La prise de contrôle d’Iveco Defence Vehicles par le géant italien Leonardo a profondément transformé la branche britannique dédiée aux véhicules terrestres sans pilote, en apportant enfin les moyens nécessaires pour passer des prototypes à une production industrielle.
Lors d’un entretien sur le site de l’entreprise à Nuneaton, le Dr Geoff Davis, directeur général d’IDV UK, a expliqué que l’opération, finalisée en mars dernier, avait offert à la filiale britannique « un véritable parent industriel capable de fabriquer plusieurs milliers de véhicules par an ».
Le changement, selon le Dr Davis, est radical puisque la société peut désormais produire à grande échelle, une capacité qu’elle ne possédait pas auparavant. « Si vous commandiez demain, nous serions capables de les construire. Sans cette acquisition, cela aurait été impossible », a-t-il précisé à propos du véhicule terrestre sans pilote Viking. Leonardo apporte ainsi une expertise en production de masse que l’équipe britannique, initialement un petit groupe de recherche intégré à HORIBA MIRA, ne pouvait garantir seule.
Cette équipe britannique, restructurée sous l’entité IDV Robotics en 2023 juste avant l’acquisition, conserve l’autorité sur la conception du Viking. Les travaux de développement logiciel sont désormais partagés à parts égales entre des ingénieurs basés au Royaume-Uni et d’autres travaillant à distance. « Nous recherchons des profils très spécialisés, donc la localisation n’est pas toujours idéale. Pouvoir étendre nos recrutements est précieux », explique le Dr Davis, soulignant l’effort pour combiner « le meilleur des contributions britanniques et italiennes » au sein d’une plateforme technologique unifiée.
Le directeur général a également évoqué les perspectives ouvertes par la nouvelle propriété, rappelant que les projets de Leonardo en matière de systèmes sans pilote se concentraient surtout sur l’aérien, notamment avec l’hélicoptère automatique Proteus. Il est déjà en discussion avec le centre de recherche principal du groupe au sujet de leurs programmes d’autonomie. « Cela ouvre sans doute de nombreuses portes. Nous n’avons pas encore entamé ces conversations, mais Leonardo s’intéresse vivement aux technologies et systèmes sans pilote », a-t-il précisé.
Une partie de ces réflexions se concrétise déjà matériellement : une version anti-drone du Viking équipée d’une station d’armes Leonardo devrait être présentée au salon Eurosatory. Les deux entités discutent également de synergies potentielles autour des stations d’armes, des logiciels de commandement et contrôle, des charges utiles de surveillance et de la guerre électronique, domaine dans lequel Andrew Maloney, responsable technique et ingénieur en chef d’IDV Robotics, souligne une « forte complémentarité ».
Le Dr Davis insiste enfin sur le fait que la gouvernance italienne ne diminue en rien le caractère britannique de cette activité, la recherche et la fabrication restant solidement ancrées au Royaume-Uni. « Nous sommes Anglo-italiens. Il y a des emplois, des compétences et des technologies britanniques », affirme-t-il, ajoutant que dans le cadre d’une commande nationale, « une large part de la production » serait réalisée localement, avec la chaîne d’approvisionnement de la maison-mère utilisée pour réduire les coûts des composants.
Enfin, le potentiel économique réside aussi dans la transformation de flottes existantes en véhicules optionnellement sans pilote avec la même technologie. Le Dr Davis cite l’exemple du Panther de l’armée britannique, initialement un prototype Iveco, comme candidat évident pour ce type d’évolution. « Si le client britannique le souhaite, IDV peut intervenir pour convertir ces véhicules », conclut-il.
