Naval Group équipera les futurs sous-marins de la classe Orka de la Marine royale néerlandaise avec le torpille lourd français F21, offrant dès le lancement du programme à la flotte néerlandaise une arme sous-marine moderne, sans nécessiter de mise à jour ultérieure. Le contrat, signé avec COMMIT le 16 juin 2026, renforce la capacité de combat des nouveaux sous-marins Barracuda néerlandais pour la guerre anti-sous-marine et anti-surface.
Le F21 est un torpille de 533 mm lancé depuis un sous-marin, doté d’un guidage à longue portée, d’une propulsion électrique et d’une capacité d’attaque terminale autonome. Intégré dès la phase d’ingénierie, il permettra à la classe Orka d’entrer en service avec un système de torpilles avancé, adapté aux eaux contestées, aux missions de déni d’accès maritime et à la dissuasion sous-marine dans le cadre de l’OTAN.
L’importance de cette décision réside dans le choix du torpille avant même le début de la construction du sous-marin. Cela réduit le risque d’intégration tardive, puisque l’arme, les interfaces de lancement, les fonctions de gestion du combat, la formation de l’équipage, les magasins de munitions, le matériel de manutention, les équipements de test et la certification de sécurité peuvent être incorporés directement dans la conception de base, bien avant la définition de la coque et de l’aménagement intérieur. Pour une flotte restreinte à seulement quatre unités, ce processus est crucial : tout retard dans l’intégration de l’armement après livraison diminuerait le nombre de sous-marins opérationnels durant la transition depuis la classe Walrus.
Par ailleurs, la décision néerlandaise associe l’arme cinétique principale à un même fournisseur industriel, responsable également de la conception du sous-marin. Cette cohérence devrait simplifier la gestion des interfaces logicielles, la validation des doctrines de tir et le soutien technique tout au long du cycle de vie.
Le F21 est un torpille lourd développé dans le cadre du programme français Artémis, visant à remplacer le torpille F17. Naval Group précise ses dimensions principales : environ 6 mètres de long, 533 mm de diamètre et moins de 1 500 kg. Ses performances revendiquées incluent une portée de 50 km, des vitesses allant de 25 nœuds ou moins à plus de 50 nœuds, et une capacité à opérer à des profondeurs allant de moins de 10 mètres jusqu’à plus de 500 mètres. Ces caractéristiques le classent parmi les torpilles lourdes utilisées par les sous-marins contre des cibles immergées ou de surface, distinctes des torpilles légères généralement utilisées par les hélicoptères, avions de patrouille maritime et navires de surface.
L’architecture de guidage du F21 est un élément clé de sa valeur tactique. Lors du lancement et de la phase intermédiaire, le torpille utilise une liaison par fibre optique, permettant au sous-marin et à l’arme d’échanger des données en temps réel pendant la trajectoire vers la zone cible. Contrairement à un système « tire et oublie », cela offre au combat sous-marin la possibilité de mettre à jour sans cesse les informations relatives à l’engagement, de comparer les données issues du sonar embarqué avec celles des capteurs du torpille, et de rediriger ce dernier si la classification de la cible évolue. Si le câble est rompu, le torpille poursuit sa mission de façon autonome, suivant son profil de trajectoire programmé. Le commandant du sous-marin conserve ainsi un contrôle maximal, bien que l’arme puisse achever l’attaque sans le lien.
La phase terminale repose sur des capteurs acoustiques et un traitement embarqué sophistiqués. Naval Group présente le F21 comme capable d’opérer dans des environnements littoraux complexes, reconnaissant les leurres, ajustant sa vitesse, frappant des cibles éloignées, changeant d’objectif en cours de mission, et effectuant une seconde attaque en cas d’échec initial. Ces attributs sont particulièrement pertinents pour les zones d’opération des Pays-Bas. La mer du Nord, la mer de Norvège, les approches du détroit GIUK, les accès à la mer Baltique et les voies de renforcement de l’Atlantique Nord présentent des défis acoustiques variés : réverbération en eaux peu profondes, bruit du trafic commercial, variations de salinité, interférences du fond marin et usage étendu de contre-mesures par sous-marins et navires modernes. Un torpille guidé durant sa phase intermédiaire puis autonome en phase terminale offre au sous-marin un contrôle accru sur les engagements dans ces contextes.
Le F21 est déjà certifié pour les sous-marins français, équipant à la fois les sous-marins nucléaires d’attaque et les sous-marins lanceurs d’engins de la Marine nationale. Le Brésil l’a choisi pour ses sous-marins Scorpène. Grâce à cette acquisition, la Marine royale néerlandaise deviendra la première flotte de sous-marins conventionnels de l’OTAN à utiliser le F21. Cet élément est important opérationnellement, puisque la plupart des forces sous-marines conventionnelles de l’Alliance ont jusqu’à présent privilégié d’autres familles de torpilles lourdes, telles que le SeaHake Mod 4 allemand ou la série américaine Mk 48. Le choix néerlandais introduit ainsi une nouvelle gamme de torpilles européennes dans l’arsenal conventionnel de l’OTAN, créant potentiellement de nouvelles opportunités mais aussi de nouvelles exigences en termes de procédures d’exercice communes, normes de sécurité de l’armement et coordination logistique.
Pour la classe Orka, le F21 répond aux besoins néerlandais d’un sous-marin polyvalent, capable d’intelligence, d’attaques maritimes, de soutien aux opérations spéciales, et d’interventions en eaux littorales comme en haute mer. Ces missions impliquent des exigences variées sur le plan des armements : en eaux peu profondes, le torpille doit discriminer les cibles parmi le bruit et les leurres ; en haute mer, il doit conserver son autonomie et ses capacités de recherche sur de longues distances ; lors de surveillances furtives, le sous-marin doit pouvoir engager sans s’exposer excessivement aux systèmes anti-sous-marins ennemis. La combinaison d’une portée de 50 km, d’un guidage par câble, d’un guidage acoustique et d’une capacité d’attaque autonome confère au commandant un panel tactique élargi par rapport à une arme à plus courte portée. Cela n’exclut toutefois pas la nécessité d’une classification précise des cibles, d’une règle d’engagement stricte et d’un contrôle rigoureux de la position de tir.
