différent : une plateforme d’emprunt multilatérale notée AAA, soutenue par plusieurs gouvernements alliés et non plus seulement par le Royaume-Uni. En pratique, elle instaure une nouvelle courbe des taux d’emprunts alliée en parallèle à celle du marché des gilts britannique. Elle offre au Royaume-Uni l’accès à une source additionnelle de capitaux long terme, avec davantage d’options, de flexibilité et potentiellement des coûts de financement plus bas.

Si nous saisissons cette opportunité dès maintenant, nous pourrons aussi en tirer des avantages plus larges. En tant que l’une des plus grandes économies impliquées, le Royaume-Uni pourrait obtenir une présence opérationnelle dans la banque, exercer une influence réelle sur sa stratégie et ses orientations, et renforcer le rôle de Londres comme centre financier mondial.

Cet investissement représenterait un signal fort de détermination envers nos ennemis et un engagement clair envers nos alliés. Mais il poserait aussi les fondations d’une politique industrielle de défense capable de garantir la sécurité nationale tout en stimulant la croissance.

Plus d’usines.
Plus d’emplois.
Plus d’exportations.
Plus d’innovation.

La question évidente est de savoir comment le Royaume-Uni peut financer sa participation.

La vraie question est plutôt de savoir si le Royaume-Uni peut se permettre de ne pas y participer.